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Une marche pour faire connaître l'endométriose, en mars 2017 à Paris © AFP/Archives Zakaria Abdelkafi

Des technologies pour suivre son cycle menstruel ou diagnostiquer l’endométriose : les « femtech », ces sociétés dédiées à la santé des femmes, sont en plein essor, répondant à des besoins qui n’avaient pas encore été pris en compte, ou pas assez. A Lille, la société Lattice Medical travaille ainsi à la reconstitution mammaire de femmes ayant subi une ablation du sein, en raison d’un cancer. Pour cela, la start-up, créée en 2017, a développé un implant qui régénère les tissus adipeux de la patiente. « Nous proposons une alternative à l’implant en silicone : un implant imprimé en 3D, qui utilise un biomatériau entièrement résorbable », explique Julien Payen, cofondateur de la société, qui table sur un essai clinique d’ici à la fin de l’année.

C’est l’une des solutions proposées par le marché émergent des femtech, contraction de « female » et « technology ». Le terme, assez fourre-tout, regroupe les sociétés ayant développé des technologies destinées à améliorer la santé et le bien-être des femmes. Il peut s’agir par exemple d’outils de diagnostic, notamment pour l’endométriose. La start-up Ziwig, co-fondée et présidée par l’entrepreneur Yahya El Mir, a ainsi développé un test salivaire qui permet, dit-elle, la détection précoce de toutes les formes d’endométriose, chez des femmes souvent en errance médicale. Ce test repose sur la technologie du séquençage à haut débit et fait appel à l’intelligence artificielle. Ziwig a également mis en place une plateforme de suivi pour les patientes. « Nous sommes en discussions avec les autorités de santé en France », indique Yahya El Mir, qui reconnaît « une sensibilisation du public, grâce au travail des associations de patients ».

Le cycle menstruel fait aussi l’objet de nouvelles applications, destinées à déterminer le moment de l’ovulation par exemple. Sans oublier les solutions post-accouchement. La start-up strasbourgeoise Fizimed a ainsi développé une sonde de rééducation du périnée, connectée à une application mobile, qui permet à chaque femme de faire ses exercices « chez elle, en toute intimité, avec un aspect ludique pour favoriser sa motivation », explique Emeline Hahn, la fondatrice de cette jeune pousse. Cette sonde, déjà commercialisée, est même remboursée en Allemagne.

« Mots peu utilisés »

L’émergence de ces sociétés marque un changement de mentalité, mettant en lumière des thèmes négligés jusqu’à très récemment : les particularités de la santé des femmes. « C’est un mouvement qui démarre, il y a un changement de braquet sur ce sujet. On parlait plus de cancer de la prostate que d’endométriose », analyse Chahra Louafi, directrice d’investissement spécialisée dans la santé pour Bpifrance.

« La parole s’est libérée »

Le marché représenterait 50 milliards de dollars en 2024, selon le cabinet américain Frost & Sullivan. En réalité, si les estimations varient, ce secteur concerne potentiellement la moitié de l’humanité. De son côté, Julien Payen se dit optimiste : « Il existe de plus en plus de projets qualitatifs dans ce secteur » qui attire de plus en plus d’investisseurs, estime-t-il. Mais il reste du chemin, admettent les entrepreneurs. « Les femtech utilisent des mots peu utilisés, comme vagin, utérus. Or tout le monde ne va pas à la même vitesse », remarque Emeline Hahn. Sur des plateformes de vente en ligne aux États-Unis, « certains dispositifs de rééducation du pelvis sont considérés comme des +produits pour adultes+ », regrette-t-elle ainsi. Ou quand les produits de santé sont transformés en godemichés par les algorithmes des géants du net... « Il reste beaucoup à faire », abonde Yahya El Mir, notant que les investisseurs « vont habituellement sur des pathologies classiques qui drainent beaucoup d’investissements. Sur la santé des femmes, il y a peu d’acteurs ». Une question d’argent, mais pas que, juge-t-il. « Le financement est un élément important, mais ces questions doivent être un projet de société. »