2101, sciences et fiction Publié le

Les roches extra-planétaires / Pierre Thomas

Pourquoi étudier les comètes? Pour Pierre Thomas, géologue (ENS-Lyon-UCBL), trois raisons de les étudier : pour savoir ce qui s'est passé au début du sytème solaire, pour chercher à savoir d'où vient l'eau sur terre, et pour chercher d'où viennent les premières grosses molécules à l'origine de la vie sur terre.

Une interview tirée du webdoc "2101, sciences & fiction".    

Réalisation : Patrick Chiuzzi

Production : Universcience, Centre de recherche astrophysique de Lyon, C Productions Chromatiques

Année de production : 2016

Durée : 9min37

Accessibilité : sous-titres français

Les roches extra-planétaires / Pierre Thomas

"2101, sciences et fiction"

"Les roches extraplanétaires"

Pierre Thomas, géologue (ENS-Lyon / UCBL).
-Le système solaire, donc les météorites, se sont formés il y a 4,5 milliards d'années.
Mais ce qui s'est passé entre 4,5 et 4 milliards d'années sur la Terre est complètement effacé.
Tout a été effacé, la Terre est chaude, la tectonique des plaques, l'érosion...
Pour déterminer la façon dont est né le système solaire et ce qui s'est passé à ses débuts, il faut trouver des objets qu'on a "mis au congélateur" de l'époque et qui n'ont pas bougé depuis.
La Terre a beaucoup trop bougé.
La Lune, c'est mieux parce qu'elle ne bouge plus depuis longtemps, mais elle a quand même bougé, donc les premiers temps de la Lune sont effacés.
Il faut trouver des corps qui ont été mis au congélateur juste au moment de la naissance du système solaire.
Deux types de corps ont été mis au congélateur à ce moment-là.
Ceux qui étaient de toute petite taille et qu'on trouve entre Mars et Jupiter, ce sont les astéroïdes, ou au-delà de Neptune, ce sont les comètes.
C'est pour ça qu'on étudie les météorites, qui tombent toutes seules, mais les comètes, il faut aller les chercher, d'où certaines missions d'exploration.

"2 March 2004"
"Sonde Rosetta"
"Comète"
"Sonde"
"Comète 67P / Tchourioumov-Guérassimenko"
"Atterrissage de Philae à 510 millions de km de la Terre"

Pourquoi étudier les comètes ?
Il y a trois intérêts que tout le monde peut comprendre.
Elles ont été mises au congélateur depuis 4,5 milliards d'années, donc on peut, en les étudiant, savoir ce qui s'est passé.
Deuxièmement, sur Terre, on a deux spécificités, ce qui semble des spécificités.
On a beaucoup de liquide en surface.
Il y a beaucoup d'eau dans le système solaire, mais liquide en surface, il n'y a que sur la Terre, et en moyenne, sur 3 km d'épaisseur.
Sur Mars, l'eau est gelée et il y en a beaucoup moins.
D'où vient cette eau ?
Parmi les candidats possibles, on a les comètes, parce qu'on sait qu'entre 4,5 et 3,8 milliards d'années, énormément de comètes sont tombées sur Terre, des astéroïdes, plein de choses.
Les grands cratères sur la Lune datent de cette époque-là.
Les comètes étant faites majoritairement d'eau, peut-être que l'eau qu'on boit, pour le vin, c'est pareil, puisque le vin, c'est 88 % d'eau, il y a 12 % d'alcool, mais il reste 88 % d'eau, pourrait venir des comètes, c'est un des candidats possibles.
C'est intéressant de savoir si on boit des morceaux de comète ou autre chose.
Troisième intérêt après l'objet mis au congélateur, le fait que notre eau vienne peut-être de là, c'est la vie.
Personne ne prétend que les comètes soient à l'origine de la vie.
Il n'y avait pas de graines, de spores ou de spermatozoïdes dedans.
Mais quand la vie a commencé, prenez n'importe quel être vivant, il fabrique ses propres molécules directement ou les prend ailleurs.
Une plante, avec le soleil, l'atmosphère, l'énergie du soleil, elle prend le CO2 et fabrique ses molécules.
Tous les êtres photosynthétiques, les plantes, les algues, les bactéries, c'est comme ça.
Les autres, comme nous, on mange les plantes.
Mais tout être vivant a besoin, pour vivre, de grosses molécules.
On les prend toutes faites ou on les fabrique soi-même.
Une plante fabrique ses molécules parce qu'elle en a déjà, qu'elle a héritées de ses parents.
Ça doit commencer à un moment.
Au début, on a eu besoin de molécules complexes, toutes faites, avant que la vie ne commence.
D'où peuvent venir ces molécules riches en carbone ?
Là, il y a trois candidats possibles : extraterrestres, comètes ou chondrites carbonées, ou terrestres, des réactions chimiques qui se passent dans certains endroits.
Les comètes sont des candidats possibles, non pas à l'origine de la vie, mais à l'origine des molécules qui, plus tard, ont permis la vie.
Voilà leur intérêt.
Dans les comètes qu'on avait pu analyser à distance, il y en avait deux types.
De mémoire, il y en avait 9 qui avaient une eau différente de la Terre et 2 qui avaient la même eau.
La comète Tchourioumov-Guérassimenko a une orbite qui ressemble...
Il y a 2 types d'orbites de comètes, pour simplifier, il y a 2 types d'eau de comètes d'après celles qu'on avait analysées, les orbites de type Oort n'avaient pas d'eau comme la Terre, les orbites de type Kuiper avaient de l'eau comme la Terre.

