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La statisticienne qui traque le VIH

En Ouganda, pour prévenir la transmission du VIH de la mère à l’enfant durant la grossesse, la chercheuse Agnes Kirraga utilise des algorithmes d’apprentissage automatique capables d’identifier les groupes à risque dans les bases de données hospitalières. 

Réalisation : Ruth Omar

Production : Fablab Channel, IRD, Universcience

Année de production : 2021

Accessibilité : sous-titres anglais, sous-titres français

La statisticienne qui traque le VIH

OUGANDA - Big data On a un grave problème en Ouganda, près de 6% d’enfants seraient atteints du VIH parce que leur mère leur a transmis durant la grossesse. C’est terrible ! En prenant des médicaments, elles pourraient éviter ça ! 

Alors comment arriver à zéro transmission du VIH de la mère à l'enfant ? Figurez-vous que les statistiques et les mathématiques peuvent aider ! Je vais rencontrer une statisticienne qui utilise l’intelligence artificielle pour résoudre des problèmes très concrets dans notre société. J’aime les chiffres, j’aime travailler avec les statistiques. J’ai fait des mathématiques toute ma vie et ce qui me motive le plus c’est le fait qu’on peut utiliser les données brutes, appliquer différentes techniques et hypothèques mathématiques et en tirer des résultats qui seront utiles pour améliorer des vies. Une donnée c’est une information : une date, un poids, une géolocalisation ou un pourcentage. Mais elles sont tellement massives que n’importe qui s’y perdrait. C’est ce qu’on appelle les big data. Son talent de statisticienne consiste à identifier ce qu’il faut chercher exactement, à créer les formules mathématiques pour trouver les données pertinentes au milieu de tout ce bazar, puis à les analyser sur ordinateur. En 2019-2020, Dr Agnès a fouillé les données d’hôpitaux de Kampala pour identifier des femmes qui ne prenaient plus leur traitement contre le VIH alors qu’elles étaient enceintes. Et risquaient donc de transmettre le virus à leur bébé. Nous avons commencé par regarder les données brutes de base disponibles pour huit sites, qui sont des hôpitaux publics. Et ensuite nous avons fixé un critère pour définir qui avait abandonné les soins. Si la femme n’est pas venue à la clinique pendant au moins trois mois consécutifs, nous sons qu’elle est probablement en train d’abandonner son traitement. Il y a plusieurs critères pour définir un abandon de soins mais nous avons utilisé celui-là. Donc nous consultons son dossier, identifions ses proches, relevons son adresse et nous lançons les choses. Irène est une traceuse. Elle fait partie des équipes de santé qui sont allées sur le terrain, après les recherches de Dr Agnès, pour entrer en contact avec des femmes qui ne prenaient plus leur traitement contre le VIH. Souvent ces femmes ne disent à personne qu’elles sont séropositives parce qu’elles ont peur d’être stigmatisées et discriminées. Irène nous emmène chez une des femmes qui avait stoppé son traitement. Son enfant était née handicapée. Béatrice Nanyonga n’avait plus d’espoir. Nous n’avions pas d’argent, nous ne savions pas quoi faire. Quelqu’un est venu me dire qu’un docteur pouvait l’examiner et nous dire le pourquoi de son état. J’ai accepté et j’ai suivi ses conseils. Comme elle était entourée, et soulagée pour sa fille, maman Béatrice a pu reprendre son traitement. Si vous avez retrouvé une mère, vous avez sauvé une vie. Il y a encore 30% de femmes qui abandonnent leur traitement mais pour celles que nous retrouvons et que nous ramenons vers les soins, c’est une réussite. Les recherches d’Agnès Kiragga ont un vrai impact sur la société. En faisant parler les chiffres, elle a aussi découvert que les hommes sportifs étaient très touchés par les infections sexuellement transmissibles mais qu’ils n’avaient pas l’habitude de se faire dépister. C’est comme ça qu’il y a eu une campagne ciblée sur les sportifs. Il y a des limites sur les recherches du docteur Agnès Kiragga. Elles ne sont pas facilement accessibles, le partage des données n’est pas une culture en Ouganda, comme dans d’autres pays africains. Mais aussi : le stockage sur le cloud devient de plus en plus coûteux. Du coup il faudrait investir dans l’extraction et l’analyse des grands ensembles des données. Personnellement, cette rencontre avec Agnès Kiragga m’a beaucoup inspirée. Je me rends compte que les mathématiques et les statistiques peuvent résoudre des problèmes réels dans notre société.

Réalisation : Ruth Omar

Production : Fablab Channel, IRD, Universcience

Année de production : 2021

Accessibilité : sous-titres anglais, sous-titres français