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Experts scientifiques examinant une tombe dans le sous-sol du musée d'Aquitaine à Bordeaux qui pourrait contenir la dépouille du philosophe Montaigne © Mairie de Bordeaux/AFP Lysiane Gauthier

Un fémur, un os de bassin et un crâne que viennent de détecter des archéologues à l’intérieur d’un cercueil retrouvé dans un musée de Bordeaux sont « vraisemblablement » ceux du philosophe Montaigne, mais de multiples analyses scientifiques à venir devront en apporter la preuve.

« Nous sommes probablement en présence du corps de Michel de Montaigne » (1533-1592), s’est enthousiasmé mercredi devant la presse Laurent Védrine, directeur du musée d’Aquitaine, qui présentait les premiers résultats d’une fouille archéologique toujours en cours sur le « tombeau présumé » de l’écrivain.

En évoquant un « moment historique et émouvant », le premier adjoint au maire Fabien Robert a ajouté que nous nous trouvions en présence de la dépouille de l’ancien maire de Bordeaux (de 1581 à 1585), mais qu’un travail scientifique fondamental se poursuivait.

En début de semaine, une équipe de scientifiques a ouvert une structure maçonnée, sans inscriptions, dans les sous-sols de l’ancien couvent des Feuillants, lieu de sa première sépulture, devenu le musée d’Aquitaine. Elle était considérée depuis toujours comme « le tombeau de Montaigne », mais n’avait jamais été ouverte.

De cette structure, les archéologues ont extrait un cercueil en bois sur lequel le nom de Montaigne est peint en grandes lettres brunes. Le cercueil renfermait lui-même un contenant en plomb dans lequel ont été détectés grâce à une caméra endoscopique, au moins un fémur, un os du bassin et un crâne, a détaillé Hélène Réveillas, archéo-anthropologue à la Métropole de Bordeaux qui dirige les recherches d’une quinzaine de scientifiques.

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Tombeau présumé de Montaigne © Mairie de Bordeaux/AFP Lysiane GAUTHIER

Fractures et calculs rénaux

Pour tenter de mettre fin à « ce mystère historique », selon Fabien Robert, des tests seront réalisés dans les mois qui viennent : analyse de la structure de pierre du tombeau, étude du cercueil en bois, d’un cylindre renfermant une bouteille déposée à côté du cercueil, contenant un bout de papier, peut-être des vestiges de tissus ou d’insectes. Sans compter les études biologiques, a ajouté Hélène Réveillas, pour déterminer l’âge et le sexe des restes et les indices que l’on connaît par les archives : le philosophe souffrait de calculs rénaux, avait subi des fractures et son cœur a été extrait à la demande de sa veuve.« Il y a peut-être des traces sur les os de la cage thoracique », suggère-t-elle.

Pour la recherche ADN, « on espère avoir une descendante », a ajouté Hélène Réveillas en expliquant que « quand on remonte aussi loin dans le temps, il faut essayer d’avoir une lignée uniquement directe ».

Un descendant a contacté l’équipe et les recherches généalogiques se poursuivent.

  Fractures et calculs rénaux

« Des indices archéologiques et historiques nous amènent à penser que nous sommes sur la bonne voie », estime le directeur du musée. On sait que la dépouille de Montaigne a été déplacée au cimetière de la Chartreuse, à Bordeaux, à cause d’un incendie en 1871. Des archives évoquent le retour de la dépouille en 1886 au site initial devenu faculté des Lettres, aujourd’hui musée d’Aquitaine.

Il y a un an, une première exploration - en perçant deux petits trous - de la structure maçonnée des sous-sols avait révélé le cercueil en bois.

Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592) seigneur terrien, magistrat, diplomate, voyageur, fut à la fois très impliqué dans la vie sociale et politique de son temps, troublée par les guerres de religions, mais aussi un écrivain-penseur retiré dans sa tour, auteur des « Essais ».