Grandes tueuses Diffusé le

Chagas

Entre 7 et 8 millions de personnes dans le monde sont infectées par le parasite de Chagas qui tue plus de 12 000 personnes par an. La grande majorité des malades sont latino-américains.

A l’heure actuelle, pour soigner, les médecins utilisent le plus souvent le benznidazole. Si le benznidazole ne fonctionne pas on utilise un autre traitement, le nifurtimox. Mais ces deux molécules provoquent très souvent de nombreux effets indésirables.

Un épisode de la série "Grandes tueuses"

Réalisation : Gérard Lafont

Production : Etat d'Urgence Production, MSF, Inserm, DNDi, Institut Pasteur, Fondation Mérieux, CANOPE, Universcience

Année de production : 2015

Durée : 13min57

Accessibilité : sous-titres français

Chagas

LA MALADIE DE CHAGAS

1. L’histoire

En 1835, le naturaliste anglais Charles Darwin décrit l’attaque de l’homme par une sorte de punaise sud-américaine, la vinchuca. De retour au Royaume-Uni un an plus tard, Darwin tombe malade. Les médecins ne diagnostiqueront jamais la cause du mal qui le fera souffrir jusqu’à la fin de sa vie mais on soupçonne fortement la maladie de Chagas.

Cette maladie tropicale existerait depuis la nuit des temps dans le Nouveau Monde. Des momies précolombiennes de 9000 ans portent les marques de l’infection.

En 1909, un médecin brésilien, Carlos Chagas, découvre ce mal et donne son nom à la maladie.

Quelques années plus tôt, on avait découvert la cause et le vecteur de sa maladie-cousine, la trypanosomiase africaine plus connue sous le nom de maladie du sommeil.

Carlos Chagas, lui, fait sa découverte presque par hasard. Alors qu’il est envoyé dans une région décimée par le paludisme, il remarque qu’une de ses patientes présente un œdème étrange. Dans son sang, il découvre un parasite, qu’il appelle le tripanosoma cruzi, un trypanosome différent de ceux que l’on connaissait alors.

Chagas réussit le tour de force de décrire la maladie de  A à Z : non seulement le parasite, mais aussi son vecteur, une punaise, la vinchuca, et les signes cliniques de la maladie. Mais de nombreux pays, qui refusent d’investir dans l’étude d’une nouvelle pathologie, tentent de faire croire à une fraude. L’existence de la maladie ne sera reconnue et acceptée que dans les années 30.

Et il faudra attendre les années 50 pour qu’elle soit enfin considérée comme un problème de santé publique. A cette époque, sur les 18 millions de personnes malades, 250 000 en meurent chaque année essentiellement en Amérique latine.

Depuis la découverte de la maladie de Chagas, la recherche d’une thérapie est une gageure. Le médicament principal, le benznidazole date de 1969. Malgré ses nombreux effets secondaires, le benznidazole et une autre molécule toute aussi toxique (le nifurtimox), sont restés les seuls recours thérapeutiques.

2- La géographie

Entre 7 et 8 millions de personnes dans le monde sont infectées par le parasite de Chagas qui tue plus de 12 000 personnes par an.

La  grande majorité des malades sont latino-américains. La maladie de Chagas est installé durablement dans 21 pays d’Amérique latine et centrale.

Comme 60 % des malades ne présentent pas de symptômes pendant plusieurs années, les statistiques dont on dispose sont encore loin de la réalité.

La maladie de Chagas fait partie des maladies tropicales négligées qui frappent presque toujours les populations pauvres de la planète. La Bolivie, terre d’origine de la « vinchuca » la punaise qui transmet le parasite à l’homme, est un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud. Avec 15% de sa population infectée en 2010, et malgré un programme de lutte lancé en 2003, elle reste le pays le plus touché.

Les initiatives régionales, la désinsectisation surtout, ont permis de faire chuter le nombre de malades par deux au cours des vingt dernières années et de diviser par 10 le risque de contracter la maladie. La transmission du parasite par la vinchuca a été interrompue au Brésil, au Chili, dans le centre et l’ouest de la Bolivie, au Guatemala, au Honduras, au Nicaragua, au Salvador et au Belize.

La maladie de Chagas continue de conquérir de nouveaux territoires. Profitant de la déforestation, elle est apparue sur un terrain longtemps épargné : l’Amazonie. Dans la forêt amazonienne, la vinchuca est à l’abri des campagnes de désinsectisation.

La maladie a aussi profité des migrations de populations latino-américaines pour s’exporter.  En 2010, on dénombre plus de 500 000 malades aux États-Unis, et presque 100 000 en Europe, dont près de la moitié en Espagne.

En Amérique latine, le coût du traitement reste l’obstacle principal à la lutte contre la maladie. Rien qu'en Colombie, en 2008, on estime à plus de 230 millions d’euros par an le coût du traitement et à 4,5 millions d’euros l'épandage d'insecticide pour lutter contre la punaise.

3. Le corps

La maladie de Chagas est causée par un parasite, un organisme microscopique très mobile dénommé le Trypanosoma cruzi ou trypanosome.

La transmission du parasite se fait par un vecteur, une punaise appelée triatome, surnommée vinchuca en Amérique latine.

Cette punaise se cache dans les murs des maisons, entre les pierres ou sous les toits de paille. La nuit, la vinchuca sort de sa cachette pour se nourrir de sang humain. Après son repas, elle défèque à côté de la piqûre … Plus tard, lorsque sa victime gratte ses démangeaisons, elle introduit sans le savoir les parasites dans son organisme.

Le parasite de la maladie de Chagas se transforme tout au long de son cycle de vie. Les parasites pénètrent dans les cellules des tissus et se multiplient avant de passer dans le sang. Une fois dans le sang, les parasites vont à nouveau infecter d’autres cellules.

