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Arctique 360 : pergélisol sous haute surveillance

Avec le réchauffement climatique, le pergélisol dégèle. Le survol en hélicoptère du nord du Canada, filmé avec une caméra en 360, révèle une région bouleversée. Le géophysicien Florent Dominé étudie les conséquences de ce phénomène, et notamment l’augmentation de production des gaz à effet de serre.

À voir au casque, à la souris ou avec votre smartphone.

Réalisation : Anthony Barthelemy

Production : Universcience, avec la participation de RFI Labo et le soutien de la Fondation BNP Paribas

Année de production : 2017

Durée : 6min55

Accessibilité : sous-titres français

Arctique 360 : pergélisol sous haute surveillance

La Terre est une planète recouverte en grande partie d’eau liquide, de continents, mais aussi, de glace. On appelle l’ensemble de ces zones gelées « la cryosphère ». Depuis l’espace, les pôles majestueux sont bien visibles, avec au sud, l’immense continent austral, qui regroupe à lui seul quasiment toute la glace terrestre. L’Antarctique est le plus grand désert du monde, et au cœur de cette calotte aride et montagneuse, le mercure chute jusqu’à -90 degrés… A l’opposé du globe, l’Arctique n’a pas cette allure compacte. Une myriade d’îles, ainsi que continents sont pris dans son cercle, Mais il se réchauffe dangereusement. Au début des observations satellite, la superficie maximale de la banquise atteignait près de 8 millions de km2. Mais depuis 40 ans, nous voyons la glace de mer reculer… et les scientifiques annoncent sa disparition totale en été, dans une poignée d’années. Mais ce qu’on ne voit pas, c’est que la cryosphère souterraine, le permafrost, disparait elle aussi. Et ce phénomène, ainsi que son impact sur la machine climatique terrestre, est encore très peu connu. Le Canada, avec ses vastes territoires arctiques et subarctiques, contient beaucoup de permafrost. Mais depuis la fin du XXème siècle, la région est bouleversée : de plus en plus de petits lacs se forment... partout... à perte de vue. Le géophysicien français Florent Dominé y mène des recherches depuis une dizaine d’années, et son travail vise à comprendre comment réagit le permafrost, ou pergélisol, au réchauffement climatique. Nous voici donc à environ 1300 km plein nord de Montréal. On est vraiment dans un territoire qui est gouverné par le froid : l’hiver la température descend à -40, l’été ça monte jusqu’à +30 et la température moyenne est de l’ordre de -3 à -4 degrés. A cause de cette température, le sol gèle. Et il gèle très profondément, et l’été, il ne dégèle qu’en surface, donc en fait, en profondeur, à 2, 3 mètres de profondeur, on a un sol gelé en permanence. On parle de pergélisol. Donc, qu’est-ce qu’il se passe là ? En fait, dans le contexte actuel de réchauffement climatique, le pergélisol dégèle, et on s’intéresse à ce phénomène, pourquoi ? Parce que dans le pergélisol il y a beaucoup de carbone qui est stocké, des composés organiques, de la matière organique végétale qui s’est accumulée et qui ne se décompose pas à cause du froid. Donc maintenant si ça se réchauffe, ces composés organiques vont être digérés par l’activité bactérienne et émises dans l’atmosphère sous forme de gaz à effet de serre. Donc c’est important, pour voir dans quelle mesure ça va accélérer le réchauffement climatique, de comprendre bien ce phénomène. Dans cette mare, vous voyez que le sol s’affaisse, les sédiments avec la couverture organique, s’enfoncent dans la mare, et cette matière organique va se retrouver en solution, sous forme de particules ou bien de composés dissous, et ce qu’on va avoir, c’est que les bactéries vont commencer à manger cette matière organique. En plus il va y avoir le soleil ici, qui d’ailleurs brille très bien aujourd’hui, qui va aider en photolysant, en détruisant par la lumière cette matière organique. Et la combinaison de cette action bactérienne et de cette action photochimique, va transformer la matière organique en CO2 et en méthane. Et la vitesse à laquelle ça va se faire va dépendre du type de bactéries qu’il y a. Il peut même y avoir un cas exceptionnel, où on va se retrouver avec des bactéries photosynthétiques, qu'on appelle des cyanobactéries, qui vont, elles, ce coup-ci, fixer le CO2 et dans ce cas-là, exceptionnellement la mare va pouvoir se transformer, non pas en source de CO2, mais en puits de CO2. Donc voici un peu la complexité du phénomène qui se situe dans ces mares de thermokarst. C’est un champ de mares de thermokarst. Dans divers degrés de dégradation. On voit vraiment bien là. Il y a des pals qui sont encore presqu’intactes, d’autres qui sont avec un rond d’eau autour, et certaines qui ont complétement disparu et qui ont donné lieu à une mare de thermokarst. Et tu as même des mares de thermokarst qui sont en train de se combler. Donc on a toute la séquence de l’évolution sur ce site vraiment exceptionnel. Ça c’est vraiment magnifique là. A l’échelle planétaire, le pergélisol occupe une superficie gigantesque. Tel un congélateur, il renferme le plus grand réservoir de carbone continental du monde, dépassant le pétrole et le gaz. Son réchauffement, et l’augmentation des zones humides qui le remplacent pourraient relarguer des milliards de tonnes de gaz à effet de serre dans l’atmosphère… Il y a donc urgence à évaluer les conséquences à venir sur le climat, et à agir pour la préservation des territoires arctiques.

Réalisation : Anthony Barthelemy

Production : Universcience, avec la participation de RFI Labo et le soutien de la Fondation BNP Paribas

Année de production : 2017

Durée : 6min55

Accessibilité : sous-titres français