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Endométriose : la piste de l’immunité

Cette maladie gynécologique fréquente reste mal connue. À l’institut Cochin, à Paris, l’équipe de Frédéric Batteux étudie sur des souris le rôle des macrophages – des cellules du système immunitaire – dans le développement de l’endométriose. Objectif : identifier de nouvelles pistes de traitement.

Réalisation : Cécile Dumas , Mathilde Renard

Production : Universcience, Look at science

Année de production : 2022

Durée : 6min13

Accessibilité : sous-titres anglais, sous-titres français

Endométriose : la piste de l’immunité

Frédéric Batteux : Le macrophage c'est la plaque tournante de l'inflammation de l'endométriose ; paralysons-le ! Titre Les macrophages, nouvelle piste pour soigner l'endométriose Frédéric Batteux : L'endométriose c'est une maladie gynécologique qui est fréquente, puisqu'elle touche 6 à 10 % des femmes, et c'est une maladie en fait dont on connaît le mécanisme depuis très très longtemps, depuis les années 30 ; et qui est lié à ce qu'on appelle des régurgitations menstruelles, c'est à dire des cellules qui sont au niveau de l'endomètre et qui vont ensuite refluer par les trompes et aller créer des lésions, des implantations de cellules endométriosiques au niveau des ovaires, voire plus loin au niveau de la cavité péritonéale. Ces implants vont infiltrer les tissus et vont induire des douleurs pelviennes, notamment ; et une infertilité. COM Les recherches se sont d'abord focalisées sur le rôle des hormones - oestrogènes et progestérone - qui régissent l'endomètre. Mais un autre mécanisme est impliqué dans cette maladie : c'est l'inflammation, liée à l'action du système immunitaire. Frédéric Batteux : Normalement, quand des cellules arrivent et qu'elles se mettent à un endroit qui n'est pas l'endroit habituel et bien le système immunitaire est là pour faire le ménage. Le premier rideau c'est ce qu'on appelle l'immunité innée et qui repose sur l'activation de cellules comme les macrophages comme les cellules NK, qui sont des cellules en fait qui, dès qu'ils voient des cellules un petit peu bizarres, où dès qu'ils voient des choses qui sont un peu différentes de ce qu'ils ont l'habitude de voir, ils mangent. On sait que cette immunité innée elle n'arrive pas à éliminer ces implants ectopiques, ces cellules qui sont parties de la cavité utérine pour aller au niveau des ovaires ou de la cavité péritonéale ; donc comme on n'y arrive pas, on n'arrive pas à les éliminer, on va produire tellement de cytokines et de signaux inflammatoires, et bien ça va nous faire mal. Non seulement cette inflammation ne permettra pas l'élimination mais à la fin elle va même favoriser la croissance des lésions, des kystes. COM Le macrophage étant l'acteur clé de cette cascade inflammatoire il est devenu la cible des chercheurs. Frédéric Batteux : Le macrophage au début il est au repos, et bien qu'est ce qu'on peut faire pour qu'il y reste ? ça a été le but de de nos études. COM Grâce à un modèle d'endométriose chez la souris, Frédéric Batteux et ses collègues ont pu tester l'impact de macrophages dont ils avaient modifié le comportement. Pour y parvenir ces chercheurs se sont appuyés sur des observations récentes, qui montrent que les macrophages ont une mémoire. Frédéric Batteux : Les macrophages des enfants qui avaient été vaccinés par le BCG, quand ils voyaient une autre bactérie ils répondaient plus et plus fort que les enfants qui n'avaient pas eu le BCG ; on s'est dit, tient, il y a quelque chose. Et puis à l’inverse on s'est aperçu aussi, et c'est le cas par exemple en réanimation, que des gens qui faisaient un choc septique, qui faisait une bactériémie très importante, et bien eux au contraire ça paralysait leurs macrophages. Et donc c'est ce qu'on a fait. On a repris des éléments qui stimule le macrophage de sorte qu'il soit paralysé, exactement le même mécanisme que dans le choc septique ; et on a vu que ce macrophage paralysé bloquait, empêchait, ne permettait plus à l'endométriose de se développer. COM Etudier la réaction des souris au chaud ou au froid permet de quantifier la douleur due aux lésions, lésions qui sont ensuite directement observées et mesurées. Les chercheurs ont ainsi pu comparer deux groupes de souris. Frédéric Batteux : On a fait la manip inverse et on s'est aperçu qu'effectivement les macrophages stimulés avec le BCG, eux, au contraire favorisaient l'endométriose, et on avait des lésions qui étaient plus grosses. COM Forts de ces résultats, les chercheurs ont voulu vérifier sur une cohorte de patientes atteintes d'endométriose, si des infections par des bactéries qui activent ou bloquent les macrophages avaient une influence sur leurs symptômes. Frédéric Batteux : Ça nous a donc permis, en regardant un peu l'histoire naturelle de ces femmes, de voir qu'effectivement notre hypothèse se vérifiait dans la vraie vie, serais-je tenté de dire, en clinique. Les stimulations qui induisent la paralysie les macrophages sont plutôt associées à moins de maladie ou en tout cas une maladie moins sévère. C'est une piste d'avenir pour essayer d'agir de manière très efficace sur les macrophages à un moment où par exemple les lésions sont encore limitées, que la maladie est débutante, et pour lequel on est encore en capacité d'agir et d'agir rapidement. COM À l'Institut Cochin l'équipe poursuit son travail sur l'entraînement des macrophages, tout en élargissant ses recherches à d'autres facteurs potentiels. Frédéric Batteux Ce sur quoi on est en train de travailler c'est d'essayer de regarder si d'autres stimulations que des stimulations infectieuses peuvent avoir le même effet. Est-ce que par exemple des polluants pourraient avoir ce même effet sur les macrophages ? Est-ce que les toxiques pourrait avoir ce même effet sur les macrophages? Est-ce que l'alimentation pourrait avoir ce même effet sur les macrophages ? Donc voyez, là on est sur autre chose, est-ce que finalement notre mode de vie, notre environnement n'influencent pas ces macrophages qui vont faire qu'à un moment, chez vous plus que chez quelqu'un d'autre, et bien ce macrophage va favoriser l'implantation des cellules et le développement des lésions. Générique de fin

Réalisation : Cécile Dumas , Mathilde Renard

Production : Universcience, Look at science

Année de production : 2022

Durée : 6min13

Accessibilité : sous-titres anglais, sous-titres français