Et si la domestication du loup – à l’origine de nos chiens actuels – était liée… à la distribution du rab de viande ? C’est l’hypothèse défendue par une équipe finlandaise dans un article publié aujourd’hui dans Scientific Reports : les surplus de viande donnés à ces mammifères carnivores à la fin de la dernière période glaciaire, il y a 14 000 à 29 000 ans, pourraient bien avoir favorisé leur domestication. 

Les humains et les loups partageaient les mêmes territoires et probablement les mêmes proies. Le fait que les humains aient pu céder leurs restes de viande aux loups aurait favorisé la domestication de ces derniers © Getty images

Les humains et les loups partageaient les mêmes territoires et probablement les mêmes proies. Le fait que les humains aient pu céder leurs restes de viande aux loups aurait favorisé leur domestication © Getty Images

Pour arriver à cette conclusion, l’équipe, dirigée par l’archéologue Maria Lahtinen, s’est basée sur le fait que le foie humain n’est pas adapté à un régime carnivore, trop riche en protéines. « Un excès de protéines rend les gens malades en quelques jours. Pendant la Seconde Guerre mondiale, par exemple, les soldats ont essayé de survivre uniquement avec de la viande de lapin. Cela leur a été fatal », explique la chercheuse.

L’équipe a ainsi étudié la composition nutritionnelle de tous les animaux susceptibles d’être la proie à la fois des humains et des loups à cette période – tels que l’élan, le cheval ou le lapin – et a calculé le « reste » d’énergie issu de ces animaux, une fois soustraite la consommation correspondant aux besoins énergétiques humains. En considérant que les protéines représentent au maximum 45 % des besoins humains (le solde étant couvert par les glucides et les lipides), les chercheurs ont estimé que l’énergie « restante » s’élevait à des milliers de kilocalories par kilogramme d’animal sec. Un excédent que les humains pouvaient céder aux loups.

De quelle manière ? « La théorie de l’auto-domestication est douteuse, précise Maria Lahtinen. Il est peu probable que les chasseurs-cueilleurs aient laissé leurs prises inutiles près de leur campement et toléré des prédateurs à proximité. Nous pensons qu’une relation plus active est plus probable ».  

En d’autres termes, la domestication a sans doute été progressive, des loups en captivité devenant, peu à peu, compagnons de chasse, bêtes de somme et gardes. Ainsi, les humains ont pu privilégier la viande riche en graisse – organes et moelle osseuse –, et laissé la viande maigre, riche en protéines, aux loups capables, eux, de manger ce type de nourriture sur le long terme.