Grandes tueuses Publié le

Le sida de A à Z

En 1959, le premier cas humain est recensé à Kinshasa au Congo belge. De 1980 à nos jours, 25 millions de personnes sont mortes du sida sur la planète. Et plus de 35 millions de personnes vivent avec le VIH dont 25 millions en Afrique. En dix ans dans le monde, on compte 30% de décès en moins grâce à la trithérapie développée depuis les années 1990. Aujourd'hui, le sida est devenu une maladie chronique qu'on accompagne avec un arsenal d'antirétroviraux. Mais toujours pas de vaccin...

 Un épisode de la série "Grandes tueuses"

Réalisation : Gérard Lafont

Production : Etat d'Urgence Production, MSF, Inserm, DNDi, Institut Pasteur, Fondation Mérieux, CANOPE, Universcience

Année de production : 2015

Durée : 15min34

Accessibilité : sous-titres français

Le sida de A à Z

SIDA

1. L'histoire

Il existe plusieurs théories sur l’origine du SIDA. Selon la plus commune, le VIH, le virus d'immunodéficience humaine, serait une mutation du VIS, un virus présent chez certains singes d'Afrique. La contamination s’expliquerait par des accidents de chasse ou la consommation de viande de singe, survenus probablement dans les années 40. Les bouleversements liés aux migrations, à l’urbanisation massive, à l’usage médical de seringues non stériles, auraient ensuite favorisé la propagation du virus.

Le premier signe d'infection de l'homme par le VIH est signalé en 1959 à Kinshasa, au Congo belge.

Le Sida entre en scène avec fracas à la fin des années 70, aux Etats-Unis. Les premières victimes, des homosexuels, décèdent d’un mal mystérieux que l’on ne parvient ni à identifier, encore moins à soigner.

En 1981, le Center for Disease Control and Prevention d'Atlanta, le célèbre  CDC, relève une augmentation du nombre de sarcomes de Kaposi, une forme rare de cancer. Parce qu'il touche un grand nombre d'homosexuels, on le baptise d’abord « le cancer gay ». Mais on va très vite s'apercevoir que la maladie ne fait pas de discrimination dans le choix de ses victimes: hommes, femmes, enfants...

En 1982, on lui donne un nom : SIDA, pour syndrome d'immunodéficience acquise.

En 1983, l'équipe de l'Institut Pasteur de Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi, futurs lauréat du prix Nobel, découvre le virus VIH responsable du Sida.

Entre le début des années 80 et aujourd'hui, nous sommes passés de quelques cas suspects à une véritable épidémie qui touche les cinq continents. Entre 1981 et 2006, 25 millions de personnes sont mortes.

La recherche progresse rapidement, mais pas aussi vite que le nombre de malades.

A partir de 1987, un anticancéreux, l’AZT, est le premier médicament à retarder l'échéance fatale. Au milieu des années 90, une petite révolution a lieu : les premières trithérapies, combinaisons de trois traitements antirétroviraux, s'attaquent cette fois efficacement au virus.

8 malades sur 10 survivent.

Le SIDA est aujourd'hui devenu une maladie chronique que l'on soigne avec un arsenal d'antirétroviraux. Pour ce qui est du vaccin, la solution tant espérée, la recherche médicale n'a toujours rien à offrir.

2. La géographie

En 2013, plus de 35 millions de personnes vivent avec le VIH.

Le contrôle de l'épidémie dépend des efforts de prévention et surtout de l'accès au traitement. Le nombre de décès dus au Sida dans le monde a chuté de plus de 30% en 10 ans.

En 2012, dans les pays à faibles revenus, 9,7 millions de personnes bénéficiaient d’un traitement antirétroviral contre seulement 300 000 en 2002.

Avec 25 millions de personnes séropositives, l'Afrique est de loin le continent le plus touché. Mais en 10 ans... le nombre de malades soignés a augmenté de 30 %.

5 pays se distinguent: le Botswana, la Namibie, le Rwanda, le Swaziland et la Zambie. Pays ayant mis sous traitement 80% de leurs malades.

D'autres pays émergents comme le Brésil, le Cambodge, Cuba, la République dominicaine, les îles Fiji ou le Mexique ont eux aussi atteint cette couverture dite « universelle ».

Par contre, en Europe de l’Est en en Asie centrale, le nombre de personnes vivant avec le VIH a augmenté de 250% entre 2001 et 2010.

En Russie, le nombre de séropositifs a presque doublé entre 2006 et 2012.

