Au tableau Bernard Laponche ! Publié le , mis à jour le

L'énergie dans le monde

Bernard Laponche, expert en politique énergétique, dresse, feutres en main, un tableau détaillé et très concret de la situation énergétique mondiale, et pose la question cruciale de l’accès à ces ressources indispensables par les pays émergents. 

Un épisode de la série « Au tableau Bernard Laponche ! ». 

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience

Année de production : 2011

Durée : 7min12

Accessibilité : sous-titres français

L'énergie dans le monde

AU TABLEAU !

Bernard Laponche

Quelle est la situation de la consommation et de la production d’énergie dans le monde aujourd’hui ? Quelles sont ses caractéristiques et quels sont ses enjeux pour l’avenir ?

Toute notre consommation d’énergie, sous la forme de combustibles, de carburant ou d’électricité, provient d’un certain nombre de sources naturelles qui sont utilisées par l’homme à travers des techniques. Il y a deux grandes familles de sources et d’énergie. La première, c’est ce qu’on appelle les énergies de stock, c'est-à-dire des énergies qui sont extraites de la croûte terrestre : le pétrole, le charbon, le gaz naturel, ce sont les combustibles fossiles, et l’uranium qui est un combustible fissile qui produit la chaleur et l’électricité dans les réacteurs nucléaires. Et la deuxième famille, ce sont les énergies de flux ou énergies renouvelables. Ce sont la biomasse, c'est-à-dire l’ensemble du bois et des végétaux. Deuxièmement, l’énergie solaire, qui peut être utilisée soit directement, soit par transformation thermique ou d’électricité ; les dérivés que sont l’hydraulique et l’éolien et enfin, l’énergie de la terre qui n’est pas d’origine solaire, qui est la géothermie, qui peut produire soit de la chaleur, soit de l’électricité.

Alors actuellement, toutes ces sources d’énergie sont mesurées suivant leur volume ou leur masse : les baril ou les tonnes de pétrole, le charbon, les tonnes de charbon ou les kilowattheures pour l’électricité, voire les calories pour la chaleur... Et donc, pour les mesurer, pour les comparer l’une à l’autre et pour les additionner de façon à avoir des consommations totales d’énergie, par commodité, on utilise une unité énergétique qui s’appelle la tep (tonne d’équivalent pétrole) qui est en fait la quantité d’énergie thermique libérée par la combustion d’une tonne de pétrole. Et on ramène toutes les consommations des autres sources d’énergie, on les calcule en tep à partir de leur pouvoir calorifique. C’est ainsi qu’une tep vaut 1,5 t de charbon. Alors, avec cette unité, on voit qu’en 2008, la consommation totale d’énergie au monde est de 12 milliards de tep.

Alors, comment se répartissent ces 12 milliards de tep entre les différentes sources d’énergie ? Le pétrole 33 %, le charbon 27 %, le gaz naturel 21 %, l’uranium 6 %, la biomasse 10 % et les autres sources renouvelables hors biomasse 3 à 4 %. Donc, on voit tout de suite que la consommation mondiale d’énergie aujourd’hui est dominée par les combustibles fossiles (81 %) et aussi les énergies de stock puisque ça fait 87 %, donc c’est très important, et il y a 13 % pour les énergies renouvelables, dont 10 % de biomasse.

Alors, cette situation énergétique globale est soumise d’ores et déjà à des contraintes très importantes qui sont de plusieurs natures. On a d’abord la contrainte sur les ressources, puisqu’à part le charbon, qui, au niveau de consommation annuelle actuelle, on a des réserves de 2 à 3 siècles. Le pétrole, le gaz naturel et l’uranium, c’est, d’après les techniques actuelles et les niveaux de consommation actuels, c’est quelques dizaines d’années, certainement moins d’un siècle. Donc les ressources.

Deuxièmement, contraintes géopolitiques, c'est-à-dire les concentrations les plus importantes des réserves de pétrole au Moyen-Orient, donc possibilité de rivalité entre les grandes puissances et éventuellement de conflits. Ce qui amène d’ailleurs, du fait de la pression offre/demande et cette double contrainte, aux augmentations très fortes des prix du pétrole à différentes périodes, ce qui peut être très dommageable pour les économies, en particulier pour les pays les plus pauvres.

Et troisièmement, les contraintes environnementales : les pollutions liées à toutes les utilisations des sources de stock en particulier, les grands accidents technologiques (les marées noires ou les accidents nucléaires), les déchets et en particulier les déchets radioactifs, et enfin, la question du risque climatique avec l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre par les combustibles fossiles, donc gaz carbonique, mais aussi méthane, qui est un gaz également très mauvais du point de vue de l’augmentation des gaz à effet de serre.

L’autre grande caractéristique de la consommation d’énergie, ce sont les inégalités entre les pays. Si on prend les Etats-Unis aujourd’hui, ils consomment par habitant et par an 7,5 t ; l’Union européenne, les 27 pays, 3,6 ; la Chine 1,6 ; l’Inde et l’Afrique subsaharienne 0,5. Donc presque un facteur 20 entre l’Inde et les Etats-Unis. Et si donc on se projette dans l’avenir, on voit que les pays émergents et les pays en développement vont avoir pour objectif de rattraper les pays riches. Les pays riches, c'est-à-dire 13 % de la population mondiale, consomment 40 % de la consommation d’énergie, ils consomment en moyenne 5,3 tep. Si on imaginait que les pays en développement rattrapaient les pays riches, on aurait, dans le cours du XXIe siècle, 9 milliards d’habitants, chacun consommant 5,3 tep. Cela fait 48 milliards de tep, donc 4 fois la consommation d’aujourd’hui. Vu les contraintes que l’on connaît déjà aujourd’hui, il nous faudrait quatre planètes, c’est donc absolument impossible. Et donc, la stratégie énergétique qui est totalement prioritaire, c’est que les pays les plus riches diminuent leur consommation d’énergie, donc créent un nouveau système énergétique, un meilleur équilibre entre la consommation et la production et un meilleur équilibre entre les différentes techniques, de façon à ce que les pays émergents et en développement, du fait de ce nouveau modèle, puissent connaître le développement économique qui réponde à leurs besoins.

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience

Année de production : 2011

Durée : 7min12

Accessibilité : sous-titres français