Interviews Diffusé le

En 2070, 29 % des Français auront 65 ans ou plus

La planète comptera 10 milliards d’êtres humains à la fin du siècle. Et nous, Français ? Combien serons-nous à cet horizon ? Chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Ined), Laurent Toulemon, nous éclaire sur les dernières projections de la population française au cours des prochaines décennies, ainsi que la méthode employée, les paramètres observés et les enjeux. 

Notre dossier : « 8 milliards d’humains… et après ? »

Réalisation : Amanda Breuer Rivera

Production : Universcience

Année de production : 2022

Durée : 7min28

Accessibilité : sous-titres français

En 2070, 29 % des Français auront 65 ans ou plus

La population de la France va continuer à augmenter. On va frôler les 70 millions dans les années 2040 et puis la population pourrait diminuer légèrement pour redescendre vers 68 millions, peut-être un petit peu plus, en 2070 si les choses continuent comme elles sont aujourd'hui. La population de la France augmente grâce au fait principalement que la population est encore jeune. Mais la fécondité est un petit peu plus basse que le renouvellement des populations et donc potentiellement la croissance ralentit. Elle devrait s'arrêter vers 2040 pour devenir négative probablement ensuite. Par contre le nombre de décès, lui, va beaucoup augmenter avec l'arrivée à l'âge de décéder des générations du baby boom. Aujourd'hui, on n'a pas peu de personnes de 75 ans et plus en France parce que ce sont des gens qui sont nés avant la deuxième Guerre Mondiale, à l'époque où la France ne comptait que 40 millions d'habitants. Et puis, il y a une très forte augmentation des naissances en 1946 et donc on anticipe une augmentation importante du nombre de décès dans les 25 prochaines années. Dans les projections démographiques, on a 3 paramètres : la fécondité (combien les couples - et en pratique combien les femmes - font d'enfants ?), la mortalité (quel est le risque des personnes de mourir ?), et l'immigration (combien il y a de personnes qui rentrent dans le territoire et de personnes qui sortent ?) À partir de ces trois paramètres et de la population à une date donnée, de proche en proche, on va projeter la population une année après, deux années après, jusqu'à 50 ans après. On voit ce que le présent a aujourd'hui en germe pour le futur ? Et on fait des hypothèses qui sont souvent des hypothèses un peu extrêmes pour voir comment la réalité pourrait s'éloigner de cette projection qu'on appelle la projection centrale, qu'on considère comme pas forcément la plus probable, mais celle qui va arriver si rien de particulier ne se passe, si les choses continuent comme elles sont aujourd'hui. Toutes les projections que l'Insee a fait depuis 30 ou 40 ans prévoient une augmentation du nombre de personnes âgées, des plus de 60 ans dans la décennie 2000 et des plus de 75 ans dans la décennie 2020. Ça c'est tout à fait certain. Par contre, l'évolution du nombre de naissances en 2070, les enfants qui naîtront en 2070, leurs parents ne sont pas encore nés, pour beaucoup d'entre eux. Donc il y a une incertitude assez forte. La composante des migrations est celle, peut-être, sur laquelle l'Insee est la plus prudente, parce que c'est celle sur laquelle il y a le plus d'incertitudes. Depuis une dizaine d'années, la fécondité a baissé. On est passé à peu près de 2 enfants par femme à 1,8 enfant par femme. Donc ça fait 5% de moins. Ce n'est pas une baisse considérable. C'est une baisse qui est beaucoup moins importante que chez nos voisins européens et le niveau en France reste très élevé. On est aujourd'hui au niveau de fécondité le plus élevé de l'Union européenne. Les progrès dans la lutte contre la mort se sont aussi un peu ralentis. Il y a eu des épidémies de grippe à répétition. Il y a eu ensuite l'épidémie de Covid, même si elle était beaucoup moins meurtrière en France que dans d'autres pays du monde. Ça n'empêche