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Photo du nouveau téléphérique de Toulouse, avec en arrière-plan la Garonne, prise le 14 mai 2022 © AFP Lionel Bonaventure

Toulouse prend de la hauteur en mettant en service samedi un téléphérique urbain, le plus long du pays, destiné à compléter, de façon décarbonée, le réseau de transports en commun de la quatrième ville de France. Après Brest et Saint-Denis, à La Réunion, Téléo est le troisième téléphérique de France. 

« À Toulouse, on a un réseau en étoile et on avait besoin d’une liaison transversale dans le sud de l’agglomération, pour aller d’une zone périphérique à une autre, sans passer par le centre », précise Nicolas Misiak, le président de Tisséo Voyageurs, la régie publique de transports en commun de l’agglomération.

Au départ de la station de métro Université-Paul-Sabatier, les cabines couleur bleu gris s’élèvent vers le CHU Rangueil, au sommet d’une colline, avant de redescendre sur l’autre versant, au-dessus de falaises et de la Garonne, en direction de l’Oncopole, un centre hospitalier et de recherche. Les cabines, spacieuses, peuvent embarquer 34 passagers, dont 20 assis, et des fauteuils roulants, jusqu’à 75 mètres au-dessus du sol. Par beau temps, on distingue au sud la chaîne des Pyrénées.

« L’université de sciences Paul-Sabatier, 20 000 étudiants, le CHU, l’Oncopole, ces trois sites doivent travailler ensemble », souligne le maire LR de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, au sujet de ce projet ayant coûté 82 millions d’euros. Il espère que Téléo, avec une capacité de 8000 passagers par jour, contribuera à réduire le trafic automobile. En attendant la troisième ligne de métro, dont le chantier a débuté en 2021.

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Un usager monte dans une cabine du nouveau téléphérique de Toulouse, le 14 mai 2022 © AFP Lionel Bonaventure

« Ce sont les mêmes cabines que celles de la station de ski de Val d’Isère, dans les Alpes », souligne Jean Souchal, le président de Poma, société spécialisée dans les infrastructures de sports d’hiver, avant de se diversifier dans les téléphériques urbains, de Rio à New York en passant par Barcelone. « On n’est pas en concurrence avec les autres modes de transport, on complète l’offre, le téléphérique va là où les autres (…) ne peuvent plus aller », souligne le chef d’entreprise.

« Les téléphériques urbains, on en parle depuis une quinzaine d’années, ça se développe, mais doucement, ils présentent des avantages dans les milieux urbains très denses, ou en cas de topographie particulière. C’est un mode de transport très sûr, non bruyant, avec des vitesses commerciales intéressantes », relève Anne de Bortoli, experte en transports de l’Ecole nationale des ponts et chaussées de Paris. Équipement 100 % électrique, « son niveau d’empreinte carbone est trois fois moins impactant que le bus et cinq fois moins que la voiture », affirme-t-elle, avant d’ajouter : « Un très bon bilan carbone, il faut absolument réduire au maximum les émissions de gaz à effet de serre en ville, et favoriser le transport en commun électrifié, c’est l’avenir ».

Avec seulement cinq pylônes sur 3 km, les ingénieurs de Poma ont tenté de minimiser l’empreinte sur l’environnement. « C’est un mode de transport avec une intégration facile dans un milieu urbain. La vie ne s’arrête pas pendant le chantier. Un chantier de tram, c’est trois ou quatre ans de galère », estime Jean Souchal. 

Désormais à la mode, des projets ont été lancés dans d’autres villes françaises comme Ajaccio, Grenoble et Créteil. « Je pense qu’il peut prendre une dimension loisir. À Medellin, à New York, on a transformé un déplacement en voyage, de façon ludique, affirme le patron de Poma.