Voix off plan début : Et si des odeurs naturelles pouvaient protéger l'agriculture des insectes ? Voix off : Dans le vivant, les interactions entre les insectes et les plantes, grâce aux odeurs, sont fondamentales. L'étude scientifique de cette relation unique peut-‐elle permettre de mieux protéger les cultures agricoles et d'utiliser moins de pesticides ? Ené Leppik : Le sens olfactif est très important pour les humains, pour les mammifères, pour les oiseaux, pour les plantes, pour tout le vivant. Mais c'est très très prononcé chez les insectes. La vie des insectes est régit par les odeurs. Ils utilisent l'olfaction pour localiser, par exemple, leur plante hôte, c'est-‐à-‐dire la plante sur laquelle ils vont faire le cycle de vie, pour trouver leur partenaire sexuel, pour trouver où est-‐ce qu'ils vont pondre les oeufs. Nous, on sent les odeurs avec le nez. Chez les insectes, le nez c'est les antennes et sur les antennes, ils ont des milliers et des milliers de petits sensilles qui sont liés avec les nerfs olfactifs qui détectent des odeurs. Ené Leppik : Une odeur, c’est des composés organiques volatils. C’est des petites molécules qui sont volatilisées à la température ambiante. Les plantes utilisent des composés organiques volatils, ces odeurs, activement pour à la fois communiquer entre elles, mais aussi avec les insectes. Par exemple, ils peuvent attirer des ennemis naturels contre les prédateurs qui sont en train de les manger. Donc chez les plantes, la communication chimique, la communication à travers les odeurs, est active parce que, depuis plus de 350 millions d'années, les insectes et les plantes ont ensemble co-‐évolués. Presque toutes les plantes émettent des odeurs avec les mêmes molécules, mais dans des ratios et dans des concentrations différentes. Ené Leppik : En écologie chimique, en communication chimique, on distingue trois grandes catégories. On parle des phéromones quand ces molécules sont utilisées au sein de la même espèce. Mais il y a une autre catégorie, c'est des allomones et des kairomones qui sont des substances allélochimiques. Et ça, c'est des substances qui interviennent dans la communication entre deux différentes espèces, c'est-‐à-‐ dire plantes et insectes. Voix off : La société Agriodor est un laboratoire qui étudie le comportement des insectes pour mettre au point des odeurs naturelles qui vont protéger les cultures de terribles ravageurs comme, par exemple, les pucerons verts. Ené Leppik : On ne cherche pas à tuer les insectes mais à modifier leur comportement, les attirer ou créer un effet répulsif. Donc pour cela, on a constitué une équipe de huit docteurs en sciences dans des différents domaines : en chimie analytique, en neurophysiologie, en comportement, qui travaillent tous sur le comportement d'insectes, sur la perception d'odeurs, sur la formulation de ces odeurs, et ensuite aussi comment ces odeurs ramenées aux champs pour que ce soit au service des agriculteurs, pour protéger les cultures. Donc nous faisons étude d’olfaction dans des olfactomètres. On fait des prélèvements d'odeurs en état de traces, c'est-‐à-‐dire en état que notre nez n'est pas capable de sentir, mais l'antenne d'insecte est capable de sentir. Ené Leppik : On fait ces prélèvements, on les caractérise, on les quantifie et on les reformule pour les tester en neurophysiologie. Regarder, par exemple, le comportement alimentaire des pucerons. On va créer un circuit électrique, cela s'appelle un électropénétogramme. Donc quand l'insecte plante son stylet dans le tissu de plantes, ça crée un circuit électrique fermé qui donne un signal spécifique. Est-‐ce que l'insecte est en train de chercher ? Ou bien de digérer ou de transmettre le virus ? On a identifié les odeurs qui sont perçues par le puceron et qui ont un effet sur leur reproduction, sur leur alimentation et sur leur développement. Ené Leppik : Ensuite, on les recrée. On est des parfumeurs pour les pucerons. Les pucerons sont des ravageurs majeurs en betterave sucrière. Ils transmettent des virus, virus de la jaunisse qui a un impact direct sur le rendement et sur le taux de sucre des betteraves. Le parfum qui imite les plantes répulsives a un triple effet. Ça a un effet répulsif. Ensuite, il y a un effet sur l'alimentation. En présence de ces odeurs, les pucerons n'aiment pas s'alimenter et comme ils s'alimentent moins, ils transmettent moins de virus et ils sont en moins bonne forme pour faire des bébés. Donc il y a un effet à la fois sur l'alimentation, la transmission du virus, mais aussi sur la croissance de population. Ené Leppik : Et ces odeurs-‐là, on les a formulées dans des granules qui peuvent être épandus dans le champ au stade sensible de betterave quand les pucerons arrivent. Et ces granules-‐là vont diffuser l’odeur répulsive pendant 28 jours. Et ce qu'on voit, en utilisant ces odeurs-‐là, on arrive à réduire la population des pucerons à moitié et, en fonction des conditions pédoclimatiques, on peut même ne pas avoir besoin d'utiliser des insecticides, c'est-‐à-‐dire être sous le seuil d'utilisation des insecticides. Voix off : De nouvelles odeurs sont à l'étude pour protéger d'autres cultures maraîchères et fruitières. Ces solutions biodégradables n'augmentent pas la résistance des insectes, ne détruisent pas la biodiversité et ne sont pas plus onéreuses pour les agriculteurs. C'est la promesse d'une agriculture réconciliée avec le vivant.
Réalisation :
Thomas Marie
Production :
Universcience, La Belle Société Production, CNRS, Ademe, Région Nouvelle-Aquitaine, MNHN, Ceebios
Année de production :
2026
Durée :
6min32
Accessibilité :
sous-titres français