Les sismologues redoutaient une réplique depuis le séisme du 25 avril. Celle-ci s'est finalement produite mardi 12 mai, jetant les habitants de Katmandou dans la rue et faisant sentir ses effets jusqu'à New Delhi. Elle a atteint une magnitude de 7,4 sur l'échelle de Richter et a été suivie de deux autres secousses de 6,3 et 5,6. Son épicentre se trouve à 83 kilomètres à l'est de Katmandou, près du camp de base de l'Everest, à une quinzaine de km de profondeur seulement. 
D'une magnitude 7,8 sur l'échelle de Richter, le tremblement de terre du 25 avril 2015 à 11 heures 56 (heure locale) a résulté d'un puissant mouvement de tectonique des plaques : la plaque indienne, mobile, entre en effet en collision avec la plaque eurasienne qui, elle, est fixe. Le plan de faille – interface entre les deux plaques – s’étend sur une longueur de plus de 150 kilomètres pour une largeur d’environ 50 kilomètres. « L’Inde converge vers l’Eurasie à une vitesse de 4 centimètres par an, explique Laurent Bollinger, chercheur au CEA et spécialiste de la région revenu en France la veille du séisme. La moitié de cette distance (2cm/an) est accommodée par du raccourcissement à travers l’Himalaya, sur une grande faille qui sépare les plaques indienne et eurasienne. La partie supérieure de cette faille est complètement verrouillée, ce qu’on sait grâce à des mesures de déformation de la chaîne par des réseaux de stations GPS. Pendant des dizaines à des centaines d’années, les contraintes s’accumulent jusqu’à ce que la faille se rompe ou glisse et produise un fort séisme ».
Dans les jours, voire les mois qui suivent un séisme, les ruptures secondaires créées par la première secousse se réajustent, entraînant de nouveaux tremblements de terre. Depuis samedi, plus d’une cinquantaine de répliques se sont d'ailleurs déjà produites dont une, très violente, de magnitude 6,7. Selon Yann Klinger, chercheur en sismologie à l’Institut de physique du globe de Paris, « le risque de répliques d’une magnitude supérieure à 8 n’est pas nul. Quand on passe d’une magnitude 7 à 8, l’énergie libérée est multipliée par 30. Si on dépasse le niveau 8, imaginez l'extrême violence qui peut en résulter ! »

« Certaines zones restent instables lorsque la cassure n’est pas totale, explique le chercheur, c’est pourquoi il règne au Népal une sismicité constante. La surveillance est continue ». La zone est en effet propice aux séismes et aux bouleversements topographiques. C'est d'ailleurs la plaque indienne, qui traverse cinq pays – le Pakistan, l’Inde, la Chine (Tibet), le Népal et le Bhoutan – qui a donné naissance à la chaîne de l’Himalaya par ses déplacements successifs. Comme l’explique Rodolphe Cattin, enseignant-chercheur au laboratoire Géosciences Montpellier et membre de l’équipe Bhoutan-Népal, « dans le cas de l’Himalaya, c’est un continent qui passe sous un autre continent et non une plaque océanique qui passe sous un continent. Et cela modifie la dynamique de la région, c’est pour cela que les sommets himalayens sont les plus hauts du monde ». 


Des dégâts humains et matériels considérables

On dénombrait, lundi 12 mai 2015, plus de 8000 morts et 17 800 blessés. L'épicentre du tremblement de terre était situé à 77 kilomètres au nord-ouest de Katmandou, la capitale. Les secousses, qui ont duré entre trente secondes et  deux minutes, ont été ressenties également dans tout le nord de l'Inde. Des avalanches sur le mont Everest ont nécessité l’hélitreuillage de touristes venus faire du trekking dans les hauteurs enneigées. Le patrimoine de Katmandou est également touché. La tour historique de Dharhara, édifiée en 1832 et reconstruite après le tremblement de terre de 1934, s’est effondrée. Près d’elle se trouvent les ruines de la place Durbar, classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Une instabilité constante 

Ce séisme est le plus dévastateur depuis celui qu'a connu le Népal en 1934. La faille a en effet glissé de plusieurs mètres samedi dernier – en comparaison, lors du séisme qui a frappé le Japon en mars 2011, le glissement a été de plusieurs dizaines de mètres. En effet, la plaque indienne se déplace de deux centimètres par an en moyenne, mais la faille reste « bloquée » pendant un certain temps. Puis tout à coup, comme un élastique qui casserait, tous ces petits déplacements accumulés se relâchent, provoquant de violentes secousses. Rodolphe Cattin d'expliquer : « Dans la région, on recensait déjà des séismes au XIIIe siècle. Lorsque les documents historiques sont rares, on utilise, pour reconstituer l'histoire, la paléosismologie : on examine quels mouvements ont été enregistrés dans le passé au niveau de la faille ».

Une équipe de sismologues français de l’université de Montpellier fait partie du projet Bhoutan-Népal (auquel appartient également Laurent Bollinger, du CEA). Rodolphe Cattin détaille : « Le projet a été initié il y a trois ans au Népal et au Bhoutan, le long de l’arc himalayen, pour mesurer la puissance possible d'un séisme et essayer de prévoir la survenue au Népal d'un séisme comme ont connu l'Indonésie ou le Japon ». Sur place, un réseau sismologique d'une quinzaine de stations enregistre tous les mouvements du sol. En association avec ce dispositif, l’équipe utilise un réseau GPS qui indique, à quelques centimètres près, les mouvements du sol. « C’est un peu le même système qu’avec une règle de trois, précise Rodolphe Cattin. Chaque année, si on a deux centimètres de déplacement, on peut estimer qu’au bout de 100 ans, on aura deux mètres de déplacement ».
Hélas, si ces calculs permettent de définir approximativement une période à haut risque sismique, une fois par siècle environ, ils sont impuissants à anticiper une catastrophe de manière précise : « Les scientifiques travaillant au Népal s’accordaient tous à dire que les régions à l’ouest de Katmandou n’avaient pas subi de fort séisme depuis plusieurs siècles et que, par conséquent, un tel événement pouvait survenir dans les jours, années ou décennies à venir. En revanche, nous étions dans l’incapacité de prévoir l’imminence de l’événement », explique Laurent Bollinger. Ce qui complique considérablement le travail de prévention des autorités publiques, surtout dans un pays pauvre et fortement dépendant du tourisme. 

Le sismologue Pascal Bernard (IPGP) explique pour quelles raisons la prévision précise de survenue d'un séisme est compliquée.