Scientifiques et ingénieurs de l'Agence spatiale japonaise applaudissent l'atterrissage réussi de la sonde Hayabusa2 sur l'astéroïde Ryugu, le 11 juillet 2019 au centre de contrôle de Sagamihara  © ISAS-JAXA/AFP Yutaka IIJIMA

Scientifiques et ingénieurs de l'Agence spatiale japonaise applaudissent l'atterrissage réussi de la sonde Hayabusa2 sur l'astéroïde Ryugu, le 11 juillet 2019 au centre de contrôle de Sagamihara © ISAS-JAXA/AFP Yutaka IIJIMA

La sonde japonaise Hayabusa2 a réussi à se poser brièvement jeudi sur un très lointain astéroïde, relevant « à la perfection » selon les chercheurs un défi historique susceptible d’apporter des réponses nouvelles à la formation de notre système solaire.

« L’atterrissage est un succès, un grand succès », a déclaré aux journalistes Takashi Kubota, directeur de recherche pour ce programme de l’Agence d’exploration spatiale japonaise (Jaxa). « C’est historique », a ajouté le directeur du projet, Yuichi Tsuda. La nouvelle a été accueillie par des applaudissements et les mines enjouées des techniciens debout dans la salle de contrôle.

L’engin, qui se trouve généralement en orbite à une vingtaine de kilomètres de l’astéroïde, lui-même situé à plus à 340 millions de kilomètres de la Terre, avait entamé sa descente mercredi. Plusieurs feux verts étaient nécessaires tout au long du parcours avant d’autoriser le contact entre la sonde et le corps céleste.

Photo diffusée par l'Agence d'exploration spatiale japonaise le 11 juillet 2019 montrant l'atterrissage réussi de la sonde Hayabusa sur l'astéroïde Ryugu  © ISAS-JAXA/AFP Handout

Photo diffusée par l'Agence d'exploration spatiale japonaise le 11 juillet 2019 montrant l'atterrissage réussi de la sonde Hayabusa sur l'astéroïde Ryugu © ISAS-JAXA/AFP Handout

« C’est toujours une décision difficile d’autoriser l’atterrissage, car Ryugu n’est pas un lieu simple. Toutefois, à partir du moment où nous avions réussi le premier atterrissage (en février), nous avons pris de la confiance pour le deuxième », a expliqué M. Tsuda. « Tout s’est vraiment déroulé parfaitement, c’est plus que du 20/20, c’est du 200/20 », s’est-il réjoui, trouvant même dommage qu’il n’y ait pas d’autres défis de même nature.

Prouesse scientifique

« Nous avons franchi l’étape la plus compliquée. Nous voudrions utiliser les mois restants avant le retour pour des observations supplémentaires », a-t-il indiqué, sans donner plus de précision. Après avoir largué l’an passé des petits robots sur l’astéroïde pour des observations de surface, Hayabusa2 avait eu un premier contact furtif avec Ryugu en février pour recueillir des poussières en surface.

Hayabusa2 sur l'astéroïde Ryugu  © AFP Laurence CHU

Hayabusa2 sur l'astéroïde Ryugu © AFP Laurence CHU

La sonde japonaise avait ensuite positionné en avril un « impacteur » qui, en provoquant une explosion près de l’astéroïde, y avait généré un cratère. C’est là qu’elle s’est posée jeudi. Ce second bref atterrissage visait à récolter des échantillons de poussières issues du sous-sol. « Nous pensons que quelque chose a été collecté, mais nous ne pouvons le dire avec certitude tant que la capsule de la sonde n’est pas rentrée sur Terre », a souligné M. Kubota.

Si cela s’avérait être une réussite, ce serait non seulement une première, mais aussi un exploit pas facile à reproduire, jugent les scientifiques. « Ce qui sera le plus exceptionnel dans cette mission, c’est de pouvoir comparer des prélèvements de surface et de sous-sol. Il va falloir de nombreuses analyses, mais la prise d’échantillons à deux endroits différents est une prouesse scientifique, quelque chose que probablement aucun pays ne pourra faire dans les 20 ans à venir. En ce sens, si nous avons réussi c’est un résultat historique », a expliqué Seiichiro Watanabe, professeur de l’Université de Nagoya, directeur de recherche de la mission. Se poser dans le cratère représentait l’ultime défi de cette ambitieuse épopée avant le retour sur Terre d’une partie de la sonde – une capsule contenant les échantillons – l’an prochain.

Les leçons d’Hayabusa

L’aventure Hayabusa2 a débuté le 3 décembre 2014. La sonde est alors partie pour un long périple de 3,2 milliards de kilomètres pour arriver jusqu’à Ryugu, qui tourne autour du soleil. Il était impossible pour la sonde de rejoindre l’astéroïde en ligne droite.

Il lui a fallu trois ans et demi pour parvenir à destination. En juin 2018, elle s’est finalement stabilisée près de Ryugu, astéroïde très ancien d’environ 900 mètres de diamètre qui date de la formation du système solaire il y a 4,6 milliards d’années. Le but ultime est de contribuer à enrichir les connaissances de notre environnement spatial « afin d’appréhender l’apparition de la vie sur Terre », selon la Jaxa.

L’agence n’en est pas à son coup d’essai. Une précédente mission du même type, Hayabusa, vers l’astéroïde Itokawa, avait permis de collecter des poussières de ce petit corps céleste, mais au prix d’un nombre incroyable de péripéties. Ces dernières ont servi de leçon. Hayabusa s’en est finalement sortie et la mission a été décrétée réussie, ce qui a fait de l’engin un symbole de témérité.