Le prix Nobel de chimie a été décerné mercredi au Français Henri Kagan et au Japonais Kenso Soai pour avoir élucidé un mystère clé : pourquoi une seule des deux formes de certaines molécules apparaît dans la nature, une découverte majeure pour la mise au point de médicaments.

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Les Nobel de Chimie, le Français Henri Kagan et le Japonais Kenso Soai, sur un écran lors de la remise du prix à Stockholm, en Suède, le 7 octobre 2026 © AFP Jonathan Nackstrand

Leurs travaux ont été déterminants pour les chimistes qui "conçoivent des réactions destinées à la fabrication de produits pharmaceutiques", a salué le comité Nobel dans un communiqué.

Une partie de ce secteur avait déjà été primée en 2001. Mais pas le professeur Kagan considéré, en France et dans le monde, comme le "père" de cette technique. Cela avait suscité à l'époque les protestations du ministère français de la Recherche. Le professeur Kagan sait-il qu'il a remporté le prix cette année ?  L'Académie Nobel a fait savoir qu'elle n'avait pas encore réussi à joindre le nonagénaire, professeur émérite à l'université Paris-Saclay.

"Une immense fierté pour le pays !", a salué de son côté le président français Emmanuel Macron. "Une reconnaissance à la mesure d'une vie de recherche. De Paris-Saclay au Nobel, la science française rayonne", a-t-il affirmé sur le réseau social X.

Professeur à Tokyo, Kenso Soai, 76 ans, était en train de faire des courses quand on lui a annoncé la bonne nouvelle. "C'est le jour le plus incroyable de ma vie", a réagi le lauréat, joint au téléphone par la Fondation Nobel. "Je pense que notre prix devrait amener les gens à reconnaître l'importance de la chiralité des molécules. Je suis donc particulièrement heureux à cet égard", a-t-il ajouté. 

Comme les deux mains

Regardez votre main gauche. Elle est l'exacte inverse de votre main droite, les deux étant des images en miroir l'une de l'autre. En chimie, c'est ce qu'on appelle la chiralité : comme les mains, certaines molécules, dites chirales, peuvent avoir des versions "droite" ou "gauche", avec des propriétés physiques similaires mais des propriétés biologiques très différentes.

Henri Kagan et Kenso Soai ont "développé des concepts permettant de contrôler sélectivement la chiralité de ces molécules", explique Rigoberto Hernandez, le président de la société américaine de chimie.

Une découverte cruciale car cette asymétrie peut avoir des conséquences énormes, comme avec la thalidomide : ce médicament antinauséux, prescrit à partir de 1956, était efficace quand fabriqué dans sa forme gauche et toxique dans la droite. Largement utilisé dans le monde, il a eu de terribles effets sur l'embryon, avant d'être retiré du marché en 1961 : entre 10.000 et 20.000 bébés seraient nés avec des segments de bras ou de jambes manquants, des mains ou des pieds directement rattachés au tronc.

"La manière dont une telle asymétrie chimique a pu apparaître est longtemps restée un mystère pour les chimistes. Henri Kagan et Kenso Soai ont trouvé la solution à cette énigme", note le comité Nobel dans son communiqué.

Henri Kagan s'est penché sur ce phénomène de chiralité dès les années 1980. Le Français a découvert comment manipuler ces réactions chimiques, permettant par exemple de créer un "excès" de la version "droite" ou "gauche" de ces molécules. Sa découverte a été révolutionnaire pour les chimistes qui mettent au point des réactions utilisées dans la fabrication de médicaments, d'arômes, de parfums et de nouveaux matériaux.

De son côté, Kenso Soai a démontré qu'il était possible d'obtenir une seule de ces images en miroir, sans catalyseur.