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Les tubes cristallins observés dans les roches (à gauche) pourraient s’être formés lorsque le squelette collagénique d’une éponge vieille de 890 millions d’années s’est décomposé et fossilisé. Certaines éponges modernes possèdent des échafaudages internes (à droite) qui ressemblent aux formes observées dans les roches © Elizabeth C. Turner/Nature

Des structures fossiles ressemblant à des éponges, découvertes dans le nord-ouest du Canada et qui vivaient dans les océans il y a 890 millions d’années, sont peut-être les restes de la plus ancienne forme de vie animale connue sur Terre, selon une étude publiée avant-hier dans la revue Nature. Cette découverte remettrait en cause la théorie de longue date selon laquelle les animaux sont apparus uniquement après une importante injection d’oxygène dans l’atmosphère et les océans.

Les éponges sont des animaux simples avec une vieille histoire. L’analyse génétique des éponges modernes indique leur apparition probable entre il y a un milliard et 500 millions d’années. Mais on n’avait encore jamais mis au jour de fossile d’éponge de cette période, connue comme l’ère néoprotérozoïque.

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Site de la découverte, dans les Territoires du Nord-Ouest, Canada © Elizabeth Turner/Nature

Elizabeth Turner, professeure à l’université Laurentienne, au Canada, a cherché de tels fossiles dans des couches géologiques de récifs datant de 890 millions d’années, des récifs « fabriqués » par des bactéries qui y ont déposé du carbonate de calcium. Elle y a identifié de minuscules structures tubulaires, contenant des cristaux de calcite contemporains des récifs, qui ressemblent fort au squelette présent dans les éponges modernes. 

Si cette découverte est confirmée, ces fossiles dépasseraient de 350 millions d’années les plus anciens connus jusqu’à ce jour. « Les plus anciens animaux apparus dans un processus d’évolution étaient probablement des éponges. Ce qui n’est pas si surprenant étant donné que les éponges sont les animaux les plus simples dans l’arbre de la vie animale », a-t-elle expliqué à l’AFP.

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Une éponge blanchissante actuelle accrochée à des rochers, près de la côte libanaise, à Jounieh, le 27 juin 2018 © AFP/Archives Ibrahim Chalhoub

Si les fossiles qu’elle a trouvés sont bien des éponges, ces dernières mesuraient environ un centimètre. Elles étaient « toutes petites et discrètes, vivant dans des replis et creux sombres sous la surface extérieure du récif », explique-t-elle. Elles auraient vécu environ 90 millions d’années avant que le taux d’oxygène sur Terre n’atteigne le niveau supposé nécessaire à l’apparition de la vie animale. Et donc avant l’évènement d’oxygénation du Néoprotérozoïque. 

« Si mon interprétation du matériel trouvé est juste, les premiers animaux sont apparus avant cet évènement et auraient toléré des niveaux d’oxygène relativement bas par rapport à ceux des conditions actuelles », selon la professeure Turner. Elle juge « possible que les premiers animaux toléraient un bas niveau d’oxygénation, comme c’est le cas de certaines éponges actuelles ». Mais des types d’animaux plus complexes n’ont pu apparaître qu’après l’évènement d’oxygénation du Néoprotérozoïque.