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Un homme vapote dans une boutique de vente de cigarettes électroniques à Jersey City, dans le New Jersey, aux Etats-Unis © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP EDUARDO MUNOZ ALVAREZ

Un homme vapote dans une boutique de vente de cigarettes électroniques à Jersey City, dans le New Jersey, aux Etats-Unis © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP EDUARDO MUNOZ ALVAREZ

Le gouvernement de Donald Trump a annoncé jeudi l’interdiction de la plupart des arômes de cigarettes électroniques utilisant des cartouches, prisées des jeunes, mais la filière du vapotage a arraché de larges exceptions, décriées par les associations de santé publique.

Après des années de laisser-faire et plusieurs mois d’hésitation, les États-Unis ont donc choisi un compromis entre la promotion de l’e-cigarette en tant qu’alternative à la cigarette, comme au Royaume-Uni, et l’interdiction totale comme décidé par l’Inde en septembre. Pour la première fois depuis l’apparition de ces produits dans les années 2010, le régulateur américain va dicter ce qui peut se vendre ou non, avec comme objectif premier la protection de la jeunesse. Ces décisions s’ajoutent au relèvement d’ici septembre de l’âge minimum de 18 à 21 ans pour acheter ces produits, voté par le Congrès le mois dernier, comme l’alcool et les cigarettes.

À compter de début février, pour les vapoteuses du type de Juul, le leader du marché, qui utilisent des recharges, cartouches ou « pods », seuls les arômes tabac et menthol pourront être vendus. Adieu fruits, mangue ou bonbon, dont de multiples enquêtes ont montré qu’ils étaient plébiscités par les jeunes (Juul avait cessé de vendre ces arômes-là en octobre). Le menthol pourra en revanche continuer à être vendu – comme pour les cigarettes.

Tous les arômes resteront en revanche autorisés pour les vapoteuses qui utilisent des réservoirs rechargeables, qui permettent aux utilisateurs de faire leurs propres mélanges entre nicotine, cannabis et arômes. Le motif est que ce sont principalement les adultes qui les consomment, et qu’ils sont vendus dans des magasins spécialisés censés mieux contrôler l’âge de leurs clients, les « vape shops ».

« Ce sont les systèmes à cartouche et à pods qui ont créé le problème, c’est ce qui attire les enfants », a dit Alex Azar, secrétaire à la Santé, dans une conférence téléphonique. C’est ce même ministre qui avait annoncé en septembre, après une rencontre dans le Bureau ovale, que tous les arômes, y compris le menthol, seraient interdits. À l’époque, les autorités peinaient à répondre à une soudaine crise de maladies pulmonaires sévères liées au vapotage, qui a fait plus de 55 morts à ce jour. La cause a depuis été identifiée : un ingrédient ajouté pour couper les e-liquides au cannabis, l’acétate de vitamine E.

Cette crise s’était greffée à l’inquiétude générale provoquée par le succès de Juul chez les jeunes. 27,5 % des lycéens de dernière année déclaraient avoir vapoté dans les 30 derniers jours, selon l’enquête tabac-jeunes 2019, contre 11,3 % en 2016.

Victoire pour la filière

Un magasin de vente de cigarettes électroniques à Jersey City, dans le New Jersey, aux Etats-Unis, le 2 janvier 2020 © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP EDUARDO MUNOZ ALVAREZ

Un magasin de vente de cigarettes électroniques à Jersey City, dans le New Jersey, aux Etats-Unis, le 2 janvier 2020 © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP EDUARDO MUNOZ ALVAREZ

Mais l’industrie a réalisé un lobbying intense sur le président. Jeudi encore, des gens brandissaient des pancartes « Nous vapotons ! Nous votons ! » au passage de sa limousine en Floride. Huit responsables d’associations anti-tabac et de santé publique (cancer, poumons, médecins, pédiatres…), qui avaient rencontré Donald Trump en novembre, se sont dits consternés jeudi par « l’énorme faille » créée par la FDA, selon les mots de Matthew Myers, président de la Campaign for Tobacco-Free Kids. « C’est une énorme victoire pour Juul, les vape shops et le reste de l’industrie de la cigarette », a regretté Nancy Brown, présidente de l’American Heart Association. Plusieurs craignent que les jeunes ne migrent vers le menthol, ou se procurent des vapoteuses par les magasins.

Le vapotage est promu comme une méthode de « réduction des risques » par rapport au tabagisme. C’est avec cette approche que la FDA avait choisi, depuis l’ère Obama, de ne pas appliquer la règle qui impose techniquement depuis 2016 aux fabricants d’obtenir une autorisation pour vendre leurs produits de vapotage. L’agence fédérale va dorénavant appliquer l’interdiction, mais sélectivement. Les recharges aux arômes autres que tabac et menthol seront donc interdites et ne pourront revenir sur le marché qu’avec une autorisation.

Pour les autres produits, les fabricants et distributeurs, dont les « vape shops », devront demander une autorisation d’ici mai 2020, avec 12 mois de période de grâce ensuite. Tous devront justifier d’un intérêt de santé publique, et que leurs produits ne visent pas les jeunes. C’est cette autorisation que les représentants des magasins de vapotage entendent maintenant combattre. Le coût d’un tel dossier est « effarant », se plaint Gregory Conley, de l’American Vaping Association.