Femmes et Sciences Diffusé le

Emmy Noether, l’éternelle clandestine

Voici l’histoire d’une des rares femmes ayant marqué l’histoire des mathématiques au début du 20e siècle. Passionnée et volontaire, elle s’est cramponnée à ses recherches dans un milieu essentiellement masculin. Ses travaux seront néanmoins reconnus par les plus grands et elle laissera à la postérité le fameux théorème de Noether.

Un épisode de la série « Femmes & sciences ».

Réalisation : Jean-Paul Guirado

Production : Gald, en partenariat avec Universcience

Année de production : 2021

Durée : 3min21

Accessibilité : sous-titres français

Emmy Noether, l’éternelle clandestine

Emmy Noether, l’éternelle clandestine. Il n’y a pas si longtemps, sur les bancs de la fac, une professeure de physique nucléaire nous parle à mille à l’heure « symétries et invariances » et théorème de Noether, « l’une des rares femmes à avoir marqué l’histoire des mathématiques ». Née en 1882 à Erlangen, Amalie Emmy Noether se lance comme toutes les filles dans des études de langues, dont elle sort diplômée à 18 ans. Culotée, elle réclame d’entrer à la fac, alors réservée à la gente masculine. Grand Seigneur, l’Université d’Erlangen lui daigne l’autorisation d’assister à certains cours, sans statut officiel et selon des accords au cas par cas. Pendant 4 ans, Emmy assiste en clandestine à des leçons d’histoire, d’études romaines et de mathématiques. En 1904, les femmes obtiennent enfin l’accès aux études supérieures et Emmy se consacre à sa vraie passion, les mathématiques, dont elle obtient le grade de docteur. Interdite d’aller plus loin, Noether se replie une dizaine d'années chez son père, prof de math, qu'elle remplace de temps en temps tout en poursuivant ses recherches. Avec son look de chapelain au long manteau noir, cheveux courts et chapeau d’homme, Emmy se bâtit une solide réputation et répond à de nombreuses invitations, dont celle de David Hilbert. En 1915, ce célébre physicien a besoin des lumières de la mathématicienne pour ses travaux de physique théorique menés à Göttingen, malgrés l'opposition de ses collègues. « Que penseront nos soldats, « quand ils reviendront à l'université et verront qu'ils doivent apprendre aux pieds d'une femme ? », s’étrangle l'un d'eux. Noether se trouve contrainte d’enseigner sous le nom du « Professeur Hilbert, assisté du Dr. E. Noether ». Il ressortira de cette collaboration schizophrène le fameux théorème de Noether, salué sur le champ par Albert Einstein. En 1919, après des années de bataille, Emmy reçoit le titre de maitre de conférence, sans gagner un sous. Son tout premier (maigre) salaire n’arrivera qu’en 1922, lorsqu’elle est promue « professeur associé ». Entourée de ses étudiants, les « Noether’s boys », elle finit de gagner l’admiration de ses pairs, et reçoit en 1932 le prestigieux Prix Mathématique Ackermann-Teubner. L’arrivée des nazis au pouvoir l’année suivante sonne la fin de la récré. Femme, juive et social-démocrate, Noether se sauve aux Etats-Unis, où elle poursuit sa carrière avant de succomber deux courtes années plus tard à l’âge de 53 ans. Si son existence fut minée par l’intolérance, sa vie post-mortem gagna tous les honneurs. Albert Einstein parlera d’elle comme « le génie mathématique créatif le plus considérable produit depuis que les femmes ont eu accès aux études supérieures.» Un cratère lunaire porte son nom, c’est dire.

Réalisation : Jean-Paul Guirado

Production : Gald, en partenariat avec Universcience

Année de production : 2021

Durée : 3min21

Accessibilité : sous-titres français