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Comprendre la spéciation / Pierre-Henri Gouyon

À partir d’une même population, des espèces différentes vont apparaître sous la pression de l’environnement. C’est le principe de divergence des espèces mis en évidence par Darwin et confirmé par la science de l’évolution. Pierre-Henri Gouyon, biologiste et spécialiste de la génétique de l'évolution au Muséum national d’histoire naturelle, nous explique les principes de ce moteur de la diversité - qui comprend aussi le principe de convergence - en prenant pour exemple le cas étonnant du loup de Tasmanie, un marsupial aujourd'hui disparu.

Un épisode de la série « Corpus ».

Pour en savoir plus sur le corps humain : le site Corpus.

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Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience, Canopé-CNDP, MGEN, Inserm, Educagri

Année de production : 2014

Durée : 3min20

Accessibilité : sous-titres français

Comprendre la spéciation / Pierre-Henri Gouyon

Pierre-Henri Gouyon, Biologiste Muséum national d'histoire naturelle

-À partir d'une même population vont se différencier des lignées qui deviendront des variétés, des sous-espèces, des espèces.

Mais si elles sont dans des milieux très différents, elles pourront diverger vite, alors que proches, elles divergeront lentement.

Par ailleurs, certains groupes d'organismes ont tendance à fabriquer des lignées qui évoluent indépendamment, comme les insectes.

Donc, il y a beaucoup d'espèces chez les insectes.

Alors que chez les plantes, les groupes restent en contact et donc, il y a beaucoup moins d'espèces : une espèce de plantes est plus diversifiée qu'une espèce d'insectes.

Dans certains cas, une forme trouve un truc qui marche bien et du coup, se développe à fond.

Ce sont des radiations évolutives : une invention marche bien, alors ce groupe-là va se répandre.

Un exemple, c'est la lignée humaine, qui va se différencier assez fortement des autres lignées de grands singes, mais qui, du fait de trouvailles qui lui sont propres, va évoluer assez vite par rapport à d'autres, en termes de morphologie.

Donc les espèces divergent plus ou moins vite et se ressemblent plus ou moins.

À l'inverse, il y a des phénomènes de convergence.

L'une des plus extraordinaires, je trouve, c'est le loup de Tasmanie.

On l'appelle "loup" car il ressemble à un loup ou un chien.

Il faut venir en voir un empaillé à la Grande Galerie de l'Évolution du Muséum, dans la salle des "espèces disparues", la plus belle salle, très touchante, où l'on voit ce loup de Tasmanie empaillé qui a disparu, tué par les humains il y a un peu plus d'un siècle, c'est récent.

Quand on le regarde, on dirait un chien ou un loup, mais c'est un marsupial, donc il a une poche comme les kangourous.

Il appartient au groupe des marsupiaux, ce qui veut dire que les mammifères se sont développés, puis, rapidement, se sont séparées 2 lignées : une dans le Sud, et une lignée dans les continents du Nord.

Elles ont évolué très différemment.

Ceux du Sud sont devenus des marsupiaux, avec un système de placentation léger et une poche pour les petits.

Ceux du Nord ont fabriqué un placenta, ce sont des placentaires.

Les marsupiaux et les placentaires sont séparés depuis très longtemps.

Au début, ils ne ressemblaient pas à des loups.

Mais dans les 2 lignées, sont apparus des loups, et ces loups, ayant les mêmes contraintes, ont évolué de telle façon qu'ils se ressemblent terriblement.

Un loup de Tasmanie, quand on ignore que c'est un marsupial, on croirait que c'est un canidé euthérien.

Donc, des convergences fortes peuvent se faire.

Réalisation : Roland Cros

Production : Universcience, Canopé-CNDP, MGEN, Inserm, Educagri

Année de production : 2014

Durée : 3min20

Accessibilité : sous-titres français