Une pomme de terre attaquée par le mildiou. Le mildiou de la pomme de terre, causé par le parasite Phytophthora infestans, est l’un des pires ennemis de la pomme de terre : il détruirait chaque année jusqu’à 20% de la récolte mondiale. La lutte contre le mildiou repose traditionnellement sur l'emploi massif de fongicides (jusqu’à 18 traitements par an pour seulement 2 ou 3 traitements pour la Fortuna). © CC PD-USGov-USDA-ARS

Le groupe BASF a déposé le 31 octobre 2011 auprès de la Commission européenne une demande d’autorisation pour la culture et la commercialisation d’une variété de pomme de terre génétiquement modifiée, baptisée Fortuna. Destinée à la consommation humaine, Fortuna a été conçue à partir d’une pomme de terre européenne, la Fontane, réputée pour faire d’excellentes frites, et de deux gènes issus d’une pomme de terre sauvage américaine naturellement résistante au mildiou.

La pomme de terre Amflora Amflora est la première pomme de terre OGM a avoir reçu l’agrément de la Commission européenne en mars 2010 pour sa culture et sa commercialisation. Conçue par BASF, cette pomme de terre génétiquement modifiée pour produire plus d’amidon est essentiellement destinée au marché industriel de la papeterie. © BASF

Fortuna, qui a été testée en plein champ en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en République tchèque, au Royaume-Uni et en Suède depuis six ans, fait donc officiellement son entrée sur la scène européenne. Avec, dit-on du côté de BASF, l’espoir de pouvoir commercialiser cette pomme de terre d’ici 2014-2015. Un délai qui paraît très court si l’on se souvient que l’autorisation de commercialisation de la précédente pomme de terre OGM de BASF, Amflora, a pris quatorze années.

Pourquoi un tel délai ? Réponse de Marcel Kuntz, directeur de recherche au CNRS. Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie cellulaire végétale et l’auteur du blog spécialisé sur les OGM www.marcel-kuntz-ogm.fr2mn57 © CSI

En imaginant que Fortuna reçoive l’agrément européen d’ici cinq à dix ans, le succès commercial est loin d’être garanti. Car, selon une législation européenne en cours d’adoption, chaque État dispose ensuite du droit d’autoriser ou d’interdire la culture de la plante sur son territoire. Et agriculteurs, industriels et consommateurs peuvent montrer une résistance à s’emparer du produit : Amflora, qui a été autorisée en mars 2010, n’est aujourd’hui cultivée que sur quelques dizaines d’hectares en Europe, et le groupe Monsanto qui avait obtenu l’agrément il y a dix ans de cultiver aux États-Unis une pomme de terre OGM résistante aux doryphores, autre ennemi juré du tubercule, a dû rebrousser chemin car aucun des grands industriels de la frite, à commencer par McDonalds ou McCain, n’ont souhaité commercialiser le produit.

Quel est donc l’intérêt pour BASF de se lancer dans un combat qui paraît économiquement perdu d’avance ? Pour Marcel Kuntz, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des OGM, « c’est une façon pour BASF d’avancer des pions dans un terrain encore miné », ou comme le confirme Jean-Marc Petat, directeur Environnement à BASF Agro, en termes plus diplomatiques, « nous avons à faire œuvre de pédagogie pour convaincre de l’avantage de ces technologies. Des consommateurs recherchent des produits sans pesticides, Fortuna est une pomme de terre qui répond à cette attente. Les années à venir vont être déterminantes pour faire évoluer l’acceptabilité sociale des OGM ».