Et si je vous dis que vous pouvez faire avancer un projet de recherche français, en donnant votre caca.
Oui, vous avez bien entendu. Chacun d'entre nous peut partager ses seules pour la science. En coulisses, on a suivi le travail sur deux études participatives pour le moins surprenantes. Pourquoi nos déjections intéressent-elles tant les chercheurs ? Et comment font-ils pour convaincre des milliers de citoyens de leur faire confiance ? On vous embarque.
Le 20ème arrondissement de Paris, un quartier devenu le terrain de recherche de scientifiques. Et le bouche-à-oreille a rapidement fonctionné.
Une expérience innovante, étonnante et participative. Si mon caca peut servir à la science, pourquoi pas, au contraire, c'est très bien.
Modifier l'alimentation des habitants en surface et en mesurer les conséquences sous leurs pieds, c’est l’idée du géologue Jérémy Jacob. Il a baptisé son étude « Egout » tout simplement.
Imaginez la quantité d'informations qui transitent dans les égouts.Tout ce qu'on excrète, tout ce qui est lessivé sur les routes, sur les trottoirs. La question qui nous importe, c'est en quoi un changement de pratique alimentaire peut changer la chimie dans les eaux usées. Pour ensuite proposer des outils de suivi de l'alimentation, de la santé, à travers ce qui transite dans les eaux usées.
En tout, les volontaires ont été mis à contribution pendant deux semaines. La première, une seule consigne pour eux, manger plus de fruits et légumes. La seconde, y ajouter des aliments particuliers, du chocolat, du soja ou encore du millet. Pendant ce temps, Jérémy était sous leurs pieds, dans les profondeurs parisiennes. Il a réalisé des prélèvements avant, pendant et après le test. Ils sont conservés ici, dans ce laboratoire.
Une fois qu'on a l'échantillon d'eau usée, la première étape, ça va être de filtrer cet échantillon, puisqu'il contient des particules. On va analyser ces particules. Et puis l'eau, une fois filtrée, on va en extraire des molécules organiques qu'on va quantifier par chromatographie en phase gazeuse ou chromatographie en phase liquide. Ce sont des appareils qui nous permettent de séparer les molécules et ensuite de les identifier et de les quantifier une par une.
Et pour sa première étude participative, Jérémy s'est appuyé sur Nada. C'est elle qui a noué un lien avec les Parisiens du 20e arrondissement. Et il a fallu convaincre.
On est allé sur les marchés pour distribuer les flyers. On est allé voir les primeurs pour qu'ils collent notre affiche. Mangez plus de fruits et légumes telle semaine, en particulier tel aliment, genre les pommes le mardi, etc.
Et ils ont même modifié le menu de cantine des 13 500 écoliers.
On a proposé, avec les citoyens, plein plein plein d'aliments. La responsable de la caisse alimentaire, elle nous a dit, au mois de novembre, on a tel produit, tel produit, tel produit. Et puis nos scientifiques, ils ont dit, nous on sait mesurer ça, on sait mesurer tel élément. En croisant les trois, on a réussi à faire un planning pour la semaine.
Mais alors quels sont les résultats ? En mairie du 20e arrondissement, c'est le grand soir. Au terme de quatre ans d'études, Jérémy Jacob va livrer au public les conclusions de son étude.
Je voudrais savoir combien on a d'habitants du 20e dans la salle. On a un peu moins d'une dizaine d'habitants.
Sur la première semaine, avec plus de fruits et légumes, on constate bien une augmentation des traceurs.
Les flux d'antérodiole sont plus élevés pendant cette semaine que pendant les deux autres semaines.
En revanche, la seconde semaine de l'étude, avec l'ajout d'autres aliments, aucun traceur n'a été détecté. De quoi étonner les habitants.
Un peu déçu de voir ces résultats, pas vraiment probants, mais en fait ce projet est passionnant.
Le plus difficile dans cette étude, ça a été de savoir ce que je devais faire. Et de ne pas être assez pris par la main. J'aurais voulu qu'on me dise clairement, aujourd'hui, tu fais tel menu.
C'est toute la limite sur cette étude participative. Malgré beaucoup de personnes sensibilisées, on ignore combien ont réellement joué le jeu et avec quelle quantité d'aliments.
Première hypothèse, c'est que les habitants n'ont pas suivi les consignes. On se doute pourquoi, ça peut être parce que les aliments ne sont pas des aliments qu'ils aiment. Ou ça peut être aussi parce que les consignes n'étaient pas suffisamment précises. On a l'exemple du millet, est-ce que c'est facile à trouver le millet ? Est-ce qu'on sait comment le consommer, comment le cuisiner ? La deuxième hypothèse, c'est que nos traceurs ne sont peut-être pas encore assez robustes pour être proposés dans le cadre d'un suivi de l'alimentation par les eaux. Et donc, ça veut dire qu'on a encore beaucoup de travail pour mieux comprendre ces traceurs dans les eaux.
Mais ces chercheurs ne sont pas les seuls à faire appel aux citoyens. D'autres s'intéressent aussi à vos sels.
Et si je vous dis, vous pouvez faire avancer un projet de recherche français en donnant votre caca / Votre caca peut permettre de trouver des solutions à des maladies comme le diabète, l'obésité...
Eux, ce sont les ambassadeurs d'un projet de recherche. Son nom, FrenchGut.
L'idée, cartographier le microbiote intestinal de 100 000 Français. Rien que ça.
100 000, c'est un chiffre énorme pour des projets scientifiques. Et en fait, le but, c'est que cette cartographie, on la mette en relation avec l'alimentation des personnes, avec leur activité physique, avec leur santé, leurs maladies, etc. Et de mieux comprendre la place du microbiote intestinal dans tout ça.
Dans cette étude, ce sont les volontaires qui prélèvent directement leurs sels à la maison. Le tout est stocké à moins 70 degrés dans cette biobanque.
Les échantillons comme ce petit tube, il y en a au moins 40 000 parce que tous les échantillons FrenchGut sont dans la biobanque qui est derrière, avec une capacité maximum de 600 000 échantillons, donc un énorme volume. Et chaque échantillon, on peut les garder pendant 20 ans, la durée de l'étude. Ce qui nous permet de les analyser pendant toute cette durée.
La suite, c'est ici que ça se passe avec ces séquenceurs. Grâce à l'ADN, on obtient la carte d'identité génétique de chaque prélèvement.
Avec 5 000 échantillons analysés pour l'instant, l'équipe a pu publier des premiers résultats.
On peut voir par exemple ici que les personnes qui ont un niveau de stress élevé ont une diversité significativement plus basse que les personnes qui ont un niveau de stress moyen plus bas. Donc le lien entre le microbiote intestinal et les niveaux de stress, cet axe intestin-cerveau dont on parle beaucoup.
Mais pour des résultats plus précis, les chercheurs ont besoin de profils plus divers. Les jeunes, les hommes et les personnes en moins bonne santé sont sous-représentés. L'étude va se poursuivre encore des années pour convaincre encore 60 000 volontaires.