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Les volontaires d’une association contre le gaspillage alimentaire ramassent des artichauts chez un producteur, à El Prat del Llobregat, en Espagne, le 24 avril 2020 © AFP/Archives Josep Lago

L’épidémie de coronavirus n’est pas terminée, mais déjà se pose la question des débouchés pour des milliers de tonnes d’excédents de pommes de terre ou de lait non vendus en Europe pendant les deux mois de confinement, sur fond de choc social et de menace de crise alimentaire dans certains pays du Sud.

Avec tous les restaurants et cantines à l’arrêt, les matières premières destinées à ces filières n’ont pas pu être toutes redirigées vers la grande distribution, malgré l’envolée des courses alimentaires des particuliers confinés à domicile.

L’un des cas le plus emblématiques est celui des pommes de terre : 450 000 tonnes de surplus en France, premier pays exportateur mondial de la tubercule et fournisseur des géants de la frite industrielle comme le groupe canadien McCain, dont les usines sont basées dans le nord de la France, aux Pays-Bas et en Belgique.

Avec la crise du Covid-19, il y a « entre 3 et 4 millions de tonnes de pommes de terres pas transformées en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et en France », estime le Groupement interprofessionnel de la pomme de terre (GIPT).

La plupart des fast-food européens fermés, les usines à frites surgelées sont restées à l’arrêt deux mois. Du jamais vu. Et les entrepôts des producteurs – qui ont été rémunérés d’une partie des pommes de terre sous contrat – sont pleins à craquer. 

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Ramassage de fraises à Sainte-Livrade-sur-Lot, le 24 mars 2020 © AFP Nicolas Tucat

Les montagnes de patates doivent être dégagées avant la prochaine récolte. Sinon, « le risque est de voir se développer des dépôts sauvages (…) dans la nature, vecteurs de foyers infectieux de maladies fongiques ou de pollution par fermentation », explique à l’AFP Bertrand Ouillon, délégué du GIPT.

Beaucoup d’utilisateurs de réseaux sociaux ont demandé que cet aliment de base soit redirigé vers l’aide alimentaire, à l’heure où une crise sociale se développe après l’arrêt de l’activité économique. « De fait, on a fait partir quelques stocks dans des associations, mais notre problème ne peut pas se résoudre de cette manière, il est à échelle industrielle », souligne M. Ouillon. 

La filière souhaiterait pouvoir rediriger ses stocks vers la fabrication d’aliment pour bétail. « S’il pouvait y avoir une aide publique pour le transport, cela pourrait être une aide indirecte aux éleveurs qui sont aujourd’hui en difficulté », suggère-t-il.

La crise laitière européenne, une menace pour l’Afrique de l’Ouest

Pas toujours facile de rediriger des flux vers des canaux alternatifs de distribution sans déstabiliser d’autres secteurs. C’est ce que montre un autre exemple, celui du lait. 

La semaine dernière, Oxfam et une douzaine d’associations paysannes ou de solidarité (GRET, Confédération paysanne, Ingénieurs sans frontières, CCFD Terre Solidaire) ont alerté sur les risques de « crise grave » pesant sur le marché laitier en Afrique de l’Ouest. 

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Un producteur jette de la poudre de lait pour protester contre les conséquences de la crise due au coronavirus, le 7 mai 2020 à Laarne, en Belgique © Belga/AFP/Archives Ann Braeckman

La raison, c’est le stockage de poudres de lait décidé par la Commission européenne pour soulager les éleveurs laitiers européens qui ne savent plus quoi faire de leur lait, beurre ou fromage.

« La sortie de crise ne doit pas se faire, comme dans le passé, par l’exportation des excédents vers les marchés africains », avertissent les associations dans un communiqué commun intitulé « Covid-19 : la crise laitière européenne menace l’Afrique de l’Ouest ».

Déjà, entre 2018 et 2019, les exportations de poudre de lait de l’Union européenne (UE) en Afrique de l’Ouest avaient augmenté de 19 %, et elles représentent aujourd’hui 20 % des exportations mondiales de l’UE, selon les associations. Alors que les producteurs laitiers ouest-africains tentent désespérément de développer leur production locale dans le but de soutenir l’agriculture, réduire l’émigration et lutter contre la violence.

Un début de solution semble en revanche se dégager pour les milliers d’hectolitres de vins en excédent dans les trois premiers pays producteurs mondiaux que sont l’Italie, la France et l’Espagne : les viticulteurs ont demandé et obtenu l’autorisation de Bruxelles d’en distiller une partie… pour faire du gel hydroalcoolique.