— C'est extrêmement probable qu'Alice Recoque soit plus puissante que la première machine installée en Allemagne, donc soit la plus puissante d'Europe. Un supercalculateur, c'est un ordinateur de superhéros. C'est comme si on additionnait la puissance de votre ordinateur à celui de milliers d'autres. Avoir le supercalculateur le plus puissant au monde, c'est le rêve de tous les États. L'idée, produire des calculs scientifiques sans dépendre de ses voisins. Et en France, on attend un très gros supercalculateur. Son nom : Alice Recoque. C'est un hommage à cette pionnière française de l'informatique. Elle a par exemple conçu le Mitra 15, ce micro ordinateur qui date de 1971. Elle est aussi une exploratrice précoce de l'intelligence artificielle. Et si Alice Recoque devenait le premier supercalculateur d'Europe ? C'est dans l'Essonne que se trouve un site ultra sécurisé. À l'intérieur, toutes ces machines permettent un calcul de très haute performance. Ici, ce n'est pas Alice Recoque mais Joliot Curie. C'est l'un des trois principaux supercalculateurs français. — Un supercalculateur, quand on le voit, c'est un ensemble d'armoires les unes à côté des autres, qui sont dans un grand hall, avec une alimentation électrique et un système de refroidissement. Dans chaque colonne, ça va être essentiellement la même chose : les unités de calcul et le réseau, le système de refroidissement dans chaque armoire. Mais on va avoir quelques armoires spécialisées parce qu'on a besoin notamment du stockage. C'est un outil à destination des chercheurs, mais c'est aussi pour faire de la science qui sert bien sûr au plus grand plus grand nombre. Notamment, une des utilisations principales des supercalculateurs, c'est pour les modèles de climat, qui nous servent à faire les prédictions sur les réchauffements climatiques, mais ça peut nous servir aussi pour beaucoup de domaines de recherche fondamentale comme l'astrophysique. Donc on mesure la puissance d'un supercalculateur en ce qu'on appelle des flops par seconde. C'est le nombre d'opérations flottantes qu'on est capable de faire par seconde. Et typiquement les plus gros supercalculateurs aujourd'hui atteignent ce qu'on appelle l’exaflops. Donc c'est 10¹⁸ opérations flottantes par seconde, donc un milliard de milliards d'opérations flottantes par seconde. Et c'est justement cette puissance qu'atteindra Alice Recoque, actuellement en construction. C'est donc plus de puissance, mais aussi un autre mode de fonctionnement. — Alice Recoque, ce qui change par rapport aux générations précédentes de supercalculateurs, c'est que c'est une infrastructure qui utilise des GPU, des Graphical Processing Unit, à la place des CPU, Computing Processing Unit qui sont nos unités de calcul dans les ordinateurs classiques. C'est GPU, c'est ce qui permet d'atteindre une puissance de calcul phénoménale aujourd'hui qu'on utilise beaucoup aussi pour l'entraînement de l'intelligence artificielle. Les GPU, ce que ça change par rapport à des CPU, c'est que ce sont des unités de calcul qui sont très adaptées à faire tout un tas de calculs, mais toujours le même en parallèle, donc en même temps. C'est ça qui compte, c'est ça qui permet de démultiplier la puissance de calcul. Donc on est capable, si on a des applications qui font toujours le même type de calcul, on va pouvoir les exécuter en parallèle très efficacement grâce à ces GPU. Et cela permettra d'obtenir des résultats scientifiques encore non possibles actuellement. — Les chercheurs font des demandes de temps de calcul, demandent un certain nombre d'heures à réserver pour faire leurs calculs, pour produire des études qui sont soumises à évaluation par un comité thématique qui vérifie la la pertinence de la recherche qui est menée, le nombre d'heures demandé, est-ce que les calculs et les codes de calcul sont adaptés à utiliser les architectures qui sont les architectures de calcul qui sont demandées. Le but, c'est d'optimiser l'utilisation de la machine, qu'elle soit toujours pleine, pour qu'on maximise le temps d'utilisation de la machine. Et derrière ce supercalculateur, c'est aussi une guerre politique. Ce que scrutent les spécialistes, c'est le top 500, celui qui classe les supercalculateurs les plus performants. En tête, la Chine, les États-Unis... puis l'Allemagne à la 5e place. — Pour avoir la puissance finale d'Alice Recoque, il va falloir attendre que la machine soit installée et passe un benchmark qui valide la performance de la machine. Il est extrêmement probable qu'Alice Recoque soit plus puissante que la première machine installée en Allemagne, donc soit la plus puissante d'Europe. Si on est dépendant d'un autre pays pour nos infrastructures de calcul, on peut se retrouver avec des accès qui sont coupés. Donc c'est pour ça que c'est important de pouvoir développer aussi ses propres infrastructures et pouvoir construire des supercalculateurs en Europe avec un certain niveau de souveraineté sur le matériel pour s'assurer qu'on ne soit pas dépendants de pays tiers. Aujourd'hui, il y a une course notamment entre les États-Unis et la Chine. Il y a encore quelques semaines, le premier supercalculateur au top 500 était un supercalculateur américain, El Capitan, qui a été dépassé par un supercalculateur conçu en Chine qui s'appelle LineShine avec des processeurs et un réseau qui ont été complètement conçus en Chine. Cela dit, le besoin au niveau de la communauté scientifique, ne va pas pouvoir croître indéfiniment en terme de taille de machine. Donc, il faut se aussi se poser précisément la question des infrastructures dont on a besoin par rapport à la science qu'on veut faire, dimensionner ces infrastructures au juste besoin par rapport à la science qu'on veut en tirer et limiter ainsi l'impact énergétique et l'impact environnemental de ces infrastructures. Alice Recoque devrait être installé à partir de 2027. Cette même année, un autre supercalculateur est très attendu, cette fois-ci du côté de la Finlande.