Un groupe de pays riches représentant 13% de la population mondiale a pré-acheté la moitié des futures doses de vaccins anti-Covid, selon un rapport publié hier par l'ONG Oxfam.

La logique de ces pays est de s'approvisionner par précaution auprès de multiples fabricants concurrents, dans l'espoir qu'au moins l'un de leurs vaccins se révèle efficace. Mais le rapport souligne avec urgence la difficulté qu'aura une partie de la population mondiale à trouver des vaccins dans la période initiale, alors qu'un dispositif de mutualisation internationale appelé Covax, soutenu par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), est boycotté par Washington et manque de financements.

Les Etats-Unis dès le mois de mai, puis le Royaume-Uni, l'Union européenne, le Japon et d'autres pays ont signé de multiples contrats garantissant en avance la production et la livraison de doses si les essais cliniques en cours s'avèrent concluants. Les Américains se feront même livrer des doses dès octobre, afin d'être prêts à les distribuer dans les 24 heures suivant une éventuelle autorisation sanitaire.

Illustration

Un vaccin expérimental chez Novavax, à Gaithersburg (Maryland) aux Etats-Unis le 20 mars 2020 © AFP / Archives Andrew Caballero-Reynolds

Le groupe AstraZeneca, partenaire de l'université d'Oxford, a signé le plus de ces contrats de façon publique. Mais Sanofi, Pfizer, Johnson & Johnson, la biotech américaine Moderna, le laboratoire chinois Sinovac et l'institut russe Gamaleïa ont aussi pré-vendu des centaines de millions de doses dans le monde, parfois sous la forme de partenariats avec des fabricants locaux.

Selon Oxfam, des contrats ont déjà été signés auprès de cinq de ces fabricants en phase 3 d'essais cliniques pour 5,3 milliards de doses, dont 51% pour des pays développés, parmi lesquels ceux mentionnés ci-dessus ainsi que l'Australie, Hong Kong, la Suisse et Israël. Ces données statistiques n'incluent pas les contrats pour les vaccins n'étant pas encore en phase 3.

Le reste a été promis à des pays en développement dont l'Inde (où se trouve le fabricant géant Serum Institute of India), le Bangladesh, la Chine, le Brésil, l'Indonésie et le Mexique, selon Oxfam.

Les Etats-Unis de Donald Trump (330 millions d'habitants) ont réservé un total de 800 millions de doses auprès de six fabricants, et l'Union européenne (450 millions d'habitants) a au moins acheté 1,5 milliard de doses, selon un décompte de l'AFP.

« L'accès vital aux vaccins ne doit pas dépendre d'où on habite ni de l'argent qu'on a », a regretté Robert Silverman, d'Oxfam.

Des experts en santé publique ont proposé plusieurs modes de répartition mondiale : l'OMS voudrait donner à chaque pays de quoi vacciner 20% de sa population; un groupe d'experts en éthique a suggéré de donner la priorité aux pays où le virus tue le plus.

Mais les Etats-Unis ont annoncé qu'ils entendaient offrir d'abord le vaccin à tous leurs habitants, et pas seulement aux personnes vulnérables et âgées.

Ce type de « nationalisme vaccinal » a été dénoncé par de multiples responsables de santé publique, et par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen dans un discours hier matin devant le Parlement européen.