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Manifestation pour le climat le 20 septembre 2019 à Karachi © AFP/Archives ASIF HASSAN Retour sur la dépêche

L’urgence climatique s’est invitée au cœur de l’actualité depuis une semaine, mais les manifs pour le climat et un nouveau cri d’alarme d’experts internationaux n’y ont pas fait grand-chose : les engagements concrets tardent toujours. Plus de quatre millions de jeunes – et d’adultes – étaient mobilisés vendredi 20 septembre à travers le monde pour un « Friday for future » mondial, le mouvement de grève des cours initié il y a un an à peine par la jeune suédoise Greta Thunberg.

« Greta » elle-même avait fait le voyage de New York... en bateau à voile, bilan carbone oblige. Pendant le weekend, elle a participé, avec un demi-millier d’autres jeunes, à un sommet de représentants de la jeunesse au siège de l’ONU à New York. Lundi, elle s’est crânement adressée à un aréopage de chefs d’État et de gouvernement, réunis par le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, pour qu’ils révisent à la hausse leurs plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Comment osez-vous » leur a lancé l’égérie des jeunes générations inquiètes des effets du réchauffement, accusant les grands de ce monde d’avoir « volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses ».

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Greta Thunberg pendant le sommet climat de l'ONU le 23 septembre 2019 à New York © AFP/Archives TIMOTHY A. CLARY

 « Appel ignoré »

Mais son message, qui devait servir d’aiguillon, n’aura pas eu l’effet escompté. Au contraire, l’adolescente de 16 ans a été moquée par le président américain Donald Trump, climatosceptique assumé, qui l’a dépeinte ironiquement sur Twitter en « jeune femme très heureuse ».

Et le chef de l’État français, Emmanuel Macron, a critiqué ses « positions très radicales », après que la jeune fille et quinze autres jeunes ont déposé une plainte inédite devant le Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU, contre cinq pays, Argentine, Brésil, Turquie, Allemagne et France.

Sur le terrain des engagements, l’ONU s’est félicitée que 66 États souscrivent désormais au principe d’une neutralité carbone d’ici 2050. Mais les plus grands manquent à l’appel, alors que pour avoir une chance de stopper le réchauffement du globe à +1,5 °C (par rapport au XIXe siècle, objectif idéal de l’accord de Paris), il faudrait que le monde soit neutre en carbone en 2050, selon le dernier consensus de scientifiques mandatés par l’ONU. « L’appel passionné de Greta pour le bon sens, pour l’écoute et pour agir sur la base de la science a été ignoré », a dénoncé Jennifer Morgan, directrice exécutive de Greenpeace.

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Photo du glacier de Planpincieux, dans le massif du Mont Blanc, fournie le 20 septembre 2019 par le service de presse de la ville de Courmayeur © COURMAYER Press Office/AFP/Archives HO

Scénario du pire 

Outre les réticences de certains grands pays – Donald Trump a annoncé le retrait des USA de l’accord de Paris –, plusieurs grands pays pourraient hésiter à prendre des engagements unilatéraux alors qu’une importante conférence climat (COP26 ) est prévue en novembre 2020.

Elle est considérée comme la plus importante depuis celle de Paris en 2015, pour faire le point sur les engagements et relancer les efforts. D’autant que les effets du réchauffement sont de plus en plus perceptibles, entre les canicules de l’été, les cyclones de plus en plus intenses ou les images de glaciers fondant presque à vue d’œil, comme celui de Planpincieux, sur le versant italien du massif du Mont-Blanc, qui menace de s’écrouler.

Le groupe d’experts climat de l’ONU a d’ailleurs mis en garde mercredi dans un nouveau rapport sur les océans et les zones gelées : certains impacts dévastateurs du changement climatique sont déjà « irréversibles » et la hausse du niveau des mers s’accélère, mettant en danger des centaines de millions d’habitants des zones côtières. Quant aux mesures de protection, elles pourraient coûter des centaines de milliards.

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Certains impacts dévastateurs du changement climatique sont déjà « irréversibles » et la hausse du niveau des mers s’accélère © AFP/Archives RODRIGO ARANGUA

Lueur d’espoir, les experts du Giec soulignent toutefois que mettre en place des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre pourrait faire une vraie différence. Mais en prend-on le chemin ? Pas si l’on croit de nouveaux modèles climatiques, élaborés précisément pour le Giec par des scientifiques français et présentés mi-septembre, qui envisagent un scénario du pire prévoyant +7 °C en 2100. En attendant, un nouvel appel à une « grève mondiale pour le climat » des jeunes est lancé pour vendredi 27 septembre.