"Ceinture de Kuiper"

On généralisait peut-être.
On n'avait que 2 comètes de type Kuiper, Tchourioumov-Guérassimenko est de type Kuiper, d'après son orbite.
On s'attendait à trouver de l'eau comme la Terre.
Patatras, ce n'est pas le cas, d'après le résultat préliminaire.
La situation est donc complexe.
On connaît 3 comètes de type Kuiper, deux sont comme la Terre et une non.
Les journalistes disent : "Ce ne sont pas les comètes qui ont amené l'eau sur Terre."
Ce n'est pas celle-là, c'est tout ce qu'on peut dire.

"2101"

J'espère que dans un siècle, on aura des cailloux, on sera allés sur Mars, sur Vénus, même si ce sera difficile, sur Mercure, voir s'il y a de la vie sous la glace d'Europe, etc.
J'espère que dans un siècle, ce sera fait.
Vu l'argent que ça coûtera pour le faire et vu mon âge, j'ai peur que, quand j'aurai 80 ans et que je deviendrai un peu gâteux, ce ne soit pas encore fait.
Donc, j'ai peur de mourir avant qu'on n'ait exploré l'océan d'Europe.
Mais j'espère que dans un siècle, on l'aura exploré.
Ce qu'on va y trouver, je ne sais pas.

"Europe"

Je parierais que, même dans le système solaire, il y a de la vie aujourd'hui.
Mais il faut la trouver.
Il y a des glaciers en Antarctique qui recouvrent d'anciens lacs, comme sur Europe où une banquise recouvre des océans liquides.
On a découvert qu'il y a des bactéries vivantes sous trois kilomètres de glace chez nous, il y a un an ou deux, après avoir découvert les lacs il y a 20 ans.
Alors, sur Europe, où la banquise fait 10 km d'épaisseur, on n'a pas encore découvert, mais il y en a peut-être.
Je parierais qu'il y en a.

2101, sciences et fiction

Conception et réalisation : Patrick Chiuzzi
Avec la voix de Johanna Rousset
Avec la participation de Pierre Thomas, laboratoire de géologie de Lyon (ENS-Lyon / Université Claude Bernard Lyon I)
Images bande dessinée 2101 : Guillaume Chaudieu
Développeur : Thomas Goguelin
Image et son : Patrick Chiuzzi et Robin Chiuzzi
Enregistrement voix : Studio Ghümes
Musique : Ludovic Sagnier
Montage : Yann Brigant

Images additionnelles
ESA
Rosetta’s Journzey
Rosetta puts on the brakes
Preview 2014
Rosetta’s science : Expect the Unexpected
Main Rosetta Burn – B-roll : Animation of Philae Lander
Rosetta Highlights
Rosetta : Studying Comets – B-roll : Solar System Animations
ESO
Artist’s Impression of Asteroid (25143) Itokawa
JAXA, ESO/L. Calçada/M. Kornmesser/Nick Risinger (skysurvey.org)
Mars in 4K – NASA/M. Kornmesser/Music : Johan B. Monell (www.johanmonell.com)
Shutterstock

Chromatiques
Producteur : Patrick Chiuzzi
Assistante réalisateur : Cécile Taillandier
Assistante de production : Élodie Henry

Universcience
Rédaction en chef : Isabelle Bousquet
Production : Isabelle Péricard
Responsable des programmes : Alain Labouze

Avec la participation d’Amcsti

Remerciements : Eloïse Bertrand, Alice Chiuzzi, Agate Chiuzzi, Delphine Boju, Romain Mascagni, Mathieu Gayon
Collections du musée des Confluences
Météorite « Tiberrhamine » n° inventaire D2427
Propriété du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris (MNHNP)
Météorite « Zerhamra » n° d’inv. D2426
Propriété du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris (MNHNP)
Station Animation Studios

Avec le soutien d’Investissements d’Avenir et la participation du Centre National de la Cinématographie et de l’image animée

© C Productions Chromatiques / Universcience / Centre de recherche astrophysique de Lyon / 2016

Réalisation : Patrick Chiuzzi

Production : Universcience, Centre de recherche astrophysique de Lyon, C Productions Chromatiques

Année de production : 2016

Durée : 9min37

Accessibilité : sous-titres français