Salamandres et tritons menacés d'extinction
Depuis une vingtaine d'années, les amphibiens sont menacés d'extinction à cause d'une infection provoquée par un champignon. Un nouveau parasite du même type, identifié il y a deux ans, a été caractérisé par une équipe néerlando-belge dans la revue Science. Il touche spécifiquement deux espèces : les tritons et les salamandres.
Julie Lacaze - Publié le

Il y a deux ans, les herpétologistes ont repéré que le champignon portant le nom de Batrachochytrium Salamandrivorans décime les populations de salamandres et de tritons d’Europe du Nord, en particulier en Belgique et aux Pays-Bas. Une analyse du parasite, encore mal connu, est parue dans Science le jeudi 30 octobre. L’équipe néerlando-belge, qui est parvenue à déterminer l’origine de l’épidémie, a écarté tout risque de contamination aux autres types d’amphibiens comme les grenouilles. Un constat rassurant, puisque cette classe de vertébré est déjà menacée d’extinction depuis une vingtaine d’années par un autre champignon, cousin de celui qui tue aujourd’hui les salamandres, mais au spectre d’action plus large. Nommé Batrachochytrium dendrobatidis, il est tristement célèbre pour avoir déjà provoqué la mort de 40 % des espèces d’amphibiens en Amérique centrale et causé des pertes immenses parmi les populations d’Europe et d’Amérique du Nord.
Les auteurs de l’étude ont analysé l’ADN du nouveau parasite afin de l’identifier. Résultat ? Il s'agirait d'un champignon porté sur la peau de salamandres est-asiatiques, introduites très récemment sur le continent européen à la faveur du trafic d’animaux. Contrairement à leurs cousins orientaux vivant avec Batrachochytrium salamandrivorans depuis au moins 34 millions d’années, les tritons et salamandres d’Europe ne sont pas immunisés contre l’infection cutanée que ce champignon provoque.
La sécurité vétérinaire en cause
Or le commerce des batraciens ne cesse de croître : aux États-Unis, par exemple, 2,3 millions d’individus destinés aux animaleries ont été importés d’Asie entre 2001 et 2009. Bien que les salamandres et tritons de ce pays ne semblent pas encore touchés par le nouveau champignon, l’extension de l’épidémie au continent américain semble aujourd'hui inévitable. L'absence de contrôle vétérinaire lors des échanges d’animaux est sévèrement mise en cause par les auteurs de l’étude, qui craignent une éradication totale et fulgurante des populations de salamandres et tritons européens. Si la contamination est actuellement limitée à la Belgique et aux Pays-Bas, les auteurs de l’étude demandent l'adoption rapide de mesures de prévention afin d'éviter que ce champignon tueur s’étende à toute l'Europe.