chinois

Une banlieue de Wuhan le 27 janvier 2020 © AFP Hector Retamal

L’épidémie du nouveau coronavirus apparu en Chine, 2019-nCoV, va faire au bas mot des dizaines de milliers de malades et durer plusieurs mois dans le meilleur des cas, estiment des experts en épidémiologie sur la base des premières données disponibles. « Le meilleur des scénarios serait que cela continue au printemps, à l’été, et qu’ensuite ça retombe », souligne David Fisman, professeur à l’université de Toronto, et auteur d’un bulletin pour la Société internationale des maladies infectieuses.

« Cela ne va pas s’arrêter la semaine prochaine ni le mois prochain, renchérit Alessandro Vespignani, professeur à l’université américaine de Northeastern, qui coordonne un groupe de chercheurs publiant des analyses en temps réel sur l’épidémie, vous ne prenez pas de risque à dire que cela va durer un bon moment ». Certes, ces chercheurs ne disposent que d’informations parcellaires sur le nouveau virus, apparu en décembre, et beaucoup d’hypothèses restent à valider, reconnaissent-ils. Mais ils utilisent des modèles mathématiques pour estimer le nombre de cas réels, à la date d’aujourd’hui, et comparer à des épidémies passées. 

Jusqu’à ce week-end, on pensait ainsi que les personnes infectées n’étaient pas contagieuses avant l’apparition des symptômes (fièvre et difficultés respiratoires, pneumonie), mais les autorités chinoises ont dit dimanche l’avoir établi, ce que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a toutefois pas encore confirmé. Si des gens sans fièvre peuvent en contaminer d’autres, cela change la dynamique de l’épidémie. La période d’incubation commence seulement à être estimée : environ deux semaines, voire plus courte selon l’OMS : entre deux et dix jours.

Patience

De multiples experts ont calculé ces derniers jours un paramètre important pour les épidémies : le taux de reproduction de base, ou « R zéro ». Il représente tout simplement le nombre de gens contaminés par une personne infectée. Leurs estimations vont de 1,4 à 3,8, selon David Fisman, ce qui est jugé modéré. Ce chiffre à lui seul n’est qu’une moyenne : peut-être certains patients ont-ils contaminé beaucoup de gens, et d’autres en ont-ils infecté peu.

« En soi, pas une raison de paniquer », dit Maimuna Majumder, de l’université Harvard et de l’hôpital pour enfants de Boston. Elle rappelle que ce taux est de 1,3 pour la grippe saisonnière (qui fait des millions de cas par an) et de 2 à 5 pour le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère, qui a fait 8 000 cas et 774 morts en 2002/2003). Par comparaison, pour la rougeole il est de 12 à 18.

Avec des quarantaines, des mesures d’isolement, des lavages de main systématiques, des masques... le nombre moyen de gens infectés pourrait baisser. S’il tombe sous 1, l’épidémie s’éteindra. Mais l’effet des mesures adoptées par la Chine ces derniers jours ne se fera ressentir que dans une ou deux semaines, précisent les chercheurs.

« Il semble de plus en plus que ce coronavirus ressemble au Sras, ajoute David Fisman. Le Sras était contrôlable, donc on espère que celui-ci le sera aussi, mais on ne le saura que dans quelques semaines (...), des mois, et personne ne sait comment cela évoluera », ajoute-t-il.

Le nombre officiel de cas est de plus de 4 000 en Chine (pour une centaine de morts) et une cinquantaine en dehors du pays. Selon le groupe international coordonné à Northeastern, le nombre réel, incluant les cas non détectés, dépasse sans doute 25 000, estime Alessandro Vespignani. Des chercheurs de l’université de Hong Kong (HKU) estiment de leur côté qu’il est même supérieur à 40 000.

« Le chiffre pourrait facilement doubler ou tripler, rien que dans la ville de Wuhan, dit le professeur Vespignani. Et si d’autres grandes villes sont affectées, les chiffres vont beaucoup, beaucoup augmenter ». Ce chercheur ne veut pas estimer le nombre de morts possibles.

Le taux de mortalité, jusqu’à présent, se situe autour de 3 %, mais le taux de décès dans ce type d’épidémie a tendance à faire le yo-yo : croître au début, quand les plus vulnérables meurent, baisser ensuite, puis remonter quand d’autres décèdent. Là encore, les prochaines semaines révèleront le véritable danger de 2019-nCoV.