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Image fournie le 29 mars 2022 montrant la région des volcans de glace à la surface de Pluton, avec, en bleu, comment l’activité volcanique passée a pu opérer © NASA/JOHNS HOPKINS UNIVERSITY/APPLIED PHYSICS LABORATORY/SOUTHWEST RESEARCH INSTITUTE/AFP Isaac Herera Kelsi Singer

À la surface de Pluton, d’étranges grumeaux jamais encore observés dans le système solaire indiquent que des volcans de glace ont été actifs jusqu’à un âge relativement récent de la planète naine du système solaire, selon une étude publiée mardi dans Nature Communications. L’analyse d’images prises par New Horizon, une sonde de la Nasa, suggère que la température intérieure de Pluton est restée plus élevée qu’on ne l’imaginait pendant suffisamment de temps pour permettre ce phénomène. Au lieu de projeter de la lave, les volcans de glace dégorgent « un mélange d’eau et de glace épais et humide, ou même peut-être une coulée solide comme celle des glaciers », sur Terre, a expliqué Kelsi Singer, planétologue au Southwest Research Institut dans le Colorado. On connaît l’existence de volcans de glace sur plusieurs lunes du système solaire, comme Triton. Mais ceux de Pluton « paraissent très différents de tout ce qu’on a pu voir jusqu’ici », a ajouté cette co-auteure de l’étude. On y trouve « de grandes étendues sur de très gros volcans de glace, avec une texture remarquable de relief ondulant » sur cet astre qui se trouve à la périphérie du système solaire.

Difficile de dater précisément la formation de ces volcans, « mais nous pensons qu’ils peuvent remonter à quelques centaines de millions d’années ou même moins », selon Mme Singer. Une paille dans une histoire se comptant en milliards d’années.

Conservation d’eau liquide ?  

La région où se trouvent ces formations étant dénuée de cratères d’impact, qui sont causés par des astéroïdes, les scientifiques n’excluent pas que des volcans de glace y soient encore en formation. Ces découvertes sont « très importantes », a dit Lynnae Quick, une planétologue spécialisée dans le cryovolcanisme au Goddard Space Flight Center de la Nasa. « Elles suggèrent qu’un petit corps céleste comme Pluton, qui aurait dû perdre l’essentiel de sa chaleur interne il y a longtemps, a réussi à conserver suffisamment d’énergie pour alimenter une activité géologique étendue assez tardivement dans son histoire », a-t-elle développé.

« Ces enseignements devraient nous permettre de réévaluer la possibilité d’une conservation d’eau liquide sur les petits mondes glacés se trouvant loin du soleil ». Comme sur les lunes de Jupiter, Ganymède, Europe et Callisto. Pour sa part, David Rothery, professeur de géoscience planétaire à The Open University au Royaume-Uni, a expliqué qu’on « ne sait pas ce qui a procuré la chaleur nécessaire à l’éruption de ces volcans de glace ». L’une de ces structures, le Mont Wright, avec quelque cinq kilomètres de haut et 150 km de large, a un volume similaire à l’un des plus grands volcans terrestres, le Mauna Loa à Hawaï. Et ce alors que Pluton est considérablement plus petite que la Terre. Au point que l’astre, le neuvième par sa taille dans le système solaire, a été ravalé en 2006 au rang de planète naine. La sonde New Horizon, qui a pris les images, est le premier vaisseau à avoir exploré Pluton en 2015. Ce qui fait s’émerveiller Kelsi Singer sur le fait que « nous avons encore tant de choses à apprendre sur le système solaire ».