Une équipe franco-japonaise réussit à chiffrer un message grâce à l'ADN
Publié le - par LeBlob.fr, avec l'AFP

La cryptographie par ADN, développée par une équipe franco-japonaise et testée mercredi par Emmanuel Macron à Tokyo, représente une possible alternative aux approches quantiques pour sécuriser les échanges d'informations sensibles.
Ordres militaires, missives diplomatiques, données financières... La confidentialité de ces messages numériques repose sur des clés de chiffrement.
Ces codes, une suite de 0 et de 1 qui masquent le véritable message lui aussi composé de bits, offrent un nombre de combinaisons colossal. Mais cette protection se fragilise face au développement de calculateurs surpuissants, capables de les casser.
Un protocole d'encodage, appelé chiffrement de Vernam est, lui, réputé inviolable.
Il repose sur un principe très simple: chaque bit est caché par un autre bit. Si les deux ont la même valeur (0 et 0 ou 1 et 1) c'est un 0 qui sera lu par l'ordinateur, si les deux ont une valeur différente (0 et 1 ou 1 et 0), c'est un 1 qui s'affichera. En appliquant le même masque, le message est décrypté.
Trois conditions doivent cependant être remplies: la clé de chiffrement doit être aussi longue que le message, elle doit être générée de façon totalement aléatoire et être à usage unique.
"Ça pose un problème de mise en pratique parce qu'il faut à l'avance avoir partagé ces deux grosses clés du côté de l'émetteur et du côté du récepteur" en s'assurant qu'elles ne sont pas interceptées, a expliqué le physico-chimiste Matthieu Labousse à Paris quelques jours avant la démonstration du président de la République.
Avec ses collègues du laboratoire Gulliver (CNRS/EPSCI Paris - PSL), de l'Université de Tokyo, de l'Université de Limoges et de l'IMT Atlantique, il a mis à profit les propriétés de l'ADN.
La molécule est elle-même un code composé de "lettres", les bases chimiques A, T, C et G.
"Son intérêt est qu'elle est stable et extrêmement dense. Un milligramme d'ADN, ce sont des hexa-octets d'information, c'est-à-dire des millions de disques durs", a souligné Yannick Rondelez, directeur de recherche au laboratoire Gulliver.
"On peut tout à fait envisager qu'un émetteur et un récepteur (appelés Alice et Bob en cryptographie, ndlr) partagent au départ une quantité d'ADN minime en masse mais qui permet la génération de clés pendant des dizaines, voire des centaines d'années", a-t-il détaillé.
Concrètement, Alice synthétise - ou fait synthétiser par un industriel - des chaînes d'ADN contenant une centaines de lettres, assemblées dans un ordre aléatoire. Cet ADN synthétique n'a aucune fonction biologique et ne contient aucune information génétique.
