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Antenne de téléphonie mobile utilisée pour un réseau 5G à Pékin, le 24 septembre 2020 © AFP/Archives Nicolas Asfouri

Les prochaines attributions de fréquences pour la 5G ne devraient pas se faire sans évaluation préalable de son impact sur l’environnement, recommande samedi le Haut Conseil pour le Climat, alors qu’Emmanuel Macron s’est refusé à différer le déploiement de cette technologie. « En l’absence de moratoire sur la 5 G permettant de réévaluer la décision concernant les fréquences déjà distribuées, la première application d’une telle évaluation devra être l’attribution des prochaines bandes de fréquences pour la 5G », écrit le HCC dans un rapport établi sur saisine du président du Sénat, Gérard Larcher.

La Convention citoyenne pour le climat, voulue par le président de la République, avait précisément recommandé un moratoire sur le déploiement de la 5G en l’attente d’une telle étude. Demande sèchement rejetée par Emmanuel Macron comme un « retour à la lampe à huile ».

Lors d’une rencontre avec les membres de la Convention en début de semaine, M. Macron avait maintenu son soutien à la 5 G, essentielle selon lui au développement économique du pays. Mais il avait aussi souhaité que soit « évalué le coût environnemental » du numérique globalement, pointant notamment le « renouvellement permanent des matériels (…) très polluants ».

Dans son rapport, le HCC étudie plusieurs hypothèses sur les impacts du déploiement de la 5G, tout en soulignant que ses propres travaux « ne peuvent se substituer à une évaluation complète de l’ensemble des impacts environnementaux, sanitaires, économiques, financiers et sociaux, qui aurait dû avoir lieu au préalable ».

Empreinte en hausse

Le HCC estime d’ores et déjà que « la 5 G est susceptible d’augmenter significativement » l’empreinte carbone du secteur du numérique, qui représente actuellement environ 2 % de l’empreinte totale de la France, soit à peu près autant que le secteur aérien, a relevé la climatologue Corinne Le Quéré, présidente du HCC, lors d’une conférence de presse en ligne. 

Une augmentation notamment causée par la prise en compte des émissions liées à la fabrication du matériel à l’étranger (émissions dites « importées »). Dans son évaluation haute, « l’impact carbone » de la 5G serait ainsi en 2030 pour un peu plus de la moitié lié aux terminaux–smartphones, ordinateurs –, pour un quart aux infrastructures et pour un quart à l’utilisation.

La 5G devrait également entraîner une hausse de la consommation d’électricité, qui est en France largement décarbonée en raison notamment du nucléaire.

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La cinquième génération de réseau mobile © AFP Jonathan Walter

Le HCC, organisme de conseil et d’évaluation indépendant créé par M. Macron, recommande notamment d’intégrer des engagements sur l’empreinte carbone dans les prochains appels d’offres pour les futures fréquences de 5G et d’agir sur l’offre d’équipements pour en faire baisser l’impact environnemental. 

Disproportionné

Il souhaite aussi « informer et responsabiliser » les usagers, particuliers comme entreprises. « Il y a des usages disproportionnés, comme la vidéo haute définition sur téléphone. Il faut porter la priorisation des usages dans le débat public », estime Corinne Le Quéré, pointant également certaines offres illimitées qui peuvent mener au « gaspillage ».

Enfin parmi les impacts potentiels, le HCC recommande de prêter une attention particulière aux possibles interférences de certaines bandes (non encore attribuées en France) de la 5G avec les relevés satellitaires, qui inquiètent les météorologues.

Selon une source gouvernementale, le HCC dresse un « constat partagé » sur la question des équipements, déjà mise en avant par Emmanuel Macron devant la Convention climat et qui sera notamment abordée dans une « feuille de route » gouvernementale attendue en février. En revanche, le rapport « ne prend pas en compte certains aspects positifs » attendus sur l’optimisation des transports ou de l’agriculture et anticipe un déploiement non confirmé de certaines fréquences, selon cette source.

Dans un communiqué publié samedi, la Fédération française des télécoms (FFT) réclame « la mise en place au niveau mondial d’indicateurs fiables et quantifiables pour une mesure précise des émissions » de gaz à effets de serre (GES) « directes et indirectes de l’industrie numérique ». « Une mesure qui doit aussi se faire pour quantifier les émissions de GES évitées par le numérique et que le Haut Conseil au Climat n’a pas été en mesure d’évaluer », relève-t-elle.

La présidence du Sénat, commanditaire du rapport, a de son côté estimé que les conclusions « confortent » une proposition de loi « visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique » que la Haute Assemblée doit examiner le 12 janvier.