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Comprendre la "hiérarchie sexuelle" / Corinne Fortier

La domination très ancienne, et très répandue à la surface de la Terre, des hommes sur les femmes pourrait laisser penser qu’il existe une hiérarchie naturelle entre les sexes. Le sexe masculin serait-il naturellement supérieur au sexe féminin ? Il n’en est rien ! Les deux sexes sont biologiquement différents, mais complémentaires, et la supériorité de l’un sur l’autre relève d’une construction culturelle, nous rappelle l’anthropologue Corinne Fortier.

Un épisode de la série « Corpus ».

Pour en savoir plus sur le corps humain : le site Corpus.

corpus

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience, Canopé-CNDP, MGEN, Inserm, Educagri

Année de production : 2014

Durée : 2min56

Accessibilité : sous-titres français

Comprendre la "hiérarchie sexuelle" / Corinne Fortier

Corinne Fortier
Anthropologue

-Il n'y a pas de hiérarchie naturelle entre les sexes.

Il y a une hiérarchie culturelle entre les sexes.

Il y a une différence des sexes : les hommes et les femmes sont différents anatomiquement, physiologiquement, sexuellement.

Donc il y a une différence, mais elle n'est pas hiérarchique.

Avoir un pénis n'est pas supérieur au fait d'avoir un vagin.

Ce n'est pas inscrit dans la nature.

Il est inscrit dans la nature que, pour se reproduire, on a besoin des deux sexes de manière égalitaire.

On a besoin du sperme de l'homme et des ovocytes d'une femme.

On a besoin aussi de son ventre, son utérus pour enfanter et accoucher.

Les deux sont complémentaires de manière égale pour se reproduire et pour reproduire la société.

Donc, on pourrait dire qu'il y a une égalité dans la différence.

Tout le problème des sociétés, c'est comment cette différence a été construite culturellement de manière hiérarchique.

Comme si on avait des difficultés à penser la différence de manière égalitaire et on la pensait toujours en termes hiérarchiques, avec un pôle supérieur, en l'occurrence le masculin, le fait d'avoir un pénis, et un pôle qui serait inférieur, le féminin, qui serait défini par référence au masculin comme n'ayant pas de pénis.

En plus, avec une référence qui est androcentrée, une référence masculine.

Tout ça est une construction culturelle, que l'on retrouve dans de nombreuses sociétés, qui est quasiment universelle, et qui est remise en cause très récemment, dans les sociétés occidentales.

Donc il n'y a pas de hiérarchie naturelle.

Il y a ce que Françoise Héritier, qui est anthropologue, appelle "la valence différentielle des sexes".

C'est-à-dire qu'on a une différence des sexes, mais on ajoute une valeur différentielle en termes de hiérarchie qui ne devrait pas être assignée à cette différence, qui est purement anatomique.

Donc c'est quelque chose de construit, qui vise à perpétuer la domination masculine et le patriarcat qui est un fait universel dans toutes les sociétés, récemment remis en cause par des sociétés occidentales, dont la nôtre.

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience, Canopé-CNDP, MGEN, Inserm, Educagri

Année de production : 2014

Durée : 2min56

Accessibilité : sous-titres français