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L’ARN messager est devenu célèbre dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, avec les vaccins Pfizer et Moderna. Mais cette molécule pourrait aussi contribuer à traiter les cancers. Stéphan Vagner, directeur de recherche à l’institut Curie de Paris, explique. 

Qu’est-ce qu’un ARNm ?

Les ARNm sont, comme leur nom l’indique, des messagers de l’information génétique contenue dans notre génome. Ils sont synthétisés dans le noyau de nos cellules, sont exportés dans le cytoplasme – le milieu environnant de la cellule, entre la membrane et le noyau –où ils sont décodés en protéines (un processus qu’on appelle la traduction des ARNm) et finalement dégradés. On connaît maintenant très bien les déterminants moléculaires qui permettent d’optimiser l’ARNm pour sa traduction et sa stabilité.

L’ARN messager, ou « ARNm », est un intermédiaire entre l’ADN et les protéines © Getty images

L’ARN messager, ou « ARNm », est un intermédiaire entre l’ADN et les protéines © Getty Images

Comment un ARNm pourrait-il aider à lutter contre le cancer ?

L’utilisation thérapeutique consiste à délivrer à nos cellules des ARNm qui ont été fabriqués de façon industrielle. Le but ? Aider notre système immunitaire à détecter et détruire les cellules cancéreuses. Les protéines produites habituellement par nos cellules ne sont pas antigéniques, c’est-à-dire qu’elles ne déclenchent pas de réponse immunitaire. Les cellules cancéreuses produisent, quant à elles, des protéines anormales (par exemple mutées), antigéniques. C’est-à-dire des protéines reconnues comme étrangères par le système immunitaire et provoquant, en réponse, une production d’anticorps. 

Un ARNm exogène produisant une protéine antigénique tumorale pourrait donc être utilisé pour aider notre organisme à produire des anticorps qui iraient cibler et tuer les cellules tumorales produisant cet antigène tumoral. Cette méthode repose sur la même stratégie que les vaccins à ARNm utilisés aujourd’hui contre la Covid-19. On fait produire des protéines par nos cellules pour déclencher la production d’anticorps qui vont cibler le coronavirus dans un cas, les cellules tumorales dans l’autre cas.

Où en sont les recherches sur la lutte contre le cancer grâce aux ARNm ?

De nombreux laboratoires académiques, dont le nôtre, travaillent depuis plus de vingt ans à la compréhension de la traduction et de la stabilité des ARNm dans les cancers. Mais ce sont surtout les compagnies privées, telles que BioNTech et Moderna, qui cherchent à développer des thérapies anti-cancéreuses basées sur l’ARNm.

Je travaille sur le sujetdepuis plus de vingt-cinq ans. Avant la Covid-19, jamais je n’aurais imaginé qu’un ARNm thérapeutique pût être délivré de façon exogène pour produire une protéine thérapeutique, aussi rapidement.Il est évident que l’infection par le coronavirus a accéléré les découvertes sur les thérapies à base d’ARNm.

Y a-t-il déjà des essais cliniques anti-cancer sur l’Homme ?

Oui, quelques-uns, essentiellement en phases précoces d’analyse du traitement, à savoir sa tolérabilité et sa sûreté. Les prochaines étapes mesureront l’efficacité de ces traitement anti-cancer et devraient commencer d’ici 2 à 5 ans.

L’autre enjeu de ces traitements ? Réussir à délivrer de l’ARNm pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Cela permettra de produire, efficacement et sur la durée, des protéines antigéniques spécifiques des cellules tumorales et cela évitera de devoir administrer, de manière répétée, de l’ARNm thérapeutique. Plusieurs approches, comme l’utilisation de nanoparticules ou d’hydrogel, libérant de l’ARNm en continu, sont déjà en cours de développement.

Le siARN, un autre ARN pour lutter contre le cancer (01'41)

Pour lutter contre le cancer, une autre approche basée sur de l’ARN est envisagée. Il s’agit cette fois d’utiliser un siARN, une molécule qui n’est pas produite naturellement pas les cellules, mais synthétisée en laboratoire. Le but de cette thérapie serait d’inhiber les effets des protéines oncogéniques, ces protéines responsables de la prolifération désordonnée des cellules. Explications par Stéphan Vagner, chef d’équipe « Biologie de l’ARN, signalisation et cancer ».