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Des fumées d’incendie dans la forêt amazonienne en octobre 2020 à Oiapoque, au Brésil © AFP/Archives Nelson Almeida

Victime du changement climatique et des activités humaines, la forêt amazonienne brésilienne a rejeté ces dix dernières années plus de carbone qu’elle n’en a absorbé, un basculement majeur et inédit, selon une étude publiée cette semaine. Sans les forêts – un « poumon » de la planète qui absorbe entre 25 et 30 % des gaz à effet de serre émis par l’Homme – le dérèglement climatique serait bien pire.

Or depuis plusieurs années, les scientifiques s’inquiètent d’un essoufflement des forêts tropicales, et craignent qu’elles puissent de moins en moins bien jouer leur rôle de puits de carbone. L’inquiétude vient notamment de la forêt amazonienne, qui représente 60 % de la forêt primaire du globe. Et l’étude, publiée jeudi dans Nature Climate Change par une équipe internationale, dresse un constat bien sombre. 

Entre 2010 et 2019, cette forêt a perdu de sa biomasse : les pertes de carbone de l’Amazonie brésilienne sont environ 18 % supérieures aux gains, a précisé dans un communiqué l’Institut français de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

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Carte et données sur les dix pays où la destruction des forêts vierges tropicales a été la plus marquée en 2020, selon l’université du Maryland © AFP/Archives John Saeki

« C’est la première fois qu’on a des chiffres qui montrent qu’on a basculé et que l’Amazonie brésilienne est émettrice » nette de carbone, explique à l’AFP l’un des auteurs, Jean-Pierre Wigneron, chercheur à l’Inrae. Pour l’instant, à priori, « les autres pays compensent les pertes de l’Amazonie brésilienne » et ainsi « l’ensemble de l’Amazonie n’a pas encore basculé, mais elle pourrait le faire bientôt », poursuit-il. « Jusqu’à présent, les forêts, en particulier les forêts tropicales, nous protégeaient en permettant de freiner le réchauffement, mais notre dernier rempart, l’Amazonie, est en train de basculer », met en garde le chercheur.

L’étude met d’autre part en avant la responsabilité méconnue, mais majeure, des « dégradations » de la forêt. Contrairement à la déforestation qui fait disparaître la surface boisée, les dégradations incluent tout ce qui peut l’abîmer, sans pour autant la détruire totalement : arbres fragilisés en bordure des zones déforestées, coupes sélectives, petits incendies, mortalité des arbres liée à la sécheresse. Des atteintes moins facilement décelables que de grandes étendues rasées.

Utilisant un indice de végétation issu d’observations satellitaires micro-ondes, permettant de sonder l’ensemble de la strate de végétation et pas seulement le sommet de la canopée, l’étude conclut que ces dégradations de la forêt ont contribué à 73 % des pertes de carbone, contre 27 % pour la déforestation, pourtant de grande ampleur.