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Un exemple d’agriculture intensive à forte intensité d’intrants, avec de grands champs et sans habitats semi-naturels © Jacques Baudry

« Le verre est à moitié plein », résume Hayo van der Werf, chercheur à Inrae : la comparaison entre les agricultures conventionnelle et bio repose aujourd’hui sur « l’analyse du cycle de vie » ou ACV. Or cette analyse, bien qu’elle considère la vie du produit depuis l’amont — l’extraction des matières premières et la fabrication jusqu’à l’aval — décharge ou recyclage éventuel — n’est pas satisfaisante, explique une équipe de chercheurs dans une étude parue dans Nature Sustainability. Et elle conduit à des conclusions erronées.

Tout d’abord, l’ACV — développée pour l’industrie — « n’inclut en général pas trois indicateurs qui reflètent trois avantages majeurs de l’agriculture bio », souligne le chercheur : préservation de la biodiversité ; maintien de la qualité des sols et usage de pesticides. Les champs conduits en agriculture biologique supportent ainsi des niveaux de biodiversité environ 30 % plus élevés que ceux conduits en agriculture conventionnelle.

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Un exemple d’agriculture agroécologique, avec des champs plus petits et la présence d’habitats semi-naturels © Valérie Viaud

Ensuite, l’analyse agricole habituelle ne rend pas compte des « services écosystémiques » du bio, comme la préservation d’une eau de qualité — non contaminée par les intrants chimiques — ou le meilleur stockage de matière organique et donc de carbone. « Pour une analyse plus juste, souligne Hayo van der Werf, il faut donc combiner l’évaluation des impacts par cycle de vie et les services et bénéfices fournis par les systèmes de production agricole ».

De fait, l’ACV évalue les impacts environnementaux par kilogramme de produit, ce qui favorise les systèmes intensifs conventionnels — aux impacts plus importants par hectare de terre.

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© Yen Strandqvist / Chalmers université de technologie, Suède

Enfin, l’étude recommande « beaucoup de prudence dans l’évaluation des effets indirects ». De quoi s’agit-il ? Avec des rendements plus faibles que le conventionnel, le bio utilise davantage de terres agricoles pour maintenir un même niveau de production. C’est l’argument mis en avant dans une étude récente publiée dans Nature Communications.

Mais il n’est pas sûr que la surface utilisée soit un indicateur suffisant, souligne Hayo van der Werf. Ainsi, les consommateurs de produits bio mangent en général moins de viande — or l’élevage occupe, lui, beaucoup de terres : une transition collective vers le bio ne se traduirait donc pas nécessairement par une destruction d’écosystèmes naturels au profit de l’usage agricole.