que ça a été un choc très important en termes de mortalité. Par ailleurs, il y avait des habitants à cheval entre deux logements : des jeunes adultes qui sont encore chez leurs parents mais qui ont quand même un domicile ailleurs, ou des enfants de parents séparés qui étaient comptés deux fois dans le recensement. L'Insee a amélioré ça donc ça a conduit à une diminution de la population de départ. Donc on a un peu moins de personnes au départ qui font un peu moins d'enfants qui meurent un peu plus. Et donc à horizon de 50 ans, ça finit par faire 7 ou 8 millions en moins. Les grandes tendances sont les mêmes, c'est-à-dire une augmentation qui ralentit et puis une stabilisation, une légère baisse dans la fin de la période de projection. L'épidémie de Covid a eu un impact très important sur les trois composantes de la démographie. Pendant le premier confinement, la fécondité a beaucoup baissé. Il y a eu d'ailleurs aussi une baisse du recours à l'interruption volontaire de grossesse. Donc c'est des conceptions qui ont baissé pendant le premier confinement. Il y a eu une augmentation de la mortalité, bien entendu, et puis il y a eu une diminution du solde migratoire parce que les frontières ont été fermées. Mais après le premier confinement, la fécondité s'est redressée en France et la baisse, qui était assez importante depuis 2014, s'est arrêtée. Pour la mortalité, on est revenu pratiquement au niveau qui précède le Covid. Donc on peut dire que même s'il y a encore beaucoup de personnes qui deviennent malades du Covid, on a appris, disons, à limiter les décès, mais il y a encore un nombre de décès qui n'est pas du tout négligeable dus au Covid. Et en termes de migration, on voit bien, on réouvre les frontières de façon prudente. Mais les questions migratoires sont sur le plan politique, pour des raisons qui sont tout à fait en dehors de la démographie. Après la crise de 2008, la fécondité a baissé dans énormément de pays développés et en France, elle a baissé, mais plus tardivement et moins fortement que dans les autres pays. Donc est-ce qu'il faut expliquer le fait que la fécondité ait baissé depuis 2014 ou est-ce qu'il faut expliquer le fait qu'elle soit restée élevée de 2009 à 2014 et qu'elle ne se soit mise à baisser qu'à partir de 2014 ? Ce qui s'est passé entre 2016 et 2020, c'est que les femmes âgées ont arrêté de rentrer dans leur pays. Alors peut-être parce que les migrants sont de plus en plus des femmes, qui ont fait des enfants qui sont nés en France, qui veulent rester en France pour la plupart d'entre eux. Les migrants âgés, s'ils veulent rester avec leurs enfants, sont un peu coincés et donc, le solde migratoire, même s'il est resté à peu près constant en nombre, a un peu changé en termes de sexe et âge et ça conduit à avoir globalement moins de naissances dues aux migrants moins de départs de migrants et plus de décès de migrants. L'impact des migrations sur la population est un peu plus faible projeté à 50 ans que dans les projections de 2007. S'il y a beaucoup d'enfants, il va falloir construire des écoles. S'il y a beaucoup de personnes âgées, il va falloir construire des Ehpad et des hôpitaux. Le système de retraites n'évoluera pas de la même façon s'il y a beaucoup de chômage ou si l'âge de la retraite diminue. Mais aussi l'augmentation du nombre de personnes âgées pose un défi au système de retraite. Et ça, on l'a vu depuis les années 2000. Il y a eu un aménagement du système de retraites parce que l'on sait que les baby boomers vont vieillir. Donc j'aurais tendance à dire que les projections démographiques servent à évacuer la question démographique des questions politiques. Il y a un consensus partagé, un diagnostic partagé, et on peut, à partir de là, discuter des choses qui relèvent vraiment du politique.

Réalisation : Amanda Breuer Rivera

Production : Universcience

Année de production : 2022

Durée : 7min28

Accessibilité : sous-titres français