Giec : l'heure de la synthèse
Rendue publique le 2 novembre, la synthèse du cinquième rapport du Giec confirme le rôle des activités humaines dans le changement climatique et réitère la nécessité de s’accorder – très vite – sur des stratégies d’atténuation de ses effets.
Roxane Tchernia - Publié le
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (Giec) a publié, le 2 novembre 2014, la synthèse de son cinquième rapport d’évaluation sur le changement climatique. Elle résume les informations des trois précédents volets thématiques parus depuis 2013. Ils présentaient, respectivement, les indices scientifiques de la transformation climatique, les conséquences possibles pour les écosystèmes et des propositions de mesures à adopter pour modérer ces changements.
Le bureau du Giec a fait appel à plus de 800 experts de différents pays pour analyser et synthétiser près de 30 000 travaux scientifiques issus de laboratoires du monde entier. Ce bilan offre de nouveaux éléments de réflexion sur les dispositions à prendre pour limiter le changement climatique.
L’Homme, « cause principale » du changement
Plus de place au doute, le rapport décrit le réchauffement climatique comme « sans équivoque ». Les tendances observées par les scientifiques depuis les années 1950 en attestent : augmentation moyenne des températures en surface (dans l’atmosphère et dans les océans), réduction des glaciers et des étendues enneigées, ou encore élévation du niveau de la mer. Ces variations découlent des concentrations croissantes, dans l’atmosphère, de gaz à effet de serre (GES) tels que le méthane, le dioxyde de carbone (CO2) ou le protoxyde d’azote.

Près d’un tiers des émissions de CO2 dans l’atmosphère liées aux activités humaines a été absorbé par les océans depuis l’ère préindustrielle. Cette captation de CO2 entraîne une acidification de l’eau en surface et les scientifiques s’inquiètent des impacts potentiels sur les écosystèmes marins. En 2011, le recours aux combustibles fossiles et la production de ciment auraient induit le rejet de 9,5 gigatonnes (Gt) de carbone, soit 54 % de plus qu’en 1990. Le rôle de l’Homme dans la transformation du système climatique est établi, dans ce dernier rapport du Giec, avec plus de certitude que dans les précédents. Il souligne même qu’il est « extrêmement probable » que l’influence de l’homme soit « la cause principale du réchauffement observé depuis le milieu du XXe siècle. »
Le rapport distingue quatre scénarios possibles d'évolution des taux de GES en fonction des mesures d'atténuation adoptées, ainsi que les conséquences sur le système climatique dans chacun des cas. Seule une de ces projections, la plus stricte en matière de réduction des rejets de gaz, conduit à une augmentation de moins de 1,5 °C de la température à la surface du globe d’ici la fin du XXIe siècle.
Le rapport indique que ce réchauffement entraînera très probablement davantage de journées et de nuits plus chaudes, une aggravation de l’élévation du niveau de la mer, des vagues de chaleur et des pluies abondantes plus fréquentes ou plus intenses. Selon l’un des scénarios, si rien n’est fait, il n'y aurait plus de glace sur l’océan Arctique en septembre – période de l’année où la glace est la plus fine – d’ici 2050.
Avec une injustice majeure : les populations exposées à ces changements dans les pays les moins développés ne sont guère en mesure d’y faire face. En outre, « nombre des personnes les plus vulnérables aux changements climatiques ont contribué et contribuent le moins aux émissions de gaz à effet de serre », a insisté Rajendra Kumar Pachauri, président du Giec.
Peu de temps pour agir
Les répercussions du changement climatique semblent inévitables, mais l’analyse du Giec montre qu'une diminution sensible des émissions de GES permettrait au moins de ralentir assez le réchauffement pour gagner du temps et se préparer aux évolutions à plus long terme.
Pour limiter la hausse des températures à 2 °C d’ici la fin du XXIe siècle – objectif qui avait été réaffirmé lors de la conférence sur le climat de Copenhague en 2009 – les gouvernements devront modifier en profondeur les systèmes énergétiques et les schémas de mobilisation des terres. Attention, cependant, à ne pas retarder cette transition, prévient le Giec ! « Nous disposons de peu de temps avant que la conjoncture permettant de limiter le réchauffement à 2 °C ne prenne fin », a mis en garde M. Pachauri. Le rapport signale en effet que reculer l'adoption des mesures adéquates accentuera les difficultés de mise en œuvre, aussi bien techniques qu’institutionnelles, et entraînera des coûts plus élevés.

Le président du Giec, R. Pachauri, a présenté ce cinquième rapport le 5 novembre 2014 à Paris, en présence des ministres Ségolène Royal et Laurent Fabius. La ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie a indiqué que la France était engagée dans une profonde transformation énergétique et écologique et a invité à l’optimisme : « Ce rapport n’est pas qu’alarmiste, il nous dit qu’on est encore en situation d’agir ».
Quant à Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères et du Développement international, il a rejeté le « climato-scepticisme » et le « climato-fatalisme » pour faire la promotion du « climato-volontarisme ». « Nous n’avons pas le droit d’échouer », a-t-il affirmé, « nous sommes la dernière génération à pouvoir agir ». À l'issue de la 21e conférence sur le climat des Nations unies, prévue à Paris en décembre 2015, un texte satisfaisant devra impérativement être produit pour entrer en vigueur en 2020.