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Le président du Conseil scientifique chargé de guider le gouvernement, Jean-François Delfraissy, le 26 avril 2020 à Paris © AFP Joël Saget

Un rebond de l’épidémie de Covid-19 en France est possible en octobre-novembre, voire cet été, si les mesures barrières sont abandonnées, prévient le président du Conseil scientifique chargé de guider le gouvernement, Jean-François Delfraissy, dans un entretien avec l’AFP.

Y aura-t-il une deuxième vague, et si oui, quand ?

Il y a un certain nombre de risques qu’il y ait un retour du virus à l’automne. On est extrêmement frappé par ce qui se passe dans l’hémisphère Sud en ce moment, qui est en hiver austral : l’épidémie est en train de flamber : en Amérique du Sud, en Afrique du Sud, en Australie, qui vient de confiner Melbourne alors que ce pays était jusqu’à maintenant extrêmement protégé. On a de très grandes inquiétudes. Ce n’est pas une certitude et j’espère qu’on va se tromper, mais beaucoup d’éléments font penser qu’il pourrait y avoir un retour du virus sur l’Europe pour la fin octobre ou le mois de novembre. Si c’est le cas, on sera évidemment beaucoup plus prêts qu’on ne l’avait été au mois de février.

Un rebond est-il à craindre dès cet été ?

D’un côté, tous les chiffres en France sont plutôt bons ; on a les outils, les tests, on dépiste, donc tout ça est extrêmement positif. Et puis de l’autre côté, il y a une perte quasi complète des mesures de distanciation, en particulier dans la population jeune. Le port du masque dans les transports ou le lavage des mains sont des choses qui sont restées, mais par contre, les gestes de distanciation sociale plus généraux sont en train de se perdre. Et je dis : attention, le virus circule encore. On le voit tout près de nous : en Espagne, en Allemagne, en Angleterre, on a dû reconfiner au niveau local. J’avais déjà évoqué l’idée qu’on aurait un été plus simple [que le début d’année, NDLR], mais c’est à condition que les mesures de distanciation sociale se poursuivent et soient appliquées par l’ensemble de nos concitoyens. Si nos concitoyens continuent à s’écarter de ces mesures, le risque d’une reprise, un peu différente, avant la fin de l’été reste toujours possible.

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Le Covid-19 et la transmission par l’air © AFP John Saeki

Y a-t-il des situations particulièrement à risque ?

On sait que les endroits où il y a des foules, où les gens se touchent, les lieux fermés, sont particulièrement à risque, donc le port du masque et la distanciation sont un élément essentiel. Et les connaissances scientifiques sur le Covid ont évolué : il pourrait peut-être y avoir une certaine forme de transmissibilité pas seulement par les postillons, mais par des gouttelettes qui peuvent persister pendant un certain temps [dans l’air, NDLR]. Enfin, on sait qu’il y a des super-transmetteurs qui peuvent contaminer 20, 30, 40, 50 personnes pour des raisons qu’on ne connaît pas. Vous mettez un super-transmetteur dans un lieu confiné et un lieu de rassemblement et vous avez Mulhouse [l’un des principaux foyers de propagation de l’épidémie cet hiver, NDLR] : ça peut se reproduire cet été en France.

Faut-il davantage contrôler les voyageurs qui viennent de l’étranger ?

Plusieurs avions sont arrivés la semaine dernière, soit à Lyon soit à Roissy, avec un certain nombre de personnes qui se sont avérées être positives, en provenance d’Algérie. Je ne fais aucun ostracisme sur l’Algérie, ça pourrait survenir avec d’autres pays. Les conditions sanitaires de transport par les compagnies aériennes étaient loin d’être optimales, et il y avait donc un mécanisme de contamination possible à l’intérieur du transport aérien. De plus, il n’y avait pas de consignes particulières pour ces vols, puisque l’Algérie était considérée comme zone verte par la Commission européenne. Cela pose une double question, et pas que pour l’Algérie, mais pour d’autres pays également. Premièrement, ça pose la question d’être évolutif dans la définition des pays en zone verte, en reconnaissant qu’il y a des pays où on ne sait pas exactement à quel niveau circule le virus. Deuxièmement, à défaut de changer cette politique, c’est se donner les moyens d’avoir un dépistage à l’arrivée, et pourquoi pas une quatorzaine. 

Compte tenu de tout cela, jusqu’à quand le Conseil scientifique va-t-il rester en place ?

Nous devions terminer notre mission à la fin de la loi de crise sanitaire, c’est-à-dire vendredi, et j’avais moi-même indiqué que je trouvais cela très bien. La nouvelle loi, votée par les sénateurs et l’Assemblée nationale, a souhaité que le Conseil scientifique soit maintenu jusqu’au 30 octobre. D’un côté, c’est une reconnaissance : s’ils souhaitent qu’on reste, c’est qu’ils pensent qu’on a servi à quelque chose. Mais dans une autre mesure, je pensais profondément que d’une façon démocratique, il fallait un début et une fin. Donc nous poursuivrons notre mission jusqu’à mi-septembre, et puis on verra. Somme toute, c’est un conseil scientifique qui est demandé : on peut donc imaginer qu’il y ait aussi un changement dans sa composition.