Une épaisseur de glace divisée par deux en seulement six ans

Septembre 2007 : la banquise arctique ne mesure plus que 4,14 millions de km² pour une épaisseur de seulement 1 mètre. Le passage du Nord-Ouest (en jaune) est libre de toute glace ; le passage du Nord-Est (en turquoise) n'en est plus très loin. © ESA

Faut-il s'en réjouir, la calotte glaciaire arctique vient de franchir en ce mois de septembre plusieurs records. Le premier concerne son épaisseur : mesurant aujourd'hui un mètre, jamais la banquise n'avait été aussi ténue. Les spécialistes rapportent pourtant qu'il y a seulement six ans, son épaisseur était rarement inférieure à deux mètres. En raison de la fragilité de la glace, un brise-glace russe, le Akademik Fedorov, a d'ailleurs dû renoncer à installer une base habitée sur la banquise où des scientifiques voulaient passer l'hiver.

Cette soudaine accélération de la fonte glaciaire se traduit également par une diminution inédite des surfaces gelées. Selon le NSIDC (le Centre américain de données sur la neige et la glace), les surfaces gelées n'atteignent plus désormais que 4,14 millions de km², soit 1,2 million de m² de moins (environ deux fois la surface de la France) que lors du précédent record établi en 2005 : une réduction deux fois supérieure à celle observée entre 2002 et 2005.

Pour l'Agence Spatiale Européenne (ESA), jamais un tel phénomène n'avait été constaté depuis le début des observations satellitaires, il y a une trentaine d'années. Les images réalisées par le satellite européen Envisat sont édifiantes. Elles montrent que le « passage du Nord-Ouest » (situé au nord du Canada) qui est habituellement gelé est désormais libre de glace. À l'exception d'une petite région située entre le continent et l'île de Severnaïa Zemlia, le « passage du Nord-Est » semble également bien dégagé.

À vrai dire, cette fonte n'étonne pas beaucoup les scientifiques. Les différents modèles de réchauffement climatique présentés par le GIEC* montrent en effet que les zones polaires – en particulier les régions arctiques – sont celles qui doivent connaître les hausses de température les plus importantes durant les prochaines décennies. Dès 2070, la banquise pourrait ainsi disparaître durant l'été.

* Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat


Conflit territorial en perspective

Mais si ce réchauffement préoccupe les chercheurs, d'autres s'en réjouissent. La fonte des glaces ouvre en effet des voies maritimes nouvelles et avantageuses, constituant une alternative moins coûteuse au canal de Panama.

Par ailleurs, plusieurs pays situés en bordure de l'océan Arctique comme la Russie, les Etats-Unis, le Danemark (avec le Groenland) ou le Canada se disputent actuellement l'exploitation de ces zones polaires riches en hydrocarbures – peut-être un quart des réserves mondiales – et désormais accessibles.

Le 2 août 2007, la Russie plante son drapeau à 4200 m sous le pôle Nord. Le 2 août 2007, grâce à un petit sous-marin, une expédition russe a réussi à planter un drapeau en titane à plus de 4 200 m de profondeur sous le pôle Nord. Depuis plusieurs années, la Russie revendique cette zone qui pourrait renfermer près d’un quart des réserves mondiales de pétrole et de gaz. L’article 76 de la convention de l’ONU de 1982 sur le droit maritime permet en effet d’étendre la souveraineté d’un pays jusqu’au rebord externe de son plateau continental au-delà de la limite conventionnelle des 200 milles nautiques. Grâce à des travaux géologiques menés durant cette nouvelle mission, les Russes entendent ainsi démontrer que la chaîne de montagne sous-marine située dans cette région est une extension naturelle de leur pays. © AFP

En août dernier, une expédition russe plantait ainsi un drapeau en titane sous le pôle tout en revendiquant cette région. Le gouvernement canadien s'en est insurgé, annonçant la construction d'un port en eaux profondes et d'un centre d'entraînement militaire dans le nord de l'île de Baffin. Le Danemark a également lancé une expédition pour déterminer si la dorsale de Lomonosov, une chaîne de montagnes sous-marine revendiquée par les Russes, ne lui revenait pas de droit. Derrière ce conflit d'intérêt économico-territorial, la question environnementale ne semble malheureusement plus avoir sa place.

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