Au tableau Joël de Rosnay ! Publié le

La peau

Comment une plaie cicatrise-t-elle ? En cinq étapes et trois crayons feutres en main, Joël de Rosnay nous révèle, devant son tableau blanc, les mystères de ce phénomène aussi banal que vital.
Un épisode de la série "Au tableau Joël de Rosnay : drôles de questions de science".

Réalisation : Roland Cros

Production : Cité des sciences et de l'industrie

Année de production : 2009

Durée : 5min33

Accessibilité : sous-titres français

La peau

AU TABLEAU !

Joël de Rosnay

Comment se fait-il que quand on se coupe, les deux morceaux de la coupure se rapprochent, et quand ils se touchent, ça s'arrête ?

La plaie cicatrise. C'est un phénomène complexe mais qu'on peut expliquer finalement de manière assez simple. La peau, il y a deux couches qu'on connaît assez bien, qui s'appellent le derme et l'épiderme qui est en dessous. C'est fait de cellules (des fibroblastes, des kératinocytes, on va voir quelle est l'importance des uns et des autres). Imaginons maintenant qu'on se coupe. On va créer une sorte de vallée, de fossé à l'intérieur du derme. Paf ! Voilà, une coupure, comme ça. Et les morceaux, les bords vont se rapprocher mais comment ? Comment vont-ils faire pour se rapprocher ? Eh bien, pour simplifier, on va dire qu'il y a cinq étapes.

La première étape, ça s'appelle la vasoconstriction. Ça veut dire qu'à cette étape-là, les petits vaisseaux qui sont autour vont se resserrer pour limiter l'arrivée de sang, réduire le saignement. Et en même temps, il y a des petits éléments du sang qu'on appelle des plaquettes (je le mets en rouge), des plaquettes qui vont venir, en quelque sorte, créer un réseau dans la blessure, se donner la main et attirer de la, de la fibrine qui va jouer un rôle de colle, de bouchon, et qui va boucher, en quelque sorte, l'hémorragie qui commence. Donc à ce moment-là, tout est mis en œuvre pour réduire l'arrivée de sang et boucher, commencer à boucher l'arrivée de, de sang, par la constriction des capillaires sanguins.

La deuxième étape, elle est très importante, celle-là, ça s'appelle l'inflammation. Inflammation ça veut dire que, à ce moment-là, du sang va quand même arriver avec des globules blancs, ces globules blancs vont tuer les bactéries qu'il y a autour, et cette inflammation conduit à une rougeur autour de la blessure. Ça enfle un peu et ça devient plus rouge. Ça c'est la phase très importante.

Et puis ensuite, après cette phase-là, on a une troisième étape. Cette troisième étape ça va être la multiplication cellulaire. On va l'appeler la phase de division. Des cellules du derme et de l'épiderme, des cellules qu'on appelle des fibroblastes, (ce sont les cellules typiques de la peau), ces fibroblastes vont se diviser très, très rapidement, migrer à l'intérieur du trou, de la vallée et apporter du collagène qui joue le rôle de ciment, et de la fibronectine qui est une protéine qui va jouer le rôle  aussi de colle. Donc déjà une partie du bouchon est en place pour empêcher le saignement, une partie va conduire l'armée de globules blancs et d'anticorps à traiter les antigènes des bactéries et à essayer de réduire l'infection. Et puis ces cellules se divisent, se divisent, se divisent et commencent à boucher, petit à petit la vallée.

Mais c'est pas fini, il y a encore une quatrième étape. Cette quatrième étape on va l'appeler disons, une étape de contraction. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que de chaque côté de la plaie, il y a des myofibrilles. Alors myofibrilles ça veut dire des micro-muscles en quelque sorte, cellulaires, des micro-muscles cellulaires qui vont contracter un peu la plaie. La plaie est comme ça et se contracte de plus en plus. Les bords se rapprochent. Mais comme les cellules continuent à se diviser, petit à petit elles vont rentrer en contact les uns avec les autres. Et là c'est le côté, entre guillemets, « magique » de la cicatrisation. C'est ce qu'on appelle (retenez bien ce terme parce qu'il est extrêmement important, vous allez voir pourquoi) l'inhibition de contact.

Imaginez une foule qui est séparée par une route, et puis tout le monde se rapproche, c'est la foule des cellules, se rapproche et dès qu'ils sont en contact, ils disent, stop on s'arrête. C'est exactement ce qu'il se passe avec l'inhibition de contact. Les cellules se divisent, et quand elles se touchent, elles émettent un signal chimique, et ce signal chimique arrête la division cellulaire. Là, ainsi ça peut cicatriser, et la plaie cicatrise normalement.

C'est très intéressant et les biologistes sont passionnés par ce phénomène d'inhibition de contact parce que le cancer, ben, il s'arrête pas. Les cellules cancéreuses ne répondent pas aux signaux envoyés par leurs voisins. Elles deviennent sourdes, aveugles, asociales, et elles continuent à se développer, comme une plaie qui ne cicatriserait jamais. Et c'est ça qui intéresse les biologistes. C'est comment faire pour mettre en place ces principes d'inhibition de contact, faire en sorte que ce qu'on appelle l’angiogenèse, c'est-à-dire la création de capillaires à ces deux divis... – à ces deux étapes, deux et trois, qui permet l'irrigation, pour la cellule cancéreuse cette angiogenèse s'arrête et empêche d'alimenter la cellule cancéreuse en aliment et en oxygène dont elle a besoin. Donc vous voyez que ce petit phénomène très simple qui est comment une coupure cicatrise peut avoir des répercussions extrêmement importantes sur les processus de cancérisation et leur compréhension pour y remédier.

Réalisation : Roland Cros

Production : Cité des sciences et de l'industrie

Année de production : 2009

Durée : 5min33

Accessibilité : sous-titres français