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Cellules de carcinome lobulaire © DRdoubleB / Wikimedia Commons

Fruit d’une collaboration entre plusieurs centres de lutte contre le cancer et instituts de recherche français (Inserm, CNRS…) en France et en Suisse, une étude montre pour la première fois l’évolution génomique du cancer entre le stade « localisé » d’une tumeur et son stade avancé métastatique. L’étude a porté sur le cancer du sein. 

Jusqu’à présent, les séquençages génomiques avaient surtout porté sur des tumeurs initiales et localisées. Quelques études préliminaires permettaient toutefois de soupçonner une évolution génomique du cancer lorsque celui-ci se dissémine et que des métastases apparaissent. 

Cette nouvelle étude multicentrique confirme une telle hypothèse et démontre par conséquent que la génomique d’un cancer localisé n’est pas représentative des cancers du sein les plus avancés. Elle a été menée sur 617 femmes atteintes d’un cancer du sein métastatique. Résultat, souligne le Pr Fabrice André, oncologue à Gustave Roussy et directeur de recherche Inserm : « Les cancers du sein métastatiques sont le fruit de l’évolution génomique. Ils sont plus complexes génétiquement que la tumeur primitive, comportent plus de mutations et de clones. Nous avons découvert deux grands processus responsables de cette évolution : l’activation d’une des protéines APOBEC et un défaut accru de réparation de l’ADN. De plus, nous avons identifié une dizaine de nouvelles cibles thérapeutiques plus fréquentes dans les métastases et activables par des médicaments existants ou à venir ». 

APOBEC est une protéine qui joue un rôle dans les infections virales ; elle est responsable de mutations génétiques. Dans le cancer, cette protéine s’active et provoque l’évolution génomique tumorale. Plus cette protéine est active, plus le cancer métastatique évolue rapidement. APOBEC est donc l’un des moteurs de « l’emballement métastatique ».

La tumeur acquiert par ailleurs des mutations qui empêchent la réparation de l’ADN. Le génome tumoral, devenu « hypermuté », entraîne l’apparition de dix altérations génomiques considérées comme cibles thérapeutiques potentielles, dont certaines font actuellement l’objet d’un développement de nouveaux médicaments (MAPkinase, AKT, épigénétique). D’autres correspondent à de nouveaux gènes mutés jusqu’alors non identifiés (ex : RBMX, RIC8A…).