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Opération à l’Institut Curie, en 2014 © AFP/Archives DOMINIQUE FAGET

« Prendre le cancer à la gorge », c’est le mot d’ordre d’une nouvelle campagne lancée lundi pour sensibiliser aux symptômes et aux facteurs de risque des cancers de la tête et du cou, relativement fréquents et graves, mais méconnus.

Ces cancers des voies respiratoires et digestives supérieures (sinus, langue, gencives, gorge…) « peuvent se développer sur plus de 30 zones au sein de la tête et du cou, et ont en général pour point de départ des cellules de la muqueuse respiratoire haute », explique l’Institut Curie. Avec environ 14 000 nouveaux cas et 5 000 décès par an, cette famille de maladies représente la 4e cause de mortalité par cancer en France, mais elle est beaucoup moins connue que d’autres du grand public.

Cette ignorance, ajoutée au fait que les premiers symptômes sont souvent banals, se traduit par un dépistage trop tardif, synonyme de perte de chance pour les malades. Pris en charge à un stade précoce, le taux de survie est de 80 % à 90 %, mais ce taux « s’effondre au-delà de certaines tailles tumorales », a expliqué à l’AFP Maria Lesnik, chirurgienne au service d’ORL de l’Institut Curie. Par ailleurs, plus la tumeur est grosse, plus la chirurgie sera mutilante, et plus les séquelles fonctionnelles et esthétiques seront importantes, souligne l’association de patients Corasso, qui apporte son soutien à ces « gueules brisées ».

La campagne lancée par Corasso et la Société française de carcinologie cervico-faciale (SFCCF) veut donc faire connaître les signes qui doivent alerter : difficulté ou douleur en avalant, taches blanches ou rouges dans la bouche (aphtes), mal de gorge, voix enrouée, ganglion gonflé dans le cou, narine bouchée ou saignement de nez.

La difficulté est que ces symptômes « d’une banalité déconcertante » sont « ressentis par tous les Français, plusieurs fois dans l’année, et peuvent s’apparenter à un rhume, une rhino-pharyngite ou encore à un épisode viral bénin », reconnaît le Dr Maria Lesnik. Mais si « vous présentez un de ces symptômes depuis trois semaines » ou plus, « parlez-en à votre médecin », qui vous adressera à un spécialiste des voies aéro-digestives supérieures, souligne l’affiche de la campagne, également soutenue par l’Institut Curie et le laboratoire Merck.

Ces affiches avec le slogan « 1 pour 3 », qui résume ce message, seront visibles dans les centres anti-cancer et d’addictologie, les pharmacies et les cabinets de généralistes et de dentistes. Parallèlement, plusieurs films de 45 secondes réalisés par Frédéric Petitjean, qui a lui-même été touché par cette maladie, seront diffusés cette semaine à la télévision, sur les réseaux sociaux et dans les salles de cinéma.

Dans l’un d’eux, un duo de danseurs de l’Opéra de Paris évoque les facteurs de risque : le tabac, à l’origine de 85 % des cancers de la tête et du cou, l’alcool, mais aussi le papillomavirus HPV, qui peut être à l’origine de tumeurs des amygdales ou de la base de la langue, ou encore l’exposition professionnelle aux poussières ou aux fumées toxiques.