Menacé par le changement climatique qui frappe l'Antarctique, le manchot empereur fait désormais partie des espèces « en danger », selon la nouvelle liste de référence établie par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

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Photographie diffusée par le British Antarctic Survey le 8 avril 2026, montrant des manchots empereurs en Antarctique le 13 novembre 2010 © British Antarctic Survey/AFP Peter Bucktrout

La population de l'oiseau emblématique sera divisée par deux d'ici les années 2080 en raison du réchauffement qui fait reculer la banquise, selon l'organisation, qui regroupe gouvernements, ONG et scientifiques. « C'est une espèce très associée à la banquise et à la glace de mer. Or, depuis 2016-2017, il y a une forte diminution de l'étendue de banquise autour de l'Antarctique de manière assez globale et donc sans glace de mer, elle va avoir des grosses difficultés à survivre », explique Christophe Barbraud, chercheur au CNRS.

L'animal passe du statut d'espèce « quasi menacée » à « en danger » sur la liste rouge de l'UICN, l'inventaire mondial de référence sur l’état de conservation des espèces végétales et animales. L'otarie de Kerguelen a également rejoint cette catégorie, alors qu'elle était jusqu'à présent considérée à « préoccupation mineure ».

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Deux otaries des Kerguelen sur l'île de la Possession, dans l'archipel des Crozet (Terres australes et antarctiques françaises), le 01 juillet 2007 © AFP/Archives Marcel Mochet

« Après une évaluation attentive de différentes menaces potentielles, nous avons conclu que le changement climatique d'origine humaine représente la menace la plus significative pour les manchots empereur », a expliqué Philip Trathan, membre du groupe de spécialistes qui a travaillé sur la nouvelle évaluation de l'UICN.

« Espèce sentinelle »

C'est « une espèce sentinelle qui nous parle de notre monde qui change et de la manière dont nous contrôlons les émissions de gaz à effet de serre qui conduisent au changement climatique », a-t-il ajouté.

« Des modélisations de population prenant en compte de larges fourchettes de scénarios climatiques futurs montrent que, sans réduction abrupte et drastique des émissions de gaz à effet de serre, les populations de manchots empereur vont rapidement décliner au cours de ce siècle », explique l'UICN. Ces oiseaux se nourrissent d'espèces (poissons, calamars, krill, etc.) qui dépendent de la glace et se raréfient actuellement.

La fragmentation et la disparition de la banquise menacent aussi la reproduction de ces gros manchots, popularisés par le succès du film « La Marche de l'Empereur », qui privilégient ce terrain plat et stable pour incuber les œufs en les tenant au chaud entre leurs pattes. Les poussins sont ensuite élevés jusqu'à ce qu'ils développent des plumes imperméables. Mais si la glace fond trop tôt sous leurs petites pattes, ils risquent de se noyer et de geler.

Changements rapides

« Des colonies commencent à se relocaliser » et « ne vont pas forcément se reproduire sur la glace de mer mais vont monter sur la partie du continent antarctique qui est juste derrière », observe Christophe Barbraud. « Mais les changements de glace de mer et le changement climatique sont extrêmement rapides actuellement. Et notre crainte, c'est que cette espèce n'ait pas un temps suffisamment long pour pouvoir s'adapter », souligne le chercheur. « Ce qui est assez unique, c'est la vitesse de changement », insiste-t-il.

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Un manchot empereur en Nouvelle-Zélande, à quelque 3 000 kilomètres de son habitat antarctique, au nord de Wellington, le 20 juin 2015 © Department of Conservatio /AFP/Archives Richard Gill

« Le sort de ces magnifiques oiseaux est entre nos mains », a réagi dans un communiqué Rod Downie, du Fonds mondial pour la nature (WWF). « Une action urgente est nécessaire pour limiter la hausse des températures moyennes aussi proche que possible de 1,5°C, pour protéger les eaux grouillant de vie qui entourent l'Antarctique et pour désigner le manchot empereur comme espèce spécialement protégée cette année à la réunion du Traité sur l'Antarctique », qui regroupe les pays qui s'intéressent au continent austral, a-t-il ajouté.

L'otarie de Kerguelen a pour sa part vu sa population divisée par plus de deux depuis 1999, également sous l'effet du changement climatique qui a réduit son accès à la nourriture. La hausse des températures de l'océan pousse en effet le krill (de minuscules crustacés) en profondeur à la recherche d'eaux plus froides, hors de sa portée. Cette espèce, également appelée otarie à fourrure antarctique, est aussi menacée par la prédation des orques ou des phoques-léopard.

L'éléphant de mer austral est pour sa part désormais considéré comme « vulnérable » par l'UICN, alors qu'il était jusqu'alors considéré comme objet d'une simple « préoccupation mineure ».

Cette aggravation est la conséquence du développement d'une maladie contagieuse - la grippe aviaire hautement pathogène - qui a décimé les populations.