Que se passe-t-il quand un oiseau se fait prendre dans le tourbillon d’un typhon ? C’est ce qui est arrivé en 2019 à cet oiseau de mer téméraire de 585 g, un puffin leucomèle mâle. Son voyage de 11 heures et de 1 146 km, l’a emmené 4 500 m plus haut que la normale, à une vitesse trois fois supérieure à sa vitesse habituelle, en 5 boucles successives. Spoiler: il s’en est sorti indemne ! Il a su retrouver le chemin de ses congénères, sur leur île de nidification. L’oiseau s’est trouvé pendant un certain temps dans l’œil du cyclone, puis il a réussi à en sortir et à se maintenir à l’extérieur en volant en larges boucles. Les chercheurs ont remarqué qu’il était parti ce jour-là en quête de nourriture à des horaires inhabituelles pour son espèce, laissant penser qu’il tentait de contourner les conditions difficiles à l’avance, mais ce fut un échec.

Ce tumultueux périple met l’accent sur les risques croissants auxquels les populations d’oiseaux de mer pourraient être confrontées à mesure que le changement climatique entraîne des phénomènes météorologiques plus extrêmes. Ces puffins leucomèles passent en effet la majeure partie de leur vie en haute mer, ne revenant sur terre que pour se reproduire. Comme c’est le cas des oiseaux de mer.

Les membres de ces espèces ont habituellement recours à un large éventail de tactiques pour éviter d’être pris dans le tumulte des grandes tempêtes. Les fous à pieds rouges et les grandes frégates, par exemple, prennent souvent leur envol et montent à haute altitude, laissant passer les tempêtes, tandis que les pélicans bruns de l’Est se contentent de rester au sol jusqu’à ce que les conditions s’améliorent. D’autres encore choisissent de rester dans l’œil de la tempête, quand les vents sont plus calmes.

Toutefois, le réchauffement des températures de l’air et de l’eau de surface intensifie les tempêtes dans tous les bassins océaniques du monde. De quoi alimenter des questionnements quant à la capacité des oiseaux de mer à supporter les puissantes tempêtes qui, selon les prévisions, deviendront monnaie courante. D’après les auteurs de l’étude, une meilleure compréhension de la manière dont les oiseaux de mer font face aux conditions météorologiques extrêmes devrait fournir des informations essentielles sur la réponse — et la résilience — des oiseaux de mer aux conditions environnementales de plus en plus défavorables attendues dans les années à venir.