Deux études, une même conclusion

La ville de Rockhampton sous les eaux le 5 janvier 2011 Rockhampton, ville située sur la côte est du Queensland, à environ 650 kilomètres au nord de Brisbane, a été particulièrement touchée par les inondations. © MECHIELSEN LYNDON / AFP

Publiées dans la revue Nature le 17 février, deux études annoncent que les émissions de gaz à effet de serre seraient la cause principale des inondations dans le monde. Selon la première étude réalisée par une équipe canadienne, les précipitations tombées dans l'hémisphère Nord ont gagné en intensité entre 1951 et 2003.

Or pour les auteurs de cette étude, les événements climatiques comme La Nina ou El Nino ne peuvent pas à eux seuls expliquer ce phénomène. L'augmentation de la concentration des gaz à effet de serre serait également en cause : l'atmosphère se réchauffe et concentre plus de vapeur d'eau, d'où un risque plus élevé de précipitations.

La seconde étude, conduite par des chercheurs de l'université d'Oxford, arrive à la même conclusion après avoir modélisé les inondations qui ont touché le pays de Galles et l'Angleterre à l'automne 2000 : là encore, l'effet de serre aurait joué un rôle essentiel dans la survenue de cet événement météorologique extrême.

Quand les experts relativisent

En France, les réactions des spécialistes que nous avons interrogés restent mesurées. « Les résultats sont intéressants mais il faut attendre que d'autres études de ce type soient réalisées en utilisant d'autres méthodologies pour vraiment y croire, commente Sandrine Bony, spécialiste de modélisation du climat au laboratoire de météorologie dynamique du CNRS.

Même constat pour Jean-Louis Dufresne, également chercheur au sein du laboratoire de météorologie dynamique. « Ces travaux sont cohérents mais ne sont pas encore la preuve d'un lien direct entre l'activité humaine et la recrudescence du phénomène d'inondations, explique t-il. Rappelons-nous les graves sécheresses qui ont frappé l'Australie avant le récent épisode d'inondation ». Pour le directeur de l'Institut Pierre-Simon Laplace, Hervé Le Treut, « on ne peut faire d'interprétations liant les mécanismes climatiques et leurs conséquences que sur des échelles de temps beaucoup plus longues ».

L'argument invoqué pour expliquer le retentissement accordé à ces études est le poids accordé aux revues scientifiques majeures comme Nature ou Science. Sandrine Bony l'explique clairement : « Les articles publiés dans ces grandes revues laissent à chaque fois croire qu'il s'agit d'une "nouvelle" révolutionnaire, alors que ce n'est pas toujours le cas ». Un avis partagé par Jean-Louis Dufresne : « Dans cette presse à forte visibilité, les articles sont parfois un peu survendus ». D'autres travaux devront donc être réalisés afin de convaincre l'ensemble de la communauté scientifique de la pertinence de ces résultats.