Le puits de carbone amazonien s’essouffle
La forêt amazonienne, un des poumons de la Planète, perd peu à peu sa capacité à absorber le carbone atmosphérique, principal gaz à effet de serre. C’est le constat alarmant d’une étude à grande échelle réalisée durant 30 ans dans tout le bassin amazonien. En cause, une surmortalité des arbres.
Véronique Marsollier - Publié le

Grâce au processus de la photosynthèse, les forêts tropicales humides participent activement à la régulation du climat. Ainsi, en absorbant plus de dioxyde de carbone qu’elle n’en rejette, la forêt amazonienne a longtemps été considérée comme un puits de carbone. Mais cette capacité pourrait bien être en train de s’altérer. C’est le constat alarmant d’une étude publiée dans la revue Nature du 19 mars, réalisée à partir d’un inventaire d’une ampleur inégalée entrepris sur 30 ans, dans tout le bassin amazonien, par plus de 100 chercheurs internationaux appartenant au réseau Rainfor.
Une surmortalité des arbres
L’analyse de la biomasse, c’est-à-dire de l'ensemble de la végétation et des matières organiques du sol, révèle que la mortalité des arbres a augmenté de plus d’un tiers depuis le milieu des années 1980. C’est en réalisant un travail de fourmi que les chercheurs en sont arrivés à ce constat. Pendant trois décennies, ils ont suivi de façon précise 321 parcelles d’environ 1 hectare réparties sur les 6 millions de kilomètres carrés de la forêt amazonienne. Ils ont mesuré 200 000 arbres, enregistré la croissance et la mort de chacun d’eux.

« On retourne sur les parcelles tous les cinq ans, il y a environ 500 arbres par hectare avec 100 à 200 espèces différentes, explique Jérôme Chave, coordonnateur du Labex-Cerba (Cirad/CNRS et Inra) en Guyane, participant à l’inventaire. C’est à ce moment que l’on peut constater éventuellement leur mortalité. Il y a seulement 1 % des arbres qui meurent, c’est donc peu. » L’étude est sans équivoque. Elle montre la concomitance entre le déclin du puits de carbone amazonien et l’accélération de la mortalité. D’un pic de deux milliards de tonnes de dioxyde de carbone stockées annuellement dans les années 1990, le stockage net a désormais diminué de moitié.
Des causes mal connues
Les causes de la mortalité des arbres restent mal connues pour les chercheurs. « On a observé que certaines espèces croissent et meurent plus rapidement que d’autres. Ces espèces à croissance rapide deviennent petit à petit dominantes. Le phénomène s’accroit depuis 2010 même si cela reste subtil », explique Jérôme Chave.
Des sécheresses récentes en Amazonie et des températures anormalement élevées ont pu avoir un impact non négligeable. Certes, la hausse de la mortalité avait été constatée avant 2005, mais les graves sécheresses de 2005 et 2010 ont détruit des millions d’arbres supplémentaires, selon les chercheurs. « On ne peut exclure non plus le rôle des cohortes d’agents pathogènes qui souvent accompagnent ou suivent les sécheresses. Il y a de nombreuses explications à la mortalité des arbres », remarque Jérôme Chave.
Les modèles climatiques en question
Quoi qu’il en soit, cette réduction de la capacité d’absorption du carbone de l’Amazonie jouera sur les niveaux futurs de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et devra être prise en compte dans les modèles climatiques. C’est ce que conclut Roel Briennen de l’université de Leeds, premier auteur de l’étude : « Quelles que soient les causes de l’augmentation de la mortalité, cette étude montre que les prédictions d’une capacité indéfinie de stockage des forêts tropicales pourraient être trop optimistes. Les modèles climatiques qui prennent en compte la réponse de la végétation font l’hypothèse que tant que les niveaux de dioxyde de carbone augmenteront, l’Amazonie continuera à stocker du carbone. Notre étude montre que cette hypothèse pourrait être incorrecte ».