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Après plus 20 ans de présence humaine continue à son bord, la Station spatiale internationale fonctionne au plein de ses capacités, avec encore quelques belles années devant elle grâce au retour des vols depuis les États-Unis. Mais la question de son avenir devient de plus en plus prégnante.

Station spatiale internationale prise en photo par un astronaute à bord d'une fusée russe Soyouz, le 4 Octobre 2018 © NASA/Roscosmos/AFP/Archives

Station spatiale internationale prise en photo par un astronaute à bord d’une fusée russe Soyouz, le 4 octobre 2018 © Nasa/Roscosmos/AFP/Archives

L’ISS « est devenue le port spatial que nous voulions qu’elle soit », a déclaré au début du mois Kathy Lueders, cheffe des programmes habités de la Nasa, lors d’une conférence de presse. Après la fin des navettes spatiales en 2011, les fusées russes Soyouz restaient les seuls « taxis » pour s’y rendre. Mais depuis l’année dernière, grâce à la société SpaceX, les vols depuis les États-Unis ont repris. « Notre accord récent avec l’industrie privée nous permet d’amener plus de gens vers la Station spatiale internationale », se réjouit Joel Montalbano, directeur du programme de la station pour la Nasa.

Comme la capsule de SpaceX, Dragon, peut emmener quatre astronautes (contre trois pour Soyouz), la taille standard de l’équipage est passée de six à sept personnes. Dans l’ISS, il faut donc ajouter… un lit. En cours d’installation. 

La deuxième mission régulière à voler avec Dragon, Crew-2, décollera le 22 avril depuis la Floride, avec à son bord le Français Thomas Pesquet. Ils cohabiteront quelques jours avec les quatre astronautes de Crew-1, qui rentreront ensuite après six mois dans l’espace.

Durant cette période de passation, la Station spatiale accueillera pas moins de 11 personnes. « On sera un peu en mode camping », s’est amusé Shane Kimbrough, de Crew-2. « Il faudra trouver un endroit pour dormir contre un mur ou au plafond. »

Davantage de science

« Nous entrons dans l’âge d’or de l’utilisation de l’ISS », a souligné David Parker, directeur de l’exploration humaine et robotique à l’Agence spatiale européenne (ESA), partenaire. Le projet fou remonte pourtant à 1984, lorsque Ronald Reagan demande à la Nasa de développer « une station spatiale habitée en permanence ». Les premiers segments sont envoyés dans l’espace en 1998. Le premier équipage y passe plusieurs mois en 2000. Et l’assemblage de cet immense puzzle de 108 mètres de long est terminé en 2011.

Station spatiale internationale photographiée par un membre d'équipage depuis la fusée russe Soyouz © NASA/AFP/Archives

ISS photographiée par un membre d’équipage depuis la fusée russe Soyouz © Nasa/AFP/Archives

« Pendant la première moitié de la vie de la Station spatiale, la plus grande part de l’attention était portée sur sa construction », a expliqué Robert Pearlman, historien de l’espace et co-auteur d’un livre sur le sujet. Aujourd’hui, les astronautes doivent toujours effectuer des opérations de maintenance, mais « la majorité de leur temps, ils la passent à réaliser des centaines d’expériences scientifiques ». Plus de 3 000 expériences menées dans ce laboratoire en apesanteur, qui file en orbite à 400 km au-dessus de la Terre, à 28 000 km/h.

Quel avenir ?

L’avenir de l’ISS est aujourd’hui officiellement assuré jusqu’en 2024 par les gouvernements européens, américain, russe, japonais et canadien. Et « d’un point de vue technique, nous avons validé que l’ISS pourra voler jusqu’en 2028, a déclaré la Nasa. De plus, notre analyse n’a identifié aucun problème qui empêcherait une extension au-delà de 2028 ». 

L’étude pour la période 2028-2032 devrait être lancée « plus tard cette année », selon Joel Montalbano. Mais l’utilisation de la Station va évoluer. La Nasa, qui cherche à s’en désengager financièrement pour se concentrer sur l’exploration lointaine (la Lune et Mars), a annoncé en 2019 qu’elle accueillerait des touristes dans l’ISS, contre rémunération. 

Ils s’y rendront avec SpaceX, ou Boeing – dont le développement de son propre « taxi », la capsule Starliner, a pris du retard. « Mon espoir est que nous fassions voler la première mission d’astronautes privée en 2022 », a déclaré Joel Montalbano. 

Si l’ISS va donc encore voler quelques années, les remplaçants se bousculent déjà au portillon. La société Axiom Space veut construire « la première station spatiale internationale commerciale », d’abord rattachée à l’ISS. La Chine prévoit également de commencer cette année l’assemblage d’une grande station spatiale, Tiangong, et de l’achever d’ici 2022. Et la Russie vient d’annoncer un projet de station lunaire, « à sa surface ou en orbite », en collaboration avec Pékin, après avoir boudé le projet américain de mini-station lunaire Gateway, qui servira d’étape aux futurs Américains allant sur la Lune. 

Tout un symbole : les décennies de partenariat russo-américain dans l’espace pourraient ainsi bien prendre fin au moment où l’ISS sera finalement, au moment de sa retraite, envoyée vers la Terre pour venir se fracasser dans l’océan.