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Un navire de recherche éclairé, au plus profond de la nuit polaire. Crédit : Berge, J. et al., Communication Biology.

Si, durant la nuit polaire, l’œil humain perçoit difficilement le cycle jour/nuit, les organismes marins de l’Arctique, eux, s’accommodent très bien de la très faible lumière naturelle disponible. Au point d’être affectés par l’éclairage artificiel des navires, et ce, jusqu’à 200 m de profondeur.

Il est déjà établi que la lumière artificielle affecte les organismes en désorientant, par exemple, les espèces qui utilisent des repères lumineux naturels pour naviguer, comme les tortues de mer ou les oiseaux. Les écologues ont aussi démontré que la lumière artificielle attire ou repousse les poissons (selon les espèces), ou encore qu’elle affecte le mésozooplancton (de 0,2 à 2 cm) jusqu’à 100 m de profondeur. Mais les effets de l’éclairage pendant la nuit polaire n’avaient pas encore été observés par les scientifiques… 

Des chercheurs norvégiens s’y sont attelés. Pour comprendre comment les organismes marins réagissent à la lumière artificielle, l’équipe, menée par le biologiste Jorgen Berge, a utilisé la rétrodiffusion des ondes acoustiques : une technique d’imagerie qui permet de cartographier les océans à l’aide d’un sonar. Cette technique permet d’obtenir des informations sur la morphologie et la nature des fonds marins, mais aussi sur le comportement de la biocénose. Ainsi, en janvier 2018, l’équipe a étudié trois sites de l’archipel norvégien, qui variaient en termes de latitude (et donc de climat et de luminosité), de caractéristiques hydrographiques, et de composition spécifique.

Les lumières naturelles masquées par l’éclairage des navires

Jorgen Berge et ses collègues ont constaté que le macrozooplancton (de 2 à 20 cm) et les communautés de poissons pélagiques réagissent presque instantanément – dans les 5 secondes – à la lumière artificielle, jusqu’à 200 m de profondeur et 200 m de distance du navire. Le comportement de certaines espèces suit en effet un rythme circadien (alternance du jour et de la nuit) et dépend des repères photopériodiques fiables fournis par leurs milieux naturels – comme la lune ou les étoiles. L’éclairage des navires masque ces sources de lumières naturelles et impacte directement les organismes, leur répartition dans les colonnes d’eau, leur type de nage, ou encore les interactions proies-prédateurs. La nature et le degré de cette réaction varient cependant selon l’écosystème étudié.

D’après les auteurs de l’étude, ces résultats indiquent que les études effectuées à l’aide de navires éclairés dans l’obscurité de la nuit polaire – échantillonnages biologiques ou évaluations acoustiques des stocks d’espèces – sont probablement biaisées. L’éclairage artificiel représente donc un défi pour le développement durable et l’exploitation responsable des ressources marines de l’Arctique. Un objectif sans doute diffcile à relever, car la lumière artificielle, qu’elle provienne du trafic maritime, de la pêche ou des activités pétrolières et gazières, est amenée à se développer dans la région arctique.