C’est la première phase dite aiguë qui dure environ deux mois. Ce n’est que lors de cette phase caractérisée par une grande quantité de parasites dans le sang que l’on peut diagnostiquer la maladie.

La personne infectée ne se rend généralement pas compte qu’elle est malade car les symptômes sont faibles : faible fièvre, légers maux de tête, pâleur, petites douleurs musculaires. Il existe bien des symptômes très caractéristiques, mais plutôt rares : une lésion cutanée au niveau de la piqûre ou bien un gonflement de la paupière de l’œil, appelé « signe de Romaña».

Ensuite… rien. C’est la phase chronique asymptomatique. Pendant des années, parfois même des dizaines années après l’infection, il n’y a plus aucun symptôme apparent. La maladie mérite bien son surnom de « tueur silencieux ».

10 à 30 ans plus tard, un tiers des malades développent la phase chronique. Elle est parfois rapide, et peut entraîner la mort  sans que la personne infectée ait eu le temps de connaitre son mal. Car pendant tout ce temps, les parasites se sont logés dans plusieurs organes. Dans le système digestif, ils provoquent la dilatation du colon et de l’œsophage. Dans le système nerveux, ils peuvent entrainer la démence. Dans le cœur, ils provoquent des troubles cardiaques pouvant aller jusqu’à la mort.

4. Les soins

Les armes contre la maladie de Chagas sont au nombre de trois : le combat contre la punaise, le dépistage et le traitement de la maladie.

Comme il n’existe pas de vaccin contre la maladie de Chagas, éliminer par pulvérisation d’insecticides la vinchuca, la punaise porteuse du parasite, est la méthode la plus efficace pour prévenir la maladie.

A cela s’ajoutent des mesures de prévention telles que les moustiquaires. La vinchuca pouvant souiller la nourriture, une bonne pratique d’hygiène pour la conservation et la consommation des aliments est nécessaire. Malgré des succès indiscutables après plusieurs décennies de lutte insecticide, la maladie est toujours là et continue de se propager.

Une analyse de sang permet de dire si en réaction à la présence du parasite des anticorps se sont développés. Pour ce test, il faut laboratoire et personnel qualifiés. Ce qui fait largement défaut dans les régions rurales où sévit généralement la maladie.

Les médecins peuvent aussi utiliser des tests de diagnostiques rapides qui permettent de dire en quelques minutes si la personne est infectée ou pas. Mais dans tous les cas, il faudra confirmer le résultat par une analyse de sang.

Une fois le diagnostic établi, le patient reçoit un traitement antiparasitaire. S'il souffre de troubles cardiaques, le malade peut avoir besoin d’un stimulateur cardiaque voire d’une transplantation.

UNE AFFAIRE DE CŒUR (Synthé)

Vous savez que vous avez le parasite de Chagas. Ce qui nous intéresse maintenant c’est comment va votre cœur. Est ce qu’il a été infecté par le parasite ?

Bon vous avez le parasite mais il n’a pas encore causé de dégâts. C’est ce qui compte.

-C’est plutôt une bonne nouvelle.

_Vous êtes rassuré ?

-Oui

DES Médicaments Dépassés (Synthé)

A l’heure actuelle, pour soigner, les médecins utilisent le plus souvent le benznidazole ou le nifurtimox.  Mais ces deux molécules déjà anciennes provoquent très souvent de nombreux effets indésirables.

Les deux médicaments ne sont pleinement efficaces que si le malade est prise en charge durant la première phase de la maladie, la phase aigüe, quand les patients ne présentent encore aucun symptôme. D’où l’extrême importance d’un dépistage rapide.

De nouveaux traitements plus efficaces, plus pratiques, et plus courts, sont espérés pour les années à venir.

5. Le futur

Dr Isabela Ribeiro, DNDi

La maladie de Chagas fait partie des maladies négligées.

Elle touche près de 8 millions de personnes dans le monde.

A peine 15% des malades sont diagnostiqués et soignés mais en réalité nous pensons que ce nombre est nettement sous estimé.

Si le nombre de personnes sous traitement est si faible, c’est parce que, à notre avis, il n’existe que 2 médicaments pour cette maladie : le nifurtimox et le benznidazole.

Le traitement actuel est très long, trop long. Les patients perdent souvent espoir et l’abandonnent.

Différentes organisations, dont le DNDi, ont identifié pour lutter  contre la maladie de Chagas, de nouveaux médicaments autres que ces nifurtimox et benznidazole ; des médicaments avec un dosage plus faible et une durée de traitement bien plus courte.

Ces nouveaux médicaments, quand ils seront disponibles, pourront être administrés plus facilement à un plus grand nombre de personnes.

Aujourd’hui, nous avons terminé des études sur de possibles nouvelles molécules.

Les essais cliniques ont donné des résultats très encourageants qui ouvrent la voie sur des recherches de nouveaux protocoles de traitement.

Une molécule que nous avons testée auparavant, le E1224, n’a pas donné les résultats escomptés. Son efficacité s’est révélée plus faible que ce que nous espérions. Nous avons alors décidé de réorienter nos recherches scientifiques : cette molécule, le E1224, nous allons la combiner avec le benznidazole. Nous pensons qu’ainsi, nous pourrons améliorer l’efficacité du traitement et aussi, réduire les effets secondaires toxiques pour qu’ils soient mieux tolérés par les malades.

Nous espérons mettre à la disposition des malades d’autres nouveaux médicaments d’ici 2018.

Réalisation : Gérard Lafont

Production : Etat d'Urgence Production, MSF, Inserm, DNDi, Institut Pasteur, Fondation Mérieux, CANOPE, Universcience

Année de production : 2015

Durée : 13min57

Accessibilité : sous-titres français