Le monde de l'autisme Diffusé le

Josef Schovanec : l'autisme et la vie en société

Pour un autiste, comment faire pour comprendre le monde des « neurotypiques » et se faire accepter d’eux ? Avec l'humour qui le caractérise, le philosophe Josef Schovanec, qui est lui-même autiste Asperger, témoigne de son vécu. Le webdocumentaire "Le monde de l'autisme", dont est tirée cette interview, permet de mieux appréhender les modes de perception atypiques des personnes avec autisme et de pouvoir les accompagner au mieux dans leur quotidien, dans leur parcours scolaire ou dans leur vie professionnelle.

Réalisation : Valeria Lumbroso

Production : Universcience, Flair Production, Arapi

Année de production : 2014

Durée : 3min24

Accessibilité : sous-titres français

Josef Schovanec : l'autisme et la vie en société

Josef Schovanec, philosophe et écrivain.
-Quand on dit que quelqu'un clame son innocence, en fait, il suit un ensemble de codes sociaux.
Si on veut montrer qu'on est innocent, on doit appliquer certaines règles plus ou moins codifiées.
Il ne faut pas s'habiller comme ça, il faut avoir l'air, je ne sais pas, éploré ou que sais-je, il faut soupirer.
Une personne avec autisme ne saura pas se défendre de manière socialement convaincante.
Très schématiquement, l'idée est la suivante.
Les gens avec autisme ont un certain degré d'autonomie, mais il y a des moments où ça peut coincer, pour le dire ainsi.
Par exemple, si vous avez une panne d'électricité à la maison, est-ce que vous appellerez l'électricien ?
À titre personnel, je sais faire toutes sortes de choses, je peux voyager dans différents pays, mais je ne suis pas sûr, si je vivais seul de manière durable, de pouvoir appeler l'électricien en cas de souci.
Probablement que je me dirais que je vais essayer de survivre sans.
Déranger les gens, c'est difficile.
Téléphoner, c'est difficile.
Beaucoup de gens autistes ont aussi une très mauvaise image d'eux-mêmes, donc ils ont tendance à subir les choses.
La société des adultes est une société où il faut jouer des coudes, et pour ça, il faut avoir une bonne estime de soi.
Toutes les situations sociales ont une certaine teneur en compétences sociales.
Il y a toujours des choses dites et non dites, et comprendre le tout peut être redoutablement difficile.
Un cas, par exemple, pour dire que les codes sociaux sont particulièrement hypocrites.
Si, par exemple, vous devez laisser la priorité à une personne âgée, c'est la règle de politesse de base, vous devez lui donner la priorité, mais vous ne devez pas dire pourquoi vous donnez la priorité.
Vous ne devez pas dire : "Madame, monsieur, je vois que votre peau est très ridée, vous devez être très vieux ou vieille, donc, passez."
Pourtant, la personne, à moins d'être débile, doit savoir pourquoi on la laisse passer.
C'est un cas d'hypocrisie sociale que vous aurez un mal infini à expliquer à des enfants autistes.
Il y a encore deux choses dans l'apprentissage des codes sociaux.
Il y a le fait de les connaître, l'apprentissage théorique, mais il faut que la personne autiste accepte de mettre en œuvre les compétences sociales.
J'ai un ami qui avait écrit, il y a quelque temps, un guide de la drague.
Dans ce guide, il y avait des phrases extraordinaires, par exemple : "Il faut lui dire qu'elle est la plus belle, même si ce n'est pas vrai."
On pourrait quasiment écrire un livre, d'ailleurs, je commence à y réfléchir vaguement, "Rire avec les autistes", une vision un peu décalée de l'autisme et du non-autisme par le rire et la bonne humeur.

Réalisation : Valeria Lumbroso

Production : Universcience, Flair Production, Arapi

Année de production : 2014

Durée : 3min24

Accessibilité : sous-titres français