Et si nous savions faire pousser les mousses de façon durable ? Les mousses sont des végétaux qui ont des propriétés remarquables d'adaptation et de résistance. Leur étude approfondie peut-elle nous permettre de les cultiver afin d'en extraire des principes actifs pour la cosmétique ?
– Les mousses, elles feraient partie des premières plantes à avoir colonisé le milieu terrestre il y a à peu près 450 millions d'années. On suppose que ce serait une évolution d'algues d'eau douce. En Occident, elles restent quand même méconnues par la plupart des gens et, du coup, souvent c'est mal aimé. Et donc, dans notre gazon, dès qu'on a un peu de mousse, la première chose qu'on va chercher à faire, c'est de l'enlever. A l'inverse, si on prend des pays comme le Japon, la mousse, elle figure dans l'hymne national. Et puis on va même lui consacrer des temples. On estime à à peu près douze mille espèces, à travers le monde, de mousses. On va considérer qu'on a au moins un échantillon de chaque espèce ici. Une mousse est une plante photosynthétique, souvent on la voit de couleur verte, en fait, c'est parce qu'elle est chlorophyllienne. On va la caractériser parce qu’elle a une petite taille, quelques centimètres, quelques millimètres. Cette mousse, en fait, elle a une morphologie assez simple. C'est une tige et des feuilles. Ça n'a pas de racines, ça va avoir des rhizoïdes. Et ces rhizoïdes, ils vont servir à fixer la plante à son support. Et, du coup, la mousse, elle ne va pas piocher dans le sol sa nourriture, elle va aller chercher directement, pour les mousses terrestres,, à partir de la pluie et donc l'eau va rentrer directement à l'intérieur des feuilles ou de la tige et nourrir la plante. Comme elle a peu de rapport avec son support, la mousse, on va la trouver dans tous les habitats. Et donc elle va pouvoir coloniser aussi bien des rochers que de la terre, que des écorces d'arbres ou que des morceaux de plastique ou du béton. Par contre, du coup, notre plante, elle va pas pouvoir avoir de mécanismes de résistance à la déshydratation. C'est-à-dire qu’en période de chaleur eh bien elle va se dessécher, et donc elle va mettre en place une espèce de dormance. Elle va s'endormir et c'est ce qu'on va appeler arbitrairement la reviviscence. C'est-à-dire qu'à la moindre petite pluie, eh bien elle va se remettre à reverdir et à repartir de nouveau. Les mousses ont différentes fonctions dans l'écosystème. Le premier rôle, ça va être de jouer dans le cycle des éléments, notamment en forêt, dans les tourbières, et avoir aussi un rôle dans le cycle de l'eau. Elles vont, au moment de la pluie, stocker l'eau et pouvoir larguer l'eau un peu plus tard dans le temps. Le deuxième volet, ça va être au niveau de la stabilisation des sols et donc jouer contre l'érosion des sols. Et puis le dernier rôle, ça va être le fait que nos mousses peuvent se développer, en fait, même sur la moindre pierre. Ça va être des espèces pionnières qui vont pouvoir commencer à créer un humus et permettre aux espèces à racines de pouvoir se développer dessus.
Les autres propriétés des mousses sont leurs différentes capacités de reproduction. Le groupe Mibelle Biochimestry collabore avec le Dr Sébastien Leblond et le professeur Ralph Reski de l'Université de Fribourg afin de réussir à cultiver des mousses pour produire des actifs cosmétiques d'origine végétale.
– Pour extraire les principes actifs des mousses, il y a deux options possibles. Soit aller récolter les mousses dans l'environnement, ce qui pose un problème, c'est-à-dire que quand on va aller les prélever dans l'environnement, on va devoir prélever des très grandes quantités de mousses pour avoir des extraits qui sont relativement peu concentrés. Soit cultiver des mousses en milieu complètement contrôlé. C’est l'option qu'on a choisi de développer, qui est une option de biotechnologie autour de ces cultures de cellules de mousses. Nous avons aujourd'hui deux mousses particulières qui sont extrêmement intéressantes. Physcomitrium patens qui est la première mousse qui a été développée sous le nom de MossCellTec No.1. Et une deuxième mousse qui s'appelle Aloina aloides ou MossCellTec Aloe, qui a été développée plus récemment pour sa capacité à gérer le flux d'eau dans le milieu naturel et le parallèle très simple à trouver avec notre peau et nos cellules de peau, puisque nous avons le même type de mécanisme sur la gestion de l'eau entre les mousses et la peau. Une mousse, pour se reproduire, a mis au point au cours de l'évolution deux systèmes différents. Donc un système sexué via la dissémination des spores, et un système asexué par voie de fractionnement régénérative. C'est l'étape dite de protonéma. Et donc c'est un filament de mousse très très juvénile qui permet justement à cette mousse d'être disséminée très simplement par réplication mécanique et de pouvoir reformer complètement une mousse adulte à partir d'un petit fragment de mousse. Donc la technologie MossCellTec, qu'on a développée au sein de Mibelle Biochemistry, consiste à partir de spores qui sont stérilisés et qui sont mis en culture pour donner ce stade de protonéma. Une fois que ces souches sont disponibles en conditions axéniques, on va les cisailler mécaniquement pour pouvoir augmenter la quantité de biomasse qui va être produite au fur et à mesure du temps dans différents Erlenmeyer. Une fois que la culture est suffisamment stable, on a une technologie qui permet de passer ce qu'on appelle, nous, en bags. Donc ce sont des poches et des grands sacs qui peut aller jusqu'à 50 voire 500 litres de cultures qui permettent de basculer pour la production homogène des biomasses, pour développer des principes actifs au niveau industriel et donc monter en échelle. La technologie MossCellTec et les mousses constituent un excellent modèle de bio-inspiration pour la cosmétique du fait des mécanismes qui sont mis en œuvre dans la mousse dans le milieu environnemental, et le parallèle très simple à faire avec nos cellules de notre épiderme et la gestion de l'eau intercellulaire.
Le biomimétisme est un formidable outil pour innover de façon durable dans l'industrie cosmétique. Il faut pour cela, comme le fait l'entreprise Mibelle Biochimestry, observer le vivant, l'étudier et sélectionner les bons modèles.