Fukushima, des particules et des hommes Diffusé le

La contamination à l'iode

Au centre de mesure de Koriyama, à 50 kilomètres de la centrale de Fukushima, le médecin radiologue Masamichi Nishio, de l'Hokkaido Cancer Center, ausculte des enfants. Par échographie, il détecte d'éventuels nodules sur leur thyroïde qui seraient dus à la contamination nucléaire. Cette glande se nourrit naturellement d'iode. Des comprimés d'iode permettent de la saturer et de l'empêcher de fixer l'iode radioactif, comme l'explique le radiologiste Nicolas Foray (Inserm).

Quatrième volet de la série "Fukushima, des particules et des hommes".

Réalisation : Gil Rabier , Claude-Julie Parisot

Production : Universcience, Kami productions, Inserm

Année de production : 2015

Durée : 6min25

Accessibilité : sous-titres français

La contamination à l'iode

Fukushima, des particules et des hommes
Module 4
La contamination à l’iode
Professeur Nishio
04:00:37:00
De nouveau, voilà les vaisseaux sanguins. Donc, pas de problème.
Attendez, je vais quand même regarder… Pour le côté gauche, ça me semble aller.
Ah, attention, il y a un petit nodule ici. Oui, ici.
Pour la taille… De là à là : 2,4 millimètres.
Il est normal d’avoir de petits nodules dans la thyroïde. Les 2/3 des personnes en ont…
Cela ne veut absolument pas dire que ça va évoluer vers un cancer.
Nicolas Foray
04:01:12:09
Quand le nuage radioactif est chargé d’iode, d’iode 131 notamment, c’est la thyroïde qui
va être l’organe cible : la thyroïde se nourrit d’iode. Comme elle se nourrit d’iode
naturellement, elle va se nourrir naturellement d’iode radioactif.
Il va y avoir compétition entre l’iode naturel et l’iode radioactif. Et là, on a un risque de
cancer radio‐induit spécifique dû à des accidents nucléaires.
Donc, le risque principal de cette période iode, qui va s’étaler du premier jour de
l’accident jusqu’à, à peu près, 80 jours, ce sera le cancer radio‐induit de la thyroïde.
Commentaire
04:01:55:02
Pour diminuer ce risque, en cas d’accident nucléaire, on distribue des comprimés d’iode
à la population exposée. Ces comprimés vont saturer la thyroïde avec de l’iode naturel
l’empêcher de fixer l’iode radioactif.
Nicolas Foray
04:02:11:24
Il y a une grande différence entre le métabolisme d’une thyroïde d’adulte et d’une
thyroïde d’enfant.
Tout d’abord, une thyroïde d’adulte est mature, elle est formée. On peut dire qu’il y a, à
peu près, une cellule de thyroïde qui se divise par an. C’est‐à‐dire que la thyroïde d’un
adulte est très stable. A l’inverse, la thyroïde d’un enfant est un organe en formation.On
imagine donc bien que cette prolifération naturelle de cellules va favoriser l’apparition
de cancer.
Donc, en plus du fait que l’organe cible de l’iode radioactif, c’est la thyroïde c’est surtout
sur la thyroïde des enfants qu’on va trouver les cancers radio‐induits.
Prof Nishio
04:03:02:00
Après l’accident de Tchernobyl, les cancers de la thyroïde liés à l’iode radioactif sont
devenus plus nombreux. Au Japon aussi, ce risque existe, et les mères sont très inquiètes.
Alors, on a organisé des contrôles de la thyroïde.
Lorsque ces examens sont pratiqués par le gouvernement il y a beaucoup de problèmes.
Par exemple, ils ne donnent pas les images de l’échographie. De même, ils n’expliquent
presque pas ce qu’ils font et ce qu’ils voient. Ce qui provoque une forte défiance chez les
patients.
Marie Augendre
04:03:40:06
On est un peu dans une situation paradoxale. Ces problèmes de santé sont pris en charge
officiellement par les instances publiques. Mais, en réalité, les populations sont un peu
abandonnées vis‐à‐vis de leur santé.
C’est aussi pour cela que la mesure citoyenne s’est développée, et que les initiatives
civiles ont émergé.
Nicolas Foray
04:04:00:13
A Tchernobyl, on a compté environ 6 000 cas de cancers radio‐induits de la thyroïde
chez les enfants, 15 sont décédés. Alors, ce qui est un peu surprenant, c’est le mode de
contamination.
Pourquoi ces cancers radio‐induits ? Avec l’iode radioactif, on a tendance à dire que
c’est l’inhalation, l’iode est inhalé. Mais finalement, non. On s’est aperçu que l’iode
radioactif, qui se dépose partout, va également rentrer dans le lait. Et c’est par ingestion
de lait radioactif que les cas de la thyroïde peuvent être expliqués.
A l’inverse de Tchernobyl, à Fukushima, l’enjeu c’était justement de limiter la
consommation de lait qui pouvait être radioactif c’est‐à‐dire du lait produit localement.
Prof Nishio
04:04:50:09
A l’évidence, il faut du temps au cancer pour se manifester. Ce n’est pas immédiat.
L’importance de ces examens pratiqués à un ou deux ans de l’accident c’est d’avoir des
échographies utilisables dans des comparaisons à long terme, au bout d’une dizaine
d’années.
C’est dans cette optique que je donne aux patients les résultats de nos analyses. Nous ne
savons pas quand un éventuel cancer pourrait se développer.
Prof Nishio
04:05:19:05
Juste l’aîné. Il faudra revenir dans deux ans, à peu près, pour voir si tout est en ordre.
Mme Ouchi
04:05:26:20
La radioactivité et ses effets sur la santé, c’est ce qui me tracasse le plus. Je ne peux pas
oublier les risques que cela représente. Mon fils, tout à l’heure, présentait quelques
petits nodules alors je me demande si c’est à cause de la radioactivité. Dès qu’un des
enfants est enrhumé, je me demande si c’est à cause de l’irradiation.
Jusqu’à ma mort j’y penserai, à la radioactivité.

Réalisation : Gil Rabier , Claude-Julie Parisot

Production : Universcience, Kami productions, Inserm

Année de production : 2015

Durée : 6min25

Accessibilité : sous-titres français