Le Proche et Moyen-Orient, où les populations à risque sont fortement stigmatisées, le taux d’accès au traitement est le plus bas au monde: 18%.

Les femmes, moins ciblées que les hommes lors des campagnes de prévention, sont plus vulnérables. Elles représentent 64% des malades entre 15 et 24 ans dans le monde et 71% en Afrique subsaharienne.

Les enfants séropositifs sont également défavorisés. En 2012, ils ont été deux fois moins nombreux que les adultes à recevoir un traitement. Et sans soins, un enfant sur deux meurt avant ses deux ans.

Toutefois, l’élimination de la transmission mère-enfant a progressé. Dépistées et traitées correctement, le risque pour les femmes de transmettre le VIH à leur enfant tombe à 2%. Depuis 1995, 350 000 enfants ont ainsi été épargnés par l'infection. En 2015, en France, environ 150,000 personne vivent avec le VIH.

3. Le corps

Avant de tomber malade du Sida, l'homme est contaminé par le VIH : le virus de l’immunodéficience humaine.

Le VIH se transmet lors de rapports sexuels non protégés ou par le sang lors de transfusion ou d’échanges de seringues contaminées. Le VIH peut se transmettre aussi de la mère à l’enfant, pendant la grossesse, l’accouchement, ou l’allaitement maternel.

Le virus attaque certaines cellules du système immunitaire, les cellules à récepteur CD4, dont le rôle est d'organiser la contre-attaque quand un corps étranger nous agresse.

Le virus du Sida, comme tous les virus, doit obligatoirement intégrer une cellule pour se répliquer. Les capteurs dont il dispose à sa surface lui permettent de fusionner avec les CD4 des cellules immunitaires.

Une fois à l’intérieur de la cellule, le virus transforme son matériel génétique. Concrètement, le VIH modifie notre patrimoine génétique pour que nos cellules fabriquent des morceaux de virus. En une journée, nos cellules fabriquent des milliards de copies du virus.

Durant cette première phase, les symptômes comme la fièvre et la  fatigue sont souvent confondus avec ceux d’une grippe. Notre corps n’a pas encore eu le temps de repérer l’invasion. Certains tests de dépistage sont alors incapables de révéler l’infection.

Deuxième étape : l’armée de globules blancs menée par les CD4 attaque les virus. Le VIH, agressé, se réplique plus lentement. C’est la phase latente de l’infection qui dure en moyenne de 7 à 8 ans. Pas ou peu de symptômes. Nos défenses immunitaires restent fonctionnelles.

Troisième étape: notre système immunitaire s’est épuisé dans la bataille, le virus prend le dessus, le nombre de CD4 s’effondre. La personne séropositive tombe malade du SIDA et devient la proie facile de maladies opportunistes, comme la tuberculose par exemple.

La situation des jeunes enfants est différente. Leur système immunitaire en construction est impuissant face au virus, ils tombent malades très rapidement. Sans traitement, un enfant sur deux n'atteint pas l'âge de deux ans.

4. Les soins

Le virus HIV se transmet par le sang et les relations sexuelles.

Pour empêcher la transmission sexuelle, il existe un bouclier séculaire: le préservatif.

Dans le cas de la transmission par le sang, la distribution de matériel stérile non réutilisable aux toxicomanes est essentielle. Lors de transfusion de sang, le dépistage systématique permet d’écarter les donneurs séropositifs.

L'outil diagnostique le plus répandu est un test rapide basé sur la détection des anticorps, preuve que l'organisme se défend contre le virus.

Depuis les années 90, les antirétroviraux permettent de vivre avec le virus. Les ARV sont dirigés non pas contre le virus lui-même mais contre ses enzymes ou ses molécules qui lui permettent de se multiplier. Les ARV bloquent la multiplication du virus sans le détruire.

BYSON (Synthé)

Quand j’ai commencé à prendre le traitement, j’ai eu des problèmes parce qu’il y avait trop de pilules. Je devais prendre deux grosses pilules et elles étaient très difficiles à avaler. Petit à petit, je me suis habitué à ces médicaments, et je n’ai pas eu d’effets secondaires. Maintenant, toutes les pilules sont rassemblées en une seule. Le médicament est facile à prendre et ma vie s’améliore.

Le virus ne s'avoue pas vaincu pour autant. En se répliquant, il peut muter, résistant ainsi au traitement antirétroviral.

On a recourt alors à la multithérapie qui combine plusieurs antirétroviraux.

Pour savoir si le virus a muté, le médecin contrôle régulièrement la quantité de virus dans le sang. Si elle augmente, il faut modifier la combinaison d'ARV. Cette mesure de charge virale est un test de routine dans les pays développés mais un "luxe" dans les pays pauvres, bien moins équipés en laboratoires. Heureusement pour les pays en développement, il existe depuis quelques années des tests plus simples tels que Samba.

ARV EN PREVENTION (Synthé)

Les ARV sont aussi utilisés en prévention dans les populations à risque. La transmission de la mère à l'enfant peut être quasiment éliminée si les femmes séropositives reçoivent un traitement antirétroviral pendant la grossesse et l'allaitement.

le Graal de la lutte contre le Sida, c’est le vaccin. De nombreuses équipes de chercheurs travaillent sur différents candidats-vaccin. Mais les mutations du virus tiennent en échec les scientifiques.

Jusqu'à présent, aucun vaccin n'a su déjouer la mutation virale.

5. Le futur

DR Asier Saez-Cirion, Institut Pasteur

Le problème actuel de l’infection HIV, c’est que le virus intègre les cellules de l’organisme et les antirétroviraux ne les éliminent pas. Le virus reste très longtemps dans les cellules ; l’objectif actuel est donc d’attaquer ces cellules infectées soit pour obtenir une rémission de l’infection HIV soit pour éradiquer ces cellules infectées.

Dans le cas d’une rémission, il faut diminuer fortement le nombre des cellules infectées afin que l’organisme du malade soit capable de contrôler seul l’infection. Pour ce qui est de l’éradication, toutes les cellules infectées sont éliminées de l’organisme.

Aujourd’hui, l’avènement de cette stratégie d’éradication est encore lointain... Bien plus lointain que le succès de la stratégie de rémission.

Pour réussir à réduire le réservoir des cellules infectées, nous nous heurtons au problème d’identification de ces cellules infectées par rapport aux cellules saines. Nous devons donc trouver des marqueurs biologiques spécifiques de ces cellules pour pouvoir les identifier. Une autre option serait de ré-activer le virus pour pouvoir le reconnaître dans les cellules puis… l’éliminer.

On a donc besoin de réponses immunitaires efficaces qui pourraient être obtenues grâce au vaccin.

Il y a eu, au cours de ces dernières années des progrès impressionnants dans la recherche d’un vaccin HIV.

Mais bien que nous n’ayons pas encore de vaccin disponible, aujourd’hui, nous connaissons les caractéristiques des réponses immunitaires que l’on doit provoquer.

On a besoin de mettre au point la stratégie adaptée pour déclencher ces réponses immunitaires que nous connaissons bien aujourd’hui.

On a des premiers résultats très prometteurs sur des modèles animaux.

Dr Marc Lallemant, DNDi

La très grande majorité des enfants infectés par le VIH ont acquis l’infection au cours de la naissance,  autour de la naissance par transmission mère/enfant.

La difficulté, c’est que ces enfants très jeunes doivent être traités le plus tôt possible. En l’absence de traitements près de la moitié de ces enfant n’atteindront pas leur deuxième année de vie.

l’OMS recommande de traiter les enfants le plus tôt possible, de diagnostiquer les enfants le plus tôt possible après la naissance. Avec les produits qui sont disponibles, le problème  c’est que ces produits sont très très peu adaptés aux enfants. Donc ces sirops dont certains sont toxiques, ne sont pas stables à la chaleur, qui sont difficiles à doser par la mère puisqu’elle doit donner quelques centimètres cube d’un sirop, un peu moins d’un autre, un peu plus du troisième, c’est évidement très difficile  pour la mère, donc ces recommandations sont excellentes sauf qu’elles sont quasiment inapplicables ou très mal appliquées du moins et le projet DNDi c’est justement de résoudre cette difficulté en regroupant les molécules sous une même unité de prescription, éviter les sirops, avoir un produit solide et surtout un produit dont le goût est masqué parce qu’une de ces molécules à un goût absolument terrible  et c’est une bataille quotidienne   entre la mère et son enfant pour administrer ce prod

Réalisation : Gérard Lafont

Production : Etat d'Urgence Production, MSF, Inserm, DNDi, Institut Pasteur, Fondation Mérieux, CANOPE, Universcience

Année de production : 2015

Durée : 15min34

Accessibilité : sous